LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°06
TRAITEMENT DES DECHETS MENAGERS
Un demi-millier d'emplois nouveaux d'ici à 2002
L'usine d'incinération de Sète emploie 18 personnes
Un kilogramme par habitant. C'est la quantité de déchets ménagers produits en France quotidiennement, en augmentation de plus de 60 % ces trente dernières années. En 1992, la poubelle du Français moyen se composait de 40 % de déchets organiques, 34 % de plastiques, 24 % de papiers et 2 % de textiles. Alors que près des deux tiers des déchets ménagers étaient encore directement enfouis en décharge sans aucun traitement, la loi du 13 juillet 1992 a voulu corriger le tir : d'ici à 2002, fermeture des 6 700 décharges traditionnelles existant actuellement en France et création de 160 installations de traitement.
L'application de cette loi aura un effet certain en terme d'emplois, plus ou moins important, selon le choix des filières de traitement et de valorisation. Une étude prospective menée en 1993 par le bureau d'études BIPE pour le compte de l'IFEN (Institut Français de l'Environnement) le montre nettement : un scénario de collecte et de traitement des déchets ménagers centralisé et dominé par le tri mécanique aboutirait à la création d'environ 13 000 emplois en France d'ici à 2002.
Ce n'est certes pas négligeable dans un secteur qui employait 150 000 personnes en 1990 à travers tout l'Hexagone. Pour le Languedoc-Roussillon, cela représenterait un demi-millier d'emplois nouveaux. Un scénario favorisant le traitement de proximité et le tri manuel engendrerait, lui, 21 000 emplois. Soit 60 % de plus. Questions que se posent encore de nombreuses collectivités : faut-il privilégier la productivité ou l'emploi ? Opter pour la première ou la seconde formule ? Impératifs économiques et sociaux inviteraient à prendre en condidération les deux scénarios. Et à tenter d'en réaliser un judicieux mixage...
Trieurs et conducteurs d'engins surtout
Sans attendre l'adoption des plans départementaux d'élimination des déchets ménagers et assimilés, certaines collectivités de la région ont pris les devants. Ainsi, le district de Montpellier s'est-il engagé sur la voie du traitement et de la valorisation des déchets ménagers basé sur le tri sélectif. Baptisé Demeter, le dispositif implique un traitement des produits secs - collectés séparément chez l'habitant et en déchetteries - dans un "centre écologique de tri des déchets ménagers recyclables".
Papier, carton, plastiques, métaux et autres matières sèches recyclables de l'agglomération seront bientôt toutes traitées dans cette usine, en service depuis l'automne dernier. Exploitée par un groupement SOGEA - Nicollin dans le cadre d'une délégation de services publics, l'usine emploie actuellement 16 personnes pour une capacité de traitement de 15 000 tonnes/an : 12 trieurs, un manutentionnaire/conducteur d'engins, un manutentionnaire à la pesée des produits, un électro-mécanicien et un responsable de centre. Sa montée en charge s'effectuera progressivement jusqu'à 33 000 tonnes/an, avec un effectif de 18 personnes (deux trieurs supplémentaires). Deux unités complètent le dispositif : une plateforme de compostage des déchets verts et un centre d'inertes.
Le SIVOM de Sète et de ses environs - Sète, Frontignan, Balaruc-les-Bains, Balaruc-le-Vieux et Vic-la-Gardiole - a, quant à lui, choisi un autre mode de traitement en remplacement des deux décharges de Sète et Frontignan : l'incinération avec récupération de chaleur. En service depuis septembre 1992, l'usine d'incinération des ordures ménagères est exploitée par la Sétoise de traitement d'ordures ménagères, filiale commune de la Compagnie générale de chauffe/Cometherm et de la SDEI. D'une capacité maximale de 44 000 tonnes/an, elle a traité l'an dernier 38 000 tonnes de déchets ménagers, hospitaliers et de boues de la station d'épuration. "Au top niveau des normes européennes", assure son directeur Michel Ollivier, elle est entièrement automatisée et emploie 18 personnes également : cinq équipes de deux personnes pour le pilotage informatique de l'unité, un automaticien, un mécanicien, un électricien, un électro-mécanicien, un responsable des déchets hospitaliers, un agent technique pour les boues urbaines, un directeur et son adjoint.
A Narbonne, pour répondre aux besoins des vingt prochaines années, la ville a décidé de porter la capacité de son centre d'enfouissement technique de 30 à 60 hectares. L'ancienne décharge classique s'est transformée en unité de traitement des déchets ménagers conforme aux directives de la loi de juillet 1992. Dès ce mois-ci, le nouveau centre sera opérationnel, avec tri manuel, compactage et enfouissement. L'exploitation est assurée par la STAN, filiale de la Lyonnaise des Eaux, qui gère la collecte des ordures ménagères de la ville depuis 1973. De trois conducteurs d'engins auparavant, l'effectif du centre passe à quinze personnes : cinq trieuses, sept conducteurs d'engins de manipulation et de compactage, un électro-mécanicien, une secrétaire et un responsable du site. Après mise en place du tri sélectif auprès de la population, la ville s'attaquera dans une seconde phase à la valorisation des déchets collectés. En attendant, ils seront simplement triés, mis en balles et enfouis.
DE LA DECHARGE TRADITIONNELLE AU CENTRE D'ENFOUISSEMENT
En 2002, les décharges traditionnelles où s'entassait et/ou s'enfouissait le tout-venant des déchets depuis des décennies devront avoir disparu des paysages de France. Seuls les déchets ultimes, non traitables dans les conditions économiques et techniques actuelles, pourront être stockés dans des centres d'enfouissement technique. Ce sera non seulement la destination des résidus de déchets ménagers après valorisation ou incinération, mais aussi de certains déchets industriels banaux .