LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT en Languedoc-Roussillon N°13
Education du grand public
DEPASSER LES PREJUGES
Comprendre l'activité des viticulteurs sur le terrain.
"L'éducation au développement durable s'inscrit dans la même logique que l'éducation à l'environnement. Nous devons, en plus, proposer des visions globales pour comprendre la complexité des enjeux de chaque milieu. L'acte éducatif n'est pas un catéchisme destiné à changer les habitudes au nom d'une quelconque morale. On s'éduque par étape, grâce à des stages, des randonnées, des expositions". Président du GRAINE-LR (Groupe Régional Animation Initiation Nature Environnement Languedoc-Roussillon) et directeur de l'association Les Écologistes de l'Euzière, Jean-Paul Salasse prône une pédagogie de terrain : "Nombreux sont les visiteurs qui estiment, par exemple, que l'arrêt des activités humaines dans la garrigue est positive. Nous les amenons à se poser des questions globales, par exemple : peut-on mener à la fois un processus de lutte contre les incendies, un développement pastoral et diversifier la faune et la flore ? En dépassant le cadre des représentations mentales classiques, le public comprend que ce milieu ne concerne pas seulement les botanistes".
L'étang de Thau amène souvent ce jugement définitif de la part des visiteurs : "L'étang est pourri !". Tout le travail consiste alors à démontrer que la lagune est non seulement propre, mais qu'elle est compatible avec une activité économique et un tourisme régulé. Les Écologistes de l'Euzière organisent régulièrement des rencontres entre touristes et vignerons : "Il ne s'agit pas de procéder à une dégustation, mais de donner une vision globale de la viticulture, martèle Jean-Paul Salasse. Nous tentons, au cours d'une demi-journée, de passer de l'histoire de la vigne à ses problèmes actuels. C'est par accompagnement, par petites touches successives que nous y arriverons".
Pour mener à bien cette tâche ambitieuse, l'association utilise des outils pédagogiques sur le thème des déchets ou de l'eau. Ainsi, en février prochain, Ricochet, une mallette pédagogique sur l'eau conçue par La Fondation de France permettra de sensibiliser les enfants à l'idée du développement durable. "L'eau sera le problème crucial du XXIe siècle. Tandis que la consommation augmente, les ressources s'amenuisent et les systèmes d'épuration ne sont pas encore tous au point, explique Jean-Paul Salasse. Pour accepter sa facture, le consommateur doit comprendre les enjeux qui le concernent".
Si les acteurs régionaux sont assez nombreux à participer à cette mission d'éducation, c'est trop souvent sans s'appuyer sur les compétences d'associations devenues spécialistes du genre. "Les collectivités territoriales, les comités d'entreprises, les sociétés industrielles devraient davantager s'appuyer sur notre travail. Trop de communes désirant se doter d'un outil d'éducation développent leur propre système interne sans détenir un savoir-faire suffisant", regrette Jean-Paul Salasse, partisan d'une contractualisation plus soutenue entre collectivités locales et associations. Et de s'interroger sur la bonne échelle de territoire :"En matière de développement durable, le niveau de la commune n'est pas le plus pertinent, estime le directeur des Écologistes de l'Euzière. Ce sont les SIVOM qui devraient se doter de volets éducatifs pour mener, par exemple, un travail de sensibilisation sur le schéma d'aménagement et de gestion de l'eau. La pédagogie est un des éléménts incontournables d'une bonne prise de conscience de l'action publique. Un maire aura beau détenir un arsenal règlementaire, si les habitants ne sont pas associés à sa démarche, celle-ci restera lettre morte".
Lycée Lacroix de Narbonne
UNE DEMARCHE GLOBALE
Le projet primé des élèves du Lycée Lacroix à Narbonne.
Indispensable à la formation des éco-citoyens de demain, l'éducation à l'environnement est l'un des éléments du développement durable. A Narbonne l'atelier scientifique du lycée Lacroix poursuit ses projets de réflexion globale (voir La Lettre de l'Environnement n° 10). Après avoir été lauréat du quatrième trophée CH.E.N.E, l'atelier se lance dans la limitation des pesticides viticoles. L'INRA a ainsi proposé à un noyau de quinze élèves de se pencher sur le traitement des pesticides. "Notre démarche a été globale, explique Guy Parmentier, l'un des enseignants de l'équipe. Les élèves ont d'abord pris conscience du problème sur le terrain, à la cave coopérative de Sallèles-d'Aude. Les étapes du projet ont été définies en concertation avec les élèves, chercheurs et enseignants tout en suivant une problématique suggérée par les vignerons".
Après l'identification des principaux pesticides utilisés, les élèves ont évalué les quantités rejetées, mis en route un dispositif de traitement sur certains pesticides. Au cours de l'année, les premières analyses pourront être effectuées au laboratoire de l'INRA par l'équipe d'élèves, sous la conduite de chercheurs. Un bassin expérimental de 150 m3 appartenant à l'INRA et situé sur le site de la cave coopérative permettra d'appliquer un traitement des rejets de pesticides. "Parallèlement, nous avons implanté des haies permettant, selon les élèves, de limiter la diffusion de pesticides dans l'air. Si le projet n'a qu'une valeur scientifique, le traitement des pesticides peut avoir un effet bénéfique sur la qualité des étangs et des rivières et donc sur le tourisme", note Guy Parmentier. Ce projet a été primé à l'expo-sciences EINSTEIN de la ville de Carcassonne et, curieusement, ce sont les élèves des classes littéraires qui semblent s'en être le mieux sortis : "Ils ont un regard plus ouvert, plus global sur leur environnement que certains élèves scientifiques", estime l'enseignant.