LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°08
Financement
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"La richesse fiscale de notre commune est supérieure à la moyenne nationale et nous ne recevons aucune aide financière pour gérer l'étang du Méjean, explique Michel Vaillat, maire de Lattes, dans l'Hérault. Là n'est pas l'essentiel. Laide précieuse du Conservatoire du littoral en matière de logistique et une volonté politique suffisent !". Gérer une réserve ou un espace naturel nécessite pourtant des financements.
Certaines réserves naturelles sont plutôt du style "débrouillardes". La réserve naturelle du Bagnas, dans l'Hérault, qui emploie quatre personnes .dont deux à temps partiel, dispose d'un budget global d'environ 1,1 million de francs. Si le ministère de l'environnement finance une partie du fonctionnement, d'autres acteurs interviennent : la commune d'Agde prend en charge le garde-animateur, le Conservatoire du littoral participe à hauteur de 400 000 francs. En outre, les gestionnaires ont eu l'idée de jouer la carte de l'autofinancement en devenant prestataires de services pour certaines communes. Ils peuvent assurer ainsi la protection de dunes, le suivi du littoral, proposer des études locales sur les inventaires ainsi que des plans de gestion pour des sites à protéger. Quant aux programmes européens, Renaud Dupuy de La Grandrive, responsable de la réserve du Bagnas, est plus mesuré : "Les aides européennes sont plus difficiles à obtenir, mais elles ne sont pas, inaccessibles. Par exemple, le programme Life, en cours sur les lagunes du Languedoc-Roussillon, a permis au Conservatoire du littoral d'acheter des terrains". Même si les outils européens se multiplient (contrats agri-environnementaux, Life..), certains responsables de réserves restent un rien dubitatifs : "Nous n'avons jamais rien demandé, tout simplement en raison de notre méconnaissance des mécanismes d'aide européens" explique Yvon Robert, président de la réserve de jujols et de la Confédération des réserves naturelles catalanes, convaincu, au passage, que le fonctionnement de la réserve doit être piloté par une association : "5i la commune gère tout, le risque est grand d'avoir à passer chez le percepteur pour justifier de l'achat d'un litre d'essence !", lance t-il, non sans humour. Plus sérieusement, cet élu municipal s'inquiète de l'avenir du financement des réserves : "Le Conseil Général des Pyrénées-Orientales reverse un septième des 7 millions de francs de la TDENS * aux réserves naturelles. L'augmentation prévisible du nombre de réserves et la marge de manœuvre budgétaire du ministère de l'environnement laissent présager une période de crise. Les investissements doivent être freinés au profit d'un maintien des postes". La solution existe peut-être : la Confédération des réserves naturelles catalanes essaie actuellement de passer une convention de rapprochement avec la ville de Perpignan.
* Taxe départementale d'espace naturel sensible. Elle est perçue sur les constructions, reconstructions et agrandissements et permet de compenser en espaces naturels ouverts les surfaces utilisées par l'urbanisation.
Choisir la bonne échelle
LE PROJET DE PARC REGIONAL DU PAYS NARBONNAIS
L'île Sainte-Lucie, en pays narbonnais : un intérêt paysager exceptionnel.
Territoire de l'aigle de Bonelli, du Bruant ortolan, du Flamant rosé ou de la Pie grièche, les étangs littoraux audois dévoilent une richesse reconnue au niveau international. L’intérêt paysager y est pour le moins exceptionnel puisqu'on y dénombre actuellement 8 000 hectares de sites classés, 40 ZNIEFF (1), 30 000 hectares de 2ICO (2), 7 500 hectares de ZPS (3), 31 sites inscrits dont la totalité des étangs Bages-Sigean, 2 arrêtés de biotope (aigle de Bonelli et Centauréa corymbosa), 2 000 hectares appartenant au Conservatoire du littoral. Seul endroit du Languedoc-Roussillon à offrir un relief contrasté aux abords du littoral entre salines, falaises, îles, anses et étangs fermés, ce territoire de 80 000 hectares connaît pourtant depuis de nombreuses années une dégradation de son milieu. Le Conseil Régional a donc décidé de lancer en 1993 un projet de Parc Naturel Régional du Pays Narbonnais. Chargée de faire aboutir cet ambitieux dossier, l'Agence Méditerranéenne de l'Environnement a réuni les six communes riveraines des étangs - Bages, Sigean, Gruissan, Port-La-Nouvelle, Narbonne et Péyriac-de-Mer - ainsi que le Conseil Général de l'Aude et les associations d'usagers et de protection de l'environnement et les services de l'Etat.
Très vite, le périmètre d'étude a été étendu au bassin versant des étangs ainsi qu'aux massifs forestiers situés à cheval sur cette limite hydro-géologique. Il concerne aujourd'hui 37 communes.
Officiellement lancé en décembre 1994, après délibération du Conseil Régional adoptant le périmètre d'étude et prescrivant l'élaboration d'une charte, le PNR doit encore traverser plusieurs étapes avant sa concrétisation. Quatre commissions de travail (patrimoine, développement local, qualité des eaux, communication), animées par l'AME et ouvertes aux futurs partenaires du parc, ont permis de lancer les études préalables.
Un comité de pilotage, présidé par Jacques Blanc, va conduire l'élaboration d'une "pré-charte" début 1996. Avant l'obtention attendue d'un label, fin 1997, les différents partenaires lanceront plusieurs actions pour matérialiser l'existence du PNR : suppression des décharges sauvages, réhabilitation de
patrimoine bâti, sensibilisation scolaire, mesures agri-environnementales...
Le projet de Parc Naturel Régional du Pays Narbonnais, dont la gestion sera assurée à terme par un syndicat mixte, n'est pas le seul en course. Avec 30 PNR déjà créés en France et 15 en cours de
labialisation, ses acteurs savent que pour réussir ce pari de développement du patrimoine local, ils devront afficher une volonté claire et forte en matière de protection et de gestion de leur environnement.
(1) Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique.
(2) Zone d'importance communautaire pour les oiseaux.
(3) Zone de protection spéciale.