LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°1
Décembre 1993
L'épuration des eaux usées
les grandes solutions des petites communes
Développement du tourisme, maintien d'une activité économique et respect de l'environnement, telles sont les ambitions d'une majorité de communes rurales de notre région. Mais ces objectifs paraissent souvent contradictoires. Au cœur se situe le problème de l'épuration des eaux usées. Dans ce domaine, la législation évolue et la sensibilité des élus et des administrés aux problèmes d'environnement s'accroît. Si bien que de nombreuses communes rurales sont de plus en plus préoccupées par le problème de l'épuration de leurs eaux domestiques.
L'eau douce est un bien précieux. Par ses rejets domestiques et industriels, l'homme porte atteinte à sa qualité. Tant que ses activités restent réduites ou diffuses, les conséquences des rejets sur le milieu sont infimes car celui-ci à la capacité d'épurer naturellement. Mais dès lors que l'activité humaine s'intensifie ou se concentre, le milieu ne peut plus faire face. Il est alors menacé si l'on ne traite pas les rejets avant de les restituer. A terme, l'homme se menace lui-même.
Dans les grands centres urbains, les moyens techniques et financiers importants permettent de traiter les rejets. Mais dans les zones rurales où les moyens sont différents, le développement de la population (touristique notamment) et l'existence de certaines activités industrielles (en particulier agro-alimentaire) sont à présent à l'origine d'une pollution des eaux que l'on ne peut plus ignorer. Ces communes doivent à leur tour envisager le traitement de leurs eaux usées ou améliorer le traitement existant.
Dans le monde rural, la prise de conscience de ce problème commence à se faire. Mais les solutions sont souvent difficiles à trouver. D'autant plus que le temps presse : la loi européenne impose à toutes les communes de 2000 à 10000 habitants d'être équipées d'une station d'épuration à l'échéance de 2005. Comment faire face à cette échéance ? Quels sont les grands principes de l'épuration ? Quelles sont les formules existantes ? Comment tenir compte des variations saisonnières ? Un regroupement des communes est-il possible, voire souhaitable ? De quels moyens et aides disposent les communes et leurs élus ?
Le problème est sérieux et de gros efforts doivent être entrepris. Mais ne soyons pas alarmistes : des solutions existent.
Pourquoi epurer les eaux usees ?
Les pollutions ont des origines très diverses : domestiques, agro-alimentaires, animales, industrielles.
Malgré des caractéristiques différentes, toutes ont un point commun : lorsqu'elles sont déversées en trop grande quantité dans le milieu naturel (rivières, lacs, mer), elles le perturbent. Les conséquences en sont souvent désagréables (odeurs, colorations...), quelquefois graves (développement d'algues, disparition de la faune et de la flore), voire dangereuses pour l'homme lui-même (eaux impropres à la baignade, pollution des nappes...).
La pollution domestique a longtemps été considérée comme peu nocive en particulier dans les zones rurales. Pour deux raisons : d'abord le caractère peu toxique des eaux usées (essentiellement eaux de vaisselle et de WC à dominante organique). Ensuite les faibles quantités déversées par les petites communes (environ 150 litres par jour et par habitant).
Exact jusqu'à ces dernières années, ce raisonnement ne l'est plus aujourd'hui. Une réglementation plus sévère, les fortes variations de population liées au tourisme rural et le changement progressif des mentalités en sont les trois raisons majeures. Les eaux usées ne doivent plus être rejetées directement dans la nature. Il faut auparavant les traiter... et bien les traiter. Comment faire ?
Epurer, ce n'est pas seulement purifier l'eau
L'épuration consiste à extraire des eaux usées les éléments polluants qu'elles contiennent. Au terme de cette opération, on obtient une eau épurée qui peut être rejetée dans la nature et des boues qui pourront faire l'objet d'une utilisation ou d'un stockage à condition d'avoir été débarrassées de leurs éléments putrescibles, sources d'odeurs et pouvant présenter des risques d'infection. Autrement dit, une épuration réussie ne se limite pas à la production d'une eau épurée. Elle implique la production de boues de qualité correcte.
Dans leur principe les stations d'épuration ne font que reproduire, en l'amplifiant, dans une enceinte adaptée, le processus qui existe dans la nature, de l'épuration par les microorganismes. Ceux-ci se nourrissent des résidus organiques et les transforment en matière minérale. C'est ce qu'on appelle la biodégradabilité.
Une station d'épuration se compose de trois compartiments.
Dans le premier (traitement primaire) on élimine, de façon mécanique, gros détritus, sables et graviers, matières grasses. Ce traitement s'inspire du mécanisme des dépôts de matières lourdes au fond des rivières. Les déchets seront récupérés et traités avec les ordures ménagères.
Dans le second compartiment de la station (le traitement biologique), on s'attaque à la pollution organique. Pour cela, on fait séjourner les eaux polluées dans un bassin où sont concentrés des microorganismes. Pour assurer la meilleure épuration possible, ces microorganismes sont soignés comme des coqs en pâte (brassage, nourriture, aération, acidité...). A l'issue de ce traitement, la pollution transformée en matière plus ou moins minéralisée est extraite. Ce sont les boues. L'eau épurée est rejeté dans le milieu.
Une troisième étape est donc indispensable : celle qui permet l'utilisation ou le stockage des boues.
Dans le troisième compartiment, les boues issues du traitement sont conditionnées de façon à éliminer les nuisances qu'elles peuvent occasionner. Cette opération sera menée en deux temps : réduction du caractère putrescible des boues (odeurs, risques de contaminations...) séchage pour faciliter leur transport (sauf dans le cas d'un épandage agricole sous forme liquide).
Chaque commune a ses propres contraintes, fragilité particulière du milieu récepteur des eaux rejetées, présence d'un captage d'eau potable, pratique du tourisme nautique... Les différentes techniques d'épuration permettent d'y faire face : bassin d'aération, lit bactérien, lagunage... Dans certaines stations (manque de place, contraintes de climat, très fortes variations saisonnières), ces procédés biologiques peuvent être remplacés ou complétés par des procédés physico-chimiques. Dans tous les cas, deux éléments sont à prendre en compte : la nécessité de respecter les normes de qualité fixées pour les rejets et l'évolution prévisible de la population et des activités de la commune. Il vaut mieux prévenir que guérir.