LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°05
DES FINANCEMENTS PUBLICS PREDOMINANTS…
On l'a vu, le secteur de l'eau devrait créer des emplois parce qu'une forte demande est générée par une politique publique. Toutefois, cette incitation a des limites. D'abord - et c'est ce qui a été constaté au Japon et aux États-Unis - parce que les effets sur l'emploi sont toujours positifs durant la première période des programmes de protection de l'environnement. Au-delà, lorsque les effets de ces programmes sur les prix et les revenus des sociétés sont prédominants, on enregistre en général un net déclin de l'emploi.
Toutefois, un retour à des normes moins sévères ne semble pas à craindre. Car en vertu du phénomène dit "de cliquet", les pouvoirs publics comme les entreprises se sentent toujours tenus de justifier les engagements précédents au moyen d'efforts toujours plus ambitieux. Ensuite, parce que dès que les normes de qualité auront été atteintes, la phase d'équipement arrivera à son terme et seule persistera une activité d'entretien et de gestion des installations existantes. Enfin, parce que l'eau par son caractère indispensable pour le consommateur se prête bien à une facturation des différentes opérations de préservation de l'environnement : protection des captages, qualité de l'assainissement puis de l'épuration…
Entretien de l'espace naturel : des moyens encore insuffisants
La situation des métiers d'aménagement de l'espace est différente en ce sens que ceux-ci débouchent plus rarement sur un service ou produit directement commercialisable. En outre, même quand le service peut faire l'objet d'une activité commerciale (l'entretien des haies ou des cours d'eau d'une commune par exemple) la demande reste souvent non solvable par manque de moyens des collectivités concernées. C'est pourquoi la grande majorité des opérations en cours s'appuie sur des financements publics, au demeurant fort nombreux. Ainsi, l'entretien de l'espace rural repose à la fois sur les programmes européens "plan de développement des zones rurales" (PDZR) qui valorisent les identités patrimoniales et paysagères et sur les mesures "agri-environnementales" d'accompagnement de la politique agricole commune. De même le dispositif des "contrats verts" prévoit le financement partiel des emplois par l'Etat et la région concernée.
En matière d'accueil touristique, les contrats de plan Etat-Régions prévoient des aides aux communes désireuses d'améliorer la qualité de leur cadre d'accueil. Quant à la gestion des espaces protégés, elle est assurée soit par les organismes gestionnaires (cas des parcs nationaux par exemple) soit par les communes sur lesquelles ces espaces se situent (cas des terrains du Conservatoire du littoral par exemple).
Mais la palme en la matière est assurément remportée par l'entretien et la gestion des cours d'eau pour lesquels les aides peuvent provenir du Département, de la Région, de l'Agence de l'eau, du Conseil supérieur de la pêche ou encore du ministère de la jeunesse et des sports, et ce jusqu'à des taux de subvention de 50% et plus. Si ces financements publics ont ceci d'intéressant qu'ils montrent la volonté de la collectivité de s'investir dans la préservation de son patrimoine paysager, ils posent cependant la question de leur montant et de leur pérennité qui ne permettent pas à l'heure actuelle de s'engager dans des actions de grande envergure. Ainsi, dans le département de la Lozère, l'opération "Lot-Colagne", supervisée par la Compagnie d'aménagement du Bas-Rhône Languedoc, vise en particulier à réduire les risques d'inondations par un meilleur entretien des cours d'eau. Mais de telles actions restent limitées car dépendantes des financements disponibles.
Les financements publics restent également marqués par les conjonctures politiques et électorales : l'intérêt et les moyens financiers accordés à l'entretien de l'espace sont très fluctuants. Dès lors, les marchés proposés aux entreprises privées sont instables et celles-ci hésitent à réaliser les investissements humains et techniques nécessaires. Cette situation est particulièrement marquée dans les créneaux de l'entretien des cours d'eau et de la protection du littoral, où aucune entreprise régionale n'a encore pu se positionner malgré un besoin réel.
Diversification des activités : bonheur des uns, malheur des autres
Les financements publics s'adressent souvent à des acteurs professionnels déjà en place. Ainsi, les mesures dites "agri-environnementales" en vigueur depuis 1992 dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune permettent de rémunérer les agriculteurs pour des actions d'entretien de l'espace : entretien plus soigneux des prairies, haies, fossés et points d'eau, agrandissement des surfaces pâturées par le bétail, lutte contre l'érosion et les incendies…
Si de tels financements aident à maintenir la viabilité d'un certain nombre d'exploitations, ils montrent néanmoins la difficulté à créer des emplois totalement nouveaux sur ce thème. Dans le même registre, il faut noter l'impact des contrats "Mazenot" passés entre le Parc national des Cévennes et les agriculteurs et rémunérant ceux-ci pour des actions d'entretien de l'espace. Grâce à ces contrats, la diminution du nombre d'exploitations agricoles n'a été que de 23% en 20 ans dans le Parc alors qu'elle a atteint 45% dans le reste de la Lozère. Un résultat certes remarquable, mais qui ramène à la réalité quand d'aucuns parlent de créations d'emplois…
Enfin, même avec une volonté marquée, certaines collectivités n'ont pas les ressources leur permettant d'engager d'action durable en la matière. Ainsi, la gestion des terrains du Conservatoire du littoral, qui est du ressort des communes, se traduit par de fortes disparités de logistique : certains gardes du littoral sont contraints d'utiliser leur véhicule personnel tandis que d'autres se voient dotés de véhicules de service, d'équipement radio et d'un outillage performant.…