LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°05
Décembre 94
Les métiers de l'environnement
(1ère partie)
Ils sont sur le devant de la scène médiatique, politique, sociale… Les métiers de l'environnement n'ont jamais fait autant parler d'eux.Certains les présentent même comme le poumon de notre économie en crise. Devant la multiplication des études, chacun tente d'y voir plus clair. Dans cette véritable course à l'argument chiffré, une pause paraît nécessaire pour tenter de prendre un peu de recul. Comment ? En réfléchissant aux principaux tenants et aboutissants : facteurs de succès et d'échec, rôle de la collectivité, concurrence avec les emplois existants, spécificités régionales…
Devant l'ampleur du sujet, deux dossiers de La lettre de l'environnement ne paraissent pas de trop. Dans le premier, nous aborderons deux secteurs d'emplois emblématiques de notre région : les métiers de l'eau et les métiers de l'aménagement de l'espace. Les premiers parce qu'ils correspondent à une ressource qui, à défaut d'être excessivement rare, fait montre d'une disponibilité pour le moins capricieuse sous nos climats méditerranéens. Les seconds car ils correspondent à un patrimoine naturel dont la région est une des plus richement dotées de France. Deux secteurs d'emplois qui, comme on le verra, s'opposent nettement sur le plan du nombre d'emplois concernés et des niveaux de priorité accordés par les pouvoirs publics. Le dossier suivant sera l'occasion d'appréhender les autres secteurs de l'environnement, à savoir celui de la pollution et des déchets (urbains et industriels), celui de la recherche et de la communication et enfin celui de la formation.
UNE DEMANDE A TROIS FACETTES
L'essor des métiers de l'environnement, qu'ils concernent l'eau, l'aménagement de l'espace ou tout autre domaine, ne peut se faire sans qu'une demande émane de la société. Certes, celle-ci est plus ou moins explicitement formulée selon les secteurs, mais néanmoins, trois composantes ressortent clairement.
Comment ne pas remarquer en premier lieu l'évolution générale des besoins du citoyen pour un environnement de meilleure qualité ? Cette exigence est à mettre en rapport avec deux éléments. Le premier, c'est l'extraordinaire mutation qu'a subie notre société au cours des dernières décennies en termes de répartition spatiale de l'habitat : concentration dans les villes et désertification rurale comme corollaire. Le second, c'est l'accroissement du pouvoir d'achat des occidentaux qui semble devoir s'accompagner d'une plus grande exigence pour la qualité du cadre de vie. Dans tous les domaines, l'environnement reste une valeur qui rassemble de larges majorités dans l'opinion publique. Cette opinion ne semble pas devoir être diluée par la crise économique ou par l'effondrement des partis écologistes.
Cette prise de conscience se fait également au niveau politique. L'émergence de règlements européens et de lois nationales l'illustre bien : directive sur les eaux urbaines résiduaires, mesures agri-environnementales, loi sur l'eau, loi sur les déchets, loi "paysage", directive "habitats" : l'arsenal s'étend un peu plus chaque jour. Au niveau local, cette demande se retrouve : dans une étude réalisée par le Bureau d'information et de prévision économique (BIPE) auprès de 450 responsables de communes, la volonté propre des élus apparaît comme le deuxième facteur de poussée… juste derrière la sensibilité de l'opinion publique. Et, comme l'écrit Frances Cairncross, chargée de l'environnement au quotidien The Economist, "si l'environnement est une question qui peut faire perdre des voix à un homme politique qui s'y oppose, il n'en fera jamais gagner à celui qui le défend".
Enfin, apparaît une composante économique : l'environnement est un marché nouveau et porteur : 300 milliards de francs dans la CEE en 1991 pour les biens et services liés à la protection de l'environnement. Mais si les marchés restent en pleine croissance en dépit de la mauvaise conjoncture économique, la répartition de l'activité est très hétérogène. Ainsi, le traitement de l'eau draine à lui seul la moitié du marché européen tandis que d'autres secteurs comme l'entretien et la gestion de l'espace restent embryonnaires. Pour ceux-ci, la principale difficulté reste de trouver une justification économique. Le cas de la filière bois est caractéristique. Il consiste à examiner comment un meilleur entretien de la forêt (éclaircies d'amélioration par exemple) peut accroître à la fois la rentabilité économique de la filière (par l'amélioration de la qualité des bois) et la qualité des espaces forestiers (à des fins touristiques par exemple). Dans le même registre, on pense à la mutation actuelle de l'agriculture pour laquelle on recherche à travers une nouvelle fonction d'aménagement de l'espace les voies d'une rentabilisation des exploitations agricoles. Mais la composante économique a aussi son revers puisque, dans l'étude du BIPE citée plus haut, le coût élevé des programmes d'environnement est identifié comme le principal frein à leur développement.