LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°09
Décembre 1995
ALIMENTATION MEDITERRANEENNE : CULTURES ET ENJEUX EN LANGUEDOC-ROUSSILLON
L'alimentation méditerranéenne a aujourd'hui le vent en poupe. Notamment pour ses effets bénéfiques sur la santé. Soit. Mais, bien des éclaircissements doivent être apportés. Dés termes méritent d'être définis tels la santé et l'alimentation méditerranéenne ; la relation alimentation-santé reste à affiner...
Avec une question de fond : comment les acteurs du développement économique du Languedoc-Roussillon peuvent-ils s'inscrire dans cette dynamique ? Voilà un vaste sujet de discussion qui nécessite une approche interdisciplinaire.
La Région Languedoc-Roussillon et l'Agence Méditerranéenne de l'Environnement comptent bien apporter leur contribution à ce débat. A cet effet, le 2e colloque Environnement et Santé sera organisé les 6 et 7 mai sur le thème "Alimentation méditerranéenne : cultures et enjeux en Languedoc-Roussillon".
"Que votre .alimentation soit votre médecine ", disait en son temps Hippocrate. L'homme a besoin de manger pour vivre et bien se porter. Mais, sa bonne santé ne peut se limiter à son alimentation. Son environnement, en tant que cadre de vie, est aussi l'un des éléments qui conditionne sa santé, au sens médical du terme et, bien plus largement, son bien-être. L’alimentation ne peut donc être un médicament en soi.
Certes, et de nombreuses études abondent dans ce sens, l'alimentation méditerranéenne peut avoir des effets préventifs pour diminuer les risques d'accidents cardio-vasculaires. Mais, bien des recherches restent à mener pour en démontrer le bien-fondé.
Il faut également définir le terme "alimentation méditerranéenne". Celle-ci se caractérise tout d'abord par sa frugalité, par l'importance dès fruits et des légumes, le peu de place accordée à la. viande... Mais aussi, par le rôle attribué au repas, vécu comme un moment fort, placé sous le signe de la convivialité. La façon de consommer est tout aussi importante que les aliments eux-mêmes : le repas pris rapidement sur le coin d'une table n'est peut-être pas assimilé par l'Organisme de la même manière que celui savouré tranquillement en famille. L'analyse des relations alimentation méditerranéenne et santé ne peut donc être limitée à un seul produit : l'huile d'olive, le vin, le poisson...
D'autant qu'on ne mange pas qu'un aliment. Celui-ci est transformé, cuisiné, assaisonné, associé... Dès lors, comment en mesurer les apports ? "Une bonne alimentation est affaire de mesure. Elle doit être variée et équilibrée", martèlent les' spécialistes.
Acte d'identification, l'alimentation est fonction des conditions sociales, économiques, culturelles... Bref, de l'environnement. Dans nos pays industrialisés, la mondialisation de l'alimentation donne accès à plus de 40 000 produits et, pour la plupart d'entre eux, "l'élément prix n'est plus dominant", indique Martine Padilla, chercheur à l'Institut agronomique Méditerranéen de Montpellier.
Aussi, une partie des consommateurs rassasiés, de produits sophistiqués, de plats cuisinés dénaturés, revendiquent-ils une alimentation-santé ainsi que des produits simples, qui ont du goût, de la saveur et dont ils identifient la provenance. Ils sont prêts pour cela à mettre le prix. Les termes "produits de la ferme", "absence de traitements chimiques", "A.O.C.", "Méditerranée"...appliqués à des produits sont chargés de sens, de rêve. S'ils ont, de surcroît, un effet bénéfique sur la santé, isl ne peuvent que séduire. L’enjeu pour le Languedoc-Roussillon est d'importance : la Méditerranée, berceau de notre civilisation, est porteuse. Les produits de terroir ont une identité culturelle à défendre et à laquelle le consommateur peut se rattacher.
Ils représentent aussi un formidable outil d'aménagement du territoire.