LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°07
Juillet 1995
LA FORET EN LANGUEDOC-ROUSSILLON
Vers de nouveaux équilibres entre économie et environnement
Le 10 novembre prochain, les 2es Assises de l'Environnement de la Région Languedoc-Roussillon aborderont un thème essentiel et mobilisateur : "Les collectivités locales et la gestion des espaces naturels". C'est une partie de ce thème que nous traitons aujourd'hui à travers le patrimoine forestier régional et son avenir. Son ambition : donner quelques pistes de réflexion à partir d'un état des lieux, d'orientations et de témoignages.
Verte et noire. Accueillante et impénétrable. Hospitalière et inquiétante. Naturelle et artificielle. Riche et pauvre. Protectrice et menaçante. Ouverte et fermée. Tout et... son contraire. Dans la forêt... des qualificatifs couramment associés à cette "vaste étendue de terrain peuplée d'arbres", apparaît déjà la difficulté de porter un regard rationnel et objectif sur la forêt. Dès son plus jeune âge, le petit d'homme apprend à la découvrir, à l'apprécier et à s'en méfier. Et puis, lentement, il acquiert une certitude : plus que tout autre, cet espace de vie doit être protégé des menaces qui le guettent.
Préserver la forêt est, de plus en plus, ressenti comme une nécessité absolue. Réalisée en avril 1992, une enquête d'opinion le montre clairement : 85 % des Français pensent que la forêt est menacée. Par quoi ? Les incendies viennent en tête de liste (40 %), puis la pollution (30 %) et l'absence d'entretien (12 %). Tout cela ne correspond pas forcément à la réalité des forêts de France, de Navarre et du Languedoc-Roussillon, mais permet de mesurer l'impérieuse nécessité - aujourd'hui encore plus qu'hier - d'intégrer la prise en compte environnementale dans toute réflexion sur la forêt.
En Languedoc-Roussillon, la forêt couvre un tiers du territoire, deux fois plus qu'il y a un siècle. On la croit méditerranéenne, elle est avant tout collinéenne et montagnarde ; immuable, pourtant elle n'a jamais évolué aussi rapidement qu'au cours des dix dernières décennies. Comment gère-t-on un tiers de la superficie régionale, extrêmement morcelée car les trois-quarts appartiennent à des propriétaires privés ? Avec rigueur et priorité donnée à son exploitation, en dépit d'un marché du bois bien moins rémunérateur que par le passé.
Ici comme ailleurs, les querelles ouvertes depuis déjà longtemps entre forestiers professionnels de la forêt et acteurs de la défense de l'environnement ont tendance à s'apaiser. Mais, l'opposition entre les uns et les autres est, parfois encore, très marquée : il faut laisser du temps au temps pour s'enrichir d'approches et de priorités, en réalité plus complémentaires qu'inconciliables. C'est une évidence : la gestion économique et environnementale de la forêt impose de raisonner sur le long terme, dans la plus large concertation.
Dans un contexte régional de déprise agricole galopante, la gestion des espaces boisés exige, plus que jamais, de veiller à la recherche d'un équilibre entre les trois principales fonctions - productive, écologique et sociale - de la forêt. La protéger des agressions, s'assurer d'une grande variété de paysages harmonieux pour demain, tout en maintenant une exploitation soutenue synonyme d'entretien, c'est sauvegarder voire améliorer la biodiversité et les écosystèmes. Et donner aux "écocitoyens" d'aujourd'hui la possibilité d'offrir demain à leurs enfants une forêt plus verte que noire, plus préservée que menacée...