LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°04
VERS UN HABITAT PLUS CONFORTABLE
L'architecture bioclimatique : peu visible pour un néophyte mais terriblement efficace. Ouveillan (11)
La plupart des ENR font appel à des investissements conséquents. Le logement offre toutefois une exception à la règle : il permet la valorisation de l'énergie solaire à moindre coût grâce à l'application de principes anciens qu'on peut qualifier "de bon sens". Mais en réactualisant ces principes, on peut aussi déboucher sur des habitations de conception entièrement nouvelle. C'est ce que l'on appelle l'architecture bioclimatique.
Bioclimatique : penser d'abord plutôt qu'adapter après
Nom pompeux mais principe fort judicieux : plutôt que d'adapter après coup le chauffage et la climatisation à une construction déjà conçue, pourquoi ne pas réfléchir dès le départ à une architecture qui valorise au maximum l'énergie solaire de façon à minimiser les besoins en chauffage ou en climatisation ?
Les règles de base de l'architecture bioclimatique sont connues. D'abord l'orientation de la construction, bien sûr. Mais aussi l'utilisation d'espaces tampons, non chauffés (garage, hall d'entrée, cages d'escaliers, combles…). Situés à la périphérie de l'habitation, ils augmenteront l'isolation de la zone centrale, donc son confort (plus frais l'été, plus chaud l'hiver).
Importantes également, les ouvertures : bien orientées, d'une surface importante pour la pénétration de la lumière, mais bien isolées contre le chaud comme le froid (verres spéciaux, volets épais, stores), elles permettront de valoriser le fort ensoleillement de nos climats méditerranéens en hiver, sans en subir les désagréments en été.
Enfin, l'inertie thermique de la construction, obtenue grâce à des murs épais, lourds et isolés à l'extérieur. Elle constitue un bouclier contre l'échauffement ou le refroidissement trop rapides de l'habitation. Appliquées à l'habitat collectif ou particulier, ces règles permettent d'aboutir à des logements confortables et moins onéreux en chauffage ou en climatisation, et ce, pour un surcoût essentiellement limité à celui du supplément de réflexion. Seul handicap, des constructions aux allures un peu futuristes et pas toujours dans le plus pur style méditerranéen…
11 HLM programmées … mais 12 construites
La réalisation la plus conséquente est sans aucun doute l'opération programmée d'habitat bioclimatique lancée dans le département de l'Aude au début des années 80 à l'initiative de l'office départemental HLM. En tout, plus de 400 logements construits suivant les règles du bioclimatique. " Avec des économies de chauffage pouvant atteindre 70 % " précise M. CATALA, directeur des services techniques de l'ODHLM. Un succès tel qu'à Ouveillan, un particulier a pris l'initiative de se faire construire un logement identique en tous points aux 11 réalisés par l'ODHLM. D'où la perplexité des responsables de l'opération : " j'ai passé des nuits blanches à me demander d'où venait cette douzième construction non prévue dans le programme " se rappelle M. CATALA.
Pourtant, il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui le bioclimatique est un peu en panne sèche, notamment dans le domaine de l'habitat particulier. Pourtant quelques incitations existent comme les labels de performances énergétiques sur les matériaux de construction. Ou encore la proposition d'étude systématique d'utilisation du bioclimatique dans toute construction collective. Une proposition qui, soit dit en passant, a déjà été mise en application par Michel BARNIER dans le département de la Savoie.
En Languedoc-Roussillon, une procédure équivalente est en cours : dans sa procédure d'appels d'offres pour la construction des lycées, la Région impose à présent qu'une étude sur la valorisation des règles architecturales bioclimatiques soit effectuée. Et que l'on pourrait, pourquoi pas, envisager d'étendre aux habitations particulières dès lors qu'elles sont construites dans le cadre de lotissements par exemple. Un moyen efficace pour un élu de promouvoir le confort de ses administrés.