LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°06
ENTREPRISES ET ENVIRONNEMENT
De la contrainte à l'opportunité
Face à l'accroissement des contraintes environnementales, toutes les entreprises ne sont pas sur un pied d'égalité. Dans une étude réalisée en 1992 pour le compte de l'APEC (Association pour l'emploi des cadres), le cabinet Environnement Vôtre les classe en deux catégories. Il y a d'abord celles pour qui l'environnement est une contrainte à intégrer dans leur activité. Tout est alors question de taille. Pour les plus grandes, peu nombreuses dans notre paysage économique régional à forte prédominance de PME-PMI, pas trop d'inquiétude : des moyens techniques et financiers importants leur confèrent une réelle capacité de veille technologique, d'investissement et d'action. Elles sont en prise directe avec les mutations internationales et, pour la moitié d'entre elles, l'environnement est une préoccupation majeure.
Pour les PME-PMI, l'approche environnementale est plus délicate : en raison de capacités plus limitées, elles sont avant tout préoccupées par leur survie, leur développement et l'emploi. Par ailleurs, les principales difficultés pointées du doigt par leurs dirigeants pour intégrer les contraintes environnementales sont le manque de formation des cadres en la matière, les incertitudes scientifiques et le coût d'une politique volontariste dans ce domaine.
La seconde catégorie est celle des entreprises directement impliquées dans la protection de l'environnement. Ce sont les éco-entreprises ou éco-industries. Pour elles, l'environnement n'est pas une contrainte, mais leur raison d'être et de se développer. Comme l'explique Marc Descours, président du pôle associatif Galatée qui, sous l'impulsion du Conseil Régional, regroupe 18 entreprises oeuvrant dans le secteur de l'environnement en Languedoc-Roussillon, elles ne sont pas nombreuses dans la région : "Si l'on s'arrête au sens strict du terme éco-entreprise, c'est-à-dire intégrant l'environnement dans toutes les phases de la vie de leurs produits, il n'y a pas plus de cinq ou six éco-entreprises en Languedoc-Roussillon. Par contre, il existe une multitude de PME concernées par l'environnement au travers de leurs produits : filtres, conteneurs etc. La protection de l'environnement crée des besoins à leur portée. C'est sur ce marché que ces entreprises doivent être aidées à se positionner. Nous considérons l'environnement comme un secteur vierge dans lequel on peut faire des transferts de technologie à la portée des PME".
En partenariat avec la Banque Populaire, Galatée prépare la mise en place d'un outil de financement pour aider des PME à intégrer la problématique environnementale et à investir dans ce domaine. Ainsi, dès la fin de cette année, des "prêts verts" à taux bonifiés de 2,5 % pourraient être accordés à un certain nombre d'entreprises. Avec le soutien de la DRIRE, de l'ADEME et du Conseil Régional, notamment, ce dispositif devrait contribuer à une plus grande prise en compte de l'environnement et au développement de l'emploi.
POLLUTION DE L'AIR
Une prise en compte encore confidentielle
Le récupérateur depeinture-poudre de l'entreprise gardoise Sakoyan
"Il n'existe pas de métiers spécifiques en matière d'environnement dans le domaine de l'air", note Marc Arguillat, de l'ADEME. Ainsi, si certaines professions sont impliquées dans la protection de l'air, la lutte contre la pollution atmosphérique est induite le plus souvent dans la pratique de leur métier. Exemples : les chauffagistes, les frigoristes qui gèrent des équipements de climatisation, chaînes de froid...
Bien sûr, la qualité de l'air est de plus en plus surveillée. Et, pour mesurer la pollution atmosphérique, notamment dans les villes, des associations ont été créées. Il en existe 29 en France dont l'AMPADI (Association pour la maîtrise de la qualité de l'air) qui couvre le Languedoc-Roussillon. Mais, il s'agit de stations automatiques et les besoins en personnels sont restreints. Ainsi, l'AMPADI emploie huit personnes : un directeur administratif et technique, un directeur technique, deux administratifs, deux techniciens de maintenance et un chargé d'études. Des développements seraient possibles : bon nombre de villes, comme Nîmes ou Sète, ne sont pas équipées d'appareils de mesure. "Il nous faudrait crééer trois ou quatre emplois supplémentaires pour mieux répondre à la demande", indique Bernard Vuillot, directeur de l'AMPADI. Pourtant, faute de moyens financiers suffisants, cette croissance d'emplois ne peut s'effectuer qu'au ralenti.
En amont, le besoin de fabricants d'appareils de mesures est réel. Mais, dans ce domaine, les Allemands et les Japonais se taillent la part du lion. Tout comme sur le marché de la conception et la fabrication de filtres, également dominé par les Allemands.
De leur côté, les DDASS prennent de plus en plus en compte la pollution atmosphérique à la demande de leur ministère. Ainsi, dans l'Hérault, un technicien de la DDASS sera prochainement affecté aux problèmes de l'air dans les villes.
Quant aux entreprises qui adoptent des moyens de lutte contre cette pollution, elles utilisent leur personnel, quitte à le former. En effet, le temps nécessaire à la surveillance et au contrôle reste relativement modeste. L'entreprise d'ameublement Sakoyan, installée à Saint-Maurice-de-Cazevieille, dans le Gard, s'est par exemple dotée d'un récupérateur de peinture-poudre et d'un récupérateur-recycleur pour éviter les rejets dans l'atmosphère. Un employé en assure l'entretien et la surveillance, un jour par semaine en moyenne.