LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°12
Canet-en-Roussillon
SAUVETAGE ACCOMPLI
Le village de pêcheurs de Canet-en-Roussillon a obtenu en 1994 le premier Prix du Paysage en Languedoc-Roussillon. Cette consécration est l'aboutissement de quinze années d'efforts de protection et de réhabilitation paysagère. Quand, en 1978, le Conservatoire du Littoral acquiert 800 hectares de terrains autour de l'étang, l'état des lieux est accablant : "Nous avons voulu stopper les menaces d'urbanisation entre Saint-Cyprien et Canet, explique Jean-Claude Bonnafé, délégué régional du Conservatoire. Les cabanes de pêcheurs en tôle ondulée étaient dans un piteux état et les véhicules tout terrain avaient saccagé les lieux". Après un sérieux nettoyage du site, les pêcheurs ont été associés à la réhabilitation : "Les utilisateurs du milieu ont choisi le style des cabanes, en bois et roseaux. Les dix cabanes servent à entreposer du matériel et la maison commune réalisée au centre du village est un lieu d'échange entre les pêcheurs", souligne Jean-Claude Bonnafé. Aux détracteurs qui voient dans cette opération la "chloroformisation" d'un paysage arrêté, le responsable du Conservatoire répond que "le village n'est pas une réserve d'indiens".
A la re-découverte de la garrrigue et de ses mazets.
Interdit d'accès à tout véhicule, l'étang est ouvert aux visiteurs grâce à un sentier de découverte botanique et des points d'observation ornithologique. "Le Conservatoire a passé une convention avec la commune pour l'entretien, le gardiennage et l'ouverture au public, indique René Rabeyrolles, adjoint au maire de Canet délégué à l'environnement. Les subventions du Conservatoire, du Conseil Régional, du Conseil Général - de 300 000 francs chacune - et le financement de la commune, nous permettent de disposer d'un budget d'investissement de 1,4 million de francs pour les deux ou trois ans à venir. Avec le Canigou en toile de fond, nous avons été assez intelligents pour valoriser le site. A tel point que des communes comme Le Barcarès suivent notre exemple".
Les effets post-opératoires de ce traitement paysager exemplaire sont surprenants : "La difficulté, en matière d'aménagement de paysage, c'est de faire accepter la rupture de l'habitude, analyse Jean-Claude Bonnafé. Les habitants ont gommé de leur mémoire la souillure d'antan. Et ça, c'est extraordinaire !".
Perpignan
FRICHES EN VOIE DE REAPPROPRIATION
Aux portes de la ville, la reconquête des friches.
"Depuis une dizaine d'années , la gestion des espaces péri-urbains pose des problèmes. A l'abord des centres urbains, les friches s'étendent, les décharges sauvages dégradent le paysage et les risques d'incendie se multiplient. Le temps de la réflexion sur l'aménagement de l'espace est donc devenu nécessaire". Ancien ingénieur à BRL, Jean-Marie Petiau a créé une société d'ingéniérie agri-environnementale et agricole à Perpignan, en 1993. Meilleure référence d'Ecosys, à ce jour : la reconquète, en cours, de 1 500 hectares de friches sur le territoire de la capitale roussillonnaise. "Sur les 1 500 hectares, 150 appartiennent à la ville. Il était donc intéressant de passer des conventions entre la ville et les propriétaires fonciers, explique Jean-Marie Petiau, maître d'oeuvre de l'opération. Les friches de proximité résultant d'un blocage foncier ont laissé place à des productions maraîchères. Les friches viticoles, devenues de grands espaces vacants, au Mas Delfau, par exemple, sont transformées en ilôts de culture de blé dur ou de tournesol". Près de 70 hectares ont ainsi été laissés en bail gracieux au Centre départemental des jeunes agriculteurs pour une durée de trois ans. D'autre part, la commune a passé des conventions de pâturage avec des éleveurs et des associations d'insertion pour des chantiers de débroussaillement. A terme, une quinzaine d'emplois pourraient être créés. Pour "éviter les solutions toutes faites", Jean-Marie Petiau est convaincu de la nécessité de "construire le paysage avec la population". Chaque week-end, 6 000 personnes parcourent les bords de la Têt. Raison suffisante pour créer des itinéraires de promenade, par exemple, menant d'un site périphérique au centre-ville.
Soutenu par la DDAF, la DIREN et le Conseil Régional, le projet a bénéficié pour son lancement de 1,5 million de francs du Fonds de Gestion de l'Espace Rural (FGER) et de 500 000 francs de la ville de Perpignan. Mais l'incertitude pèse quant au financement ultérieur de l'ensemble de l'opération. "Au pire, on peut imaginer que la seule collectivité finance le projet", suggère Jean-Marie Petiau.
L'avenir du paysage péri-urbain passe t-il par l'intercommunalité ? "N'oublions pas que ces projets, à l'origine, sont éminemment politiques et dépendent de la dynamique des élus, conclut l'agronome et urbaniste. Il est vrai que les communes environnantes sont confrontées aux mêmes difficultés. La reconquète du territoire serait un formidable thème d'intercommunalité !".
Etang de Jouarrès
LA RENCONTRE DE DEUX DEPARTEMENTS
Un aménagement bien engagé.
"En matière d'aménagement paysager, nous avons rapidement progressé. A l'origine, nous voulions concevoir un parc urbain. Or, nous nous sommes vite rendu compte qu'il était important de conserver le paysage rural et ses vignobles, ses jardins potagers, ses amandiers". Chargée de mission à la Société d'Aménagement du Département de l'Hérault, Pilar Rosado coordonne l'opération d'aménagement de l'étang de Jouarrès, un programme concerté d'aménagement touristique autour de la thématique de l'eau, au nord du Canal du Midi, entre la commune d'Homps et l'étang, à mi-chemin entre Béziers et Carcassonne.
Le projet, déjà bien avancé, est soutenu, à hauteur de 55 millions de francs, par le syndicat mixte du développement de la basse vallée de l'Aude (Conseil Régional et Conseils Généraux de l'Hérault et de l'Aude) et réalisé par la SADH.
La particularité de l'opération réside dans sa gestion. Celle-ci est à la charge du syndicat intercommunal d'aménagement de Jouarrès, regroupant les communes d'Azille, de Pépieux, d'Homps et d'Olonzac. Toute nouvelle recette ou dépense, d'où qu'elle vienne, est partagée de manière équitable entre les quatre communes.
Les premières réalisations datent de 1991 : une plage aménagée au bord de l'étang et une école de voile permettent une utilisation ludique des lieux tout en conservant une zone de pêche pour les professionnels. Une réserve foncière de 14 hectares, typique de la plaine du Minervois, composée d'oliviers et de vignobles domine l'étang. Un chemin piétonnier reliera bientôt l'étang au proche Canal du Midi, enrichi d'un port fluvial de 70 anneaux.
L'intervention d'architectes et de paysagistes a joué un rôle déterminant dans l'opération, comme le souligne Pilar Rosado : "Leur bonne connaissance du milieu a permis, tant dans le bâti que dans le choix des plantations d'essences méditérranéennes, de mettre en valeur le paysage rural tout en se préparant à accrocher à l'habitat existant une future zone d'aménagement concertée".