LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°05
LES SUCCES NE DOIVENT RIEN AU HASARD
L'épuration des eaux uée va necessiter à l'avenir des qualifications accrus
Les demandes identifiées s'expriment toujours dans un premier temps de façon latente. Pour passer au stade des réalisations concrètes et déboucher sur des emplois, des catalyseurs sont nécessaires. Dans ce domaine, l'eau et l'espace présentent des situations très différentes.
23 milliards pour protéger l'eau en France
L'eau est certainement le domaine dans lequel la réglementation européenne et la législation française sont les plus avancées : la directive européenne de 1991 sur l'assainissement des eaux urbaines résiduaires, et la loi sur l'eau de 1992, fixent des objectifs de moyens et de résultats qui imposeront à terme des équipements à toutes les communes de plus de 2000 habitants. De tels objectifs ne sont évidemment pas sans répercussions en termes d'emplois. Mais la clef du problème tient au fait que la collectivité débloque également les moyens financiers nécessaires à l'atteinte de tels objectifs.
Ainsi, dans le cadre de leur sixième programme (1992 à 1996), les agences de l'eau vont dépenser 14 milliards de francs pour l'assainissement, quatre pour l'épuration et cinq autres pour l'alimentation en eau potable. Il n'est donc pas étonnant que le secteur de l'eau, en plus d'être le principal gisement d'emplois de l'environnement - 170 000 emplois sur les 410 000 recensés par l'Institut français de l'environnement (IFEN) en 1993 - constitue aussi le plus gros pourvoyeur potentiel d'emplois pour le futur. L'eau a été jugée comme un élément vital à préserver. Pour y parvenir, une politique ambitieuse basée sur une réglementation stricte et des moyens adaptés a été mise en place.
Dans le domaine de l'aménagement de l'espace, la situation est radicalement différente. Aucune action d'envergure comparable n'a été engagée, et il reste nécessaire de développer localement une multitude d'actions originales.
Gardes de l'environnement : aide-toi, l'Etat t'aidera
Ainsi, l'opération "Gardes de l'environnement" mise en place dans le département du Gard depuis l'automne 1994, si elle est favorisée par le dispositif "emplois verts", n'aurait pu se développer sans une volonté départementale et communale forte d'associer entretien de l'espace et réinsertion sociale. Une volonté que l'on retrouve dans le mode de recrutement des gardes, réalisé exclusivement à partir du fichier départemental RMI, mais également dans le rôle dévolu à ces gardes, plus étendu que celui des gardes champêtres traditionnels : délégation des pouvoirs de police du maire mais aussi surveillance des espaces sensibles, protection de la faune et de la flore ou encore prévention des incendies. Toutefois, lorsque la prise en compte partielle des salaires par l'Etat et le Département (de 53 % à 30 % durant les cinq premières années) arrivera à son terme, c'est bien aux communes concernées qu'il reviendra alors de trouver des moyens propres de financement.
La valorisation des ressources forestières constitue également un exemple démonstratif. En effet, malgré des résultats d'exploitation forestière en progression (906 000 m3 de bois enlevés en 1988 contre 750 000 m3 en 1970), la filière bois régionale présente des lacunes importantes qu'aucune action d'envergure n'est encore parvenue à combler. Ainsi le morcellement extrême de la forêt (les quatre cinquièmes de la forêt lozérienne appartiennent à des petits propriétaires privés) continue à handicaper toute exploitation performante : les propriétaires, peu sensibilisés et souvent absents, ne perçoivent pas l'intérêt d'une sylviculture de qualité et n'en ont d'ailleurs pas les moyens : les bois obtenus demeurent donc de qualité médiocre, les débouchés commerciaux restreints et les créations d'emplois inexistantes. De même, les essences méditerranéennes (pin d'Alep, châtaignier, chêne liège, chêne vert, chêne blanc…) restent peu reconnues sur le marché.
Elles permettent pourtant des débouchés intéressants comme les panneaux de particules plus résistants que ceux faits avec les bois tropicaux, la marqueterie ou les équipements d'extérieur (clôtures, glissières de sécurité) qui pourraient justifier une activité économique nouvelle. Une demande existe également en matière d'entretien effectué dans le cadre de la défense des forêts contre l'incendie (DFCI) mais aussi d'aménagement à but touristique. Dans ce domaine, des réalisations apparaissent comme à Bagnols-les-Bains (48) où a été aménagé au vallon du Villaret un parc de découverte qui met en scène la forêt, et à Saint-Jean-du-Gard (30) où l'aménagement d'un domaine forestier sert de support à une action pédagogique. Trop dispersées et ne pouvant s'appuyer sur des filières économiques adaptées, ces multiples demandes ne parviennent pas à déboucher sur des réalisations à échelle industrielle.
L'aménagement de l'espace moins prioritaire que l'eau
L'aménagement touristique des forêts présente une opportunité de création d'emplois (Vallon du Villaret)
Ce manque d'une politique nationale ou européenne d'envergure tient vraisemblablement au fait que la gestion de l'espace paraît moins prioritaire que la protection de la ressource en eau, il est vrai liée à des notions de santé. Pourtant l'accroissement du déséquilibre ville-campagne et l'abandon des territoires ruraux risquent bien de constituer à terme une nuisance insupportable, même si celle-ci n'est pas aisément chiffrable aujourd'hui.
D'ailleurs, quelques réalisations exemplaires montrent que, lorsqu'un marché est clairement identifié, une activité commerciale permettant d'assurer l'entretien de l'espace et des créations d'emplois est tout à fait possible. L'expérience de la Compagnie plantiéroise de carbonisation dans le Gard est l'une d'elles. Pour combler un besoin estival important en matière de charbon de bois de qualité, une usine pilote de production de charbon à partir de châtaigniers a pu être installée et entraîner la création de huit emplois locaux.
Mais pour se réaliser, cette expérience a nécessité une mobilisation importante des élus locaux, un partenariat actif avec le milieu de l'ingénierie pour résoudre les problèmes d'émission de fumées toxiques et enfin un montage financier d'envergure (CEE - Ministère de l'agriculture - Conseil régional). Si l'étroitesse des marchés ne permet pas toujours de reproduire à grande échelle ce type d'expériences, cela montre cependant l'intérêt de multiplier les solutions originales.