LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°04
Septembre 94
Energies renouvelables
Mises quelque peu de côté à la fin des années 80, les énergies nouvelles renouvelables font aujourd'hui un retour en force. Leurs avantages environnementaux sont pourtant toujours les mêmes et la compétitivité économique des énergies fossiles n'a jamais été aussi performante. D'où provient donc un tel changement ?
La nouveauté c'est l'émergence d'impacts économiques et sociaux. Des impacts qui sont en harmonie avec les préoccupations actuelles des élus locaux : maîtrise des dépenses, création d'emplois, occupation et aménagement de l'espace, amélioration du confort des administrés. A l'occasion du débat national sur l'énergie et de ses prolongements régionaux sur les énergies renouvelables, un dossier semblait donc bienvenu pour analyser les énergies renouvelables sous un angle nouveau : celui des répercussions envisageables plutôt que des techniques employées. C'est cette approche que ce dossier choisit délibérément, sans empêcher toutefois d'effectuer quelques révisions…
MAITRISER LES DEPENSES DES EQUIPEMENTS COLLECTIFS
Par leurs frais de fonctionnement, les équipement collectifs pèsent sur les budgets communaux. L'eau chaude solaire est un moyen d'y remédier. Mais la valorisation de l'important gisement solaire régional est encore limitée par les coûts élevés des matériels liés aux faibles quantités produites. Les investissements sont lourds et nécessitent des montages financiers.
L'eau chaude solaire (ECS pour les intimes) est très répandue en usage individuel pour chauffer l'eau sanitaire. Mais ce que l'on sait moins, c'est que l'ECS a aussi sa place dans des installations plus importantes où elle permet des économies significatives. Lycée Pierre de Coubertin à Font-Romeu, Hôpital de Castres : les réalisations le prouvent. Au centre sportif communal de Matemale (66) par exemple, 75 m2 de panneaux solaires servent à chauffer la piscine de plein air en été, les salles d'activité en hiver et l'eau sanitaire toute l'année. Les économies réalisées oscillent entre 50 et 60 % par rapport à un mode de chauffage classique. En août 1993 il a même fallu arrêter le chauffage de la piscine pour ne pas dépasser 28 °C !
Par leurs performances, ces équipements nous rappellent avec force l'important potentiel solaire (on parle de gisement) de notre région : le premier rang national avec la région PACA. D'où le rôle de berceau des ENR joué par la région Languedoc-Roussillon : si la centrale EDF Thémis reste un échec commercial indubitable, le four solaire d'Odeillo (le plus grand du monde) est, quant à lui, une véritable réussite technologique. Il représente pour les scientifiques de l'Institut des sciences et de génie des matériaux et procédés (CNRS) un banc d'essai unique sur l'effet des hautes températures. Cet aspect de vitrine technologique se retrouve d'ailleurs dans le domaine de l'énergie éolienne. Ainsi, la ferme éolienne de Port la Nouvelle (11), raccordée au réseau en septembre 1993, constitue la plus grande ferme éolienne de France avec une puissance équivalant à la consommation de 2700 habitants !
Mais depuis l'époque révolue des débats passionnés, le milieu des ENR a bien changé. C'est le pragmatisme qui prime aujourd'hui. Ainsi, si certains responsables ont saisi l'intérêt des ENR en termes d'économies pour leur établissement ou leur commune, ils ont aussi compris la difficulté majeure qui s'y rattache : le financement des installations. Car, à l'inverse des énergies non renouvelables (nucléaire, pétrole, gaz…) ici c'est l'usager des ENR qui doit trouver le moyen de financer son installation de production d'énergie. Or ces investissements dépassent souvent plusieurs centaines de milliers de francs. D'où un retour sur investissement relativement long, allongé encore par le faible coût actuel des combustibles fossiles (gaz, pétrole…).
"Nous ne pouvons nous permettre la moindre contre-performance…"
Pragmatisme également présent chez les industriels. Avec un souci de performance et de fiabilité illustré notamment par la garantie de résultat solaire (GRS) par laquelle l'installateur garantit un niveau donné de fonctionnement de l'installation. " Si ce niveau n'est pas atteint, l'entreprise dédommage le client du manque à gagner " explique M. JOFFRE directeur de TECSOL, bureau d'études installé à Perpignan et spécialisé dans le solaire. A signaler également, la télésurveillance qui permet de suivre en direct - au besoin par satellite pour les installations non raccordées au réseau téléphonique national - le fonctionnement d'une installation. L'objectif : repérer immédiatement, même sur une installation isolée, une anomalie de fonctionnement de façon à prévenir toute panne. " Nous ne pouvons nous permettre la moindre contre-performance car elle remettrait en cause la totalité de la filière " explique M. MINE, pdg de APEX INGÉNIERIE à Lavérune (34), un des trois ensembliers français en photovoltaïque.
Des subventions européennes pour promouvoir les ENR
Autre évolution majeure à noter : l'élargissement de la problématique ENR. A une approche économique à court terme des ENR se substitue aujourd'hui une perception plus globale de l'intérêt des ENR : prise en compte des impacts environnementaux, économiques, sociaux…, impacts plus nombreux qu'à première vue. D'où l'apparition de financements, européens en particulier. Tel celui attribué au programme SUNERGIE lancé par un groupement d'industriels européens : 800 000 ECU destinés à couvrir 35 % des coûts des installations. Ou encore le programme ALTENER, avec une subvention de 77 000 ECU (soit 50 % du coût total) envisagée pour le Languedoc-Roussillon (voir encadré). Évidemment, de telles subventions rendent les équipements beaucoup plus accessibles. Mais les dossiers demeurent complexes à monter. Si bien que des bureaux d'études se sont spécialisés dans la réalisation de ces montages.