DES NOUVEAUX ... DANS LES ESPACES NATURELS
DU LANGUEDOC-ROUSSILLON
En Languedoc-Roussillon, le massif du Caroux Espinouse représente un patrimoine naturel exceptionnel. En effet, cette zone de montagne abrite un paysage unique, une faune et une flore originales, dont l'emblème est le mouflon. De même, chaque année, près de 200 000 touristes viennent admirer le massif du Caroux. Jean-Marc Cugnasse, directeur-adjoint de la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage, commente : "Nous étions depuis longtemps à la recherche d'outils techniques et financiers pour préserver ce patrimoine, notamment en gérant mieux le flux de visiteurs.
En même temps, les acteurs locaux du massif étaient particulièrement motivés pour dynamiser leur région. En effet, elle est soumise à une déprise agricole et une désertification qui vont croissant. Le moyen choisi pour concilier tout cela a été l'écotourisme. C'est une perspective innovante en matière de préservation de l'environnement et de développement économique. Mais c'est aussi une stratégie qui nécessite un investissement financier et logistique important. Jusqu'à présent, nous étions assistés par un personnel bénévole. Mais leur engagement était forcément limité et souvent de courte durée...
L'opportunité des emplois jeunes a été une chance formidable pour nous, un coup de pouce inespéré !". Au cours de l'année 1998, 10 jeunes sont recrutés par deux des organismes qui œuvrent dans la gestion de ce massif. Le SIVOM1 s'adjoint les services de 2 personnes pour animer des projets écotouristiques. Quant au GIC2, il en embauche 5 qui sont chargées, entre autres, de l'entretien de l'espace, avec la restauration de sentiers, de drailles...
Ce dernier en recrute enfin 3 de plus, qui sont mis à la disposition de l'ONC3 pour des travaux d'inventaire, d'étude et de suivi du patrimoine naturel du massif.
Des journées de tourisme scientifique pour les uns et cynégétique pour les autres sont également mises en place sur le massif. Jacques Mendès, président du SIVOM, observe : "La difficulté dans ce genre d'opérations pourrait être de coordonner les actions des trois organismes qui s'occupent du Caroux Espinouse. Or, nous avons une symbiose remarquable entre les équipes, avec des réunions régulières, des informations qui circulent quotidiennement. Cette unité, cette volonté d'aller de l'avant tous ensemble se ressent dans tout le massif.
Ces 10 emplois lui ont donné une dimension nouvelle. Laissez-moi vous citer quelques exemples. Ils mettent constamment en relation les prestataires de services (hôteliers, ferme-aubergistes, accompagnateurs de randonnée...). Ils réalisent les bulletins d'information du SIVOM et du GIC. Ils dynamisent le massif. On n'aurait rien fait sans eux !". Jacques Mendès est aussi maire de Rosis, une des petites communes du massif qui se vide de sa jeunesse. Il explique à ce propos : "Leur présence est très importante pour le maintien de notre tissu rural mis à mal. Ces jeunes organisent des soirées nature dans les villages (nuit de la chouette...), rédigent des articles dans les bulletins municipaux. Ils aident aussi à la restauration d'une église, à la création d'un parcours de santé... Ils font prendre conscience aux gens de la richesse de l'habitat dans lequel ils vivent, ce qui n'était pas le cas auparavant. Savaient-ils que leur massif abrite jusqu'à 120 espèces d'oiseaux ? Cela les valorise.
Grâce à eux, dans cette zone sinistrée depuis la fermeture des mines ou l'exode rural, le moral reprend. 10 nouveaux jeunes dans des hameaux et villages du massif, c'est de la vie !". Karine Martinetto est de ceux-là. A 26 ans, originaire de Savoie, titulaire d'un DESS "ressources naturelles et environnement", elle se sent totalement intégrée dans cette montagne languedocienne.
Cette technicienne en écotourisme confie qu'elle a trouvé un job qui l'enchante. "Le travail en équipe, autour d'une dizaine de jeunes de la même tranche d'âge, m'a séduite. C'est motivant. En plus, on nous a confié un défi, un challenge extraordinaire. Il faut refaire vivre le massif ! Nous avons 5 ans pour réussir et en même temps trouver à cette échéance le moyen de pérenniser notre emploi. Mais il y aura des opportunités, par exemple avec la création du parc de vision". Interrogée sur son salaire au SMIC, Karine répond : "toucher 6.797 francs bruts par mois dans une zone rurale, c'est autre chose que de percevoir cette somme à Montpellier. J'ai dans ce massif du Caroux Espinouse une qualité de vie que je ne voudrais pour rien au monde abandonner. Je suis heureuse ici".
En même temps, cette équipe va s'occuper activement des forêts environnantes. Il y a deux ans, des conditions climatiques particulièrement mauvaises ont détruit par endroits jusqu'à 60% des arbres. En même temps, près de 300 kilomètres de sentiers de randonnée ainsi que des parcours VTT sont à aménager. "Nous devons aussi nettoyer les berges des lacs environnants pour faciliter l'activité nautique.
Enfin, il y a des zones de pacage qui se ferment en raison de la déprise agricole et qui perdent de leur richesse écologique. Tous ces travaux vont occuper à temps plein les jeunes embauchés".
Mais la pérennisation de leur poste n'a pas été oubliée. "Nous n'avons pas embauché à la légère. Nous avons longuement réfléchi au devenir de ces emplois. Pour les rendre financièrement autonomes, nous allons orienter, entre autres, leur activité dans la filière bois". En concertation avec les propriétaires-forestiers du canton, les jeunes vont récupérer le bois mort pour en faire des plaquettes forestières (bois trituré). Cette opération rentre dans le cadre du plan bois-énergie 66, qui vise à valoriser les sous-produits forestiers très abondants dans la région (bois d'éclaircies, forêts brûlées ou malades, rémanents d'exploitation forestière...). Ces plaquettes forestières seront vendues à des chaufferies collectives au bois, dont le nombre doit fortement augmenter dans les 4 années à venir.
Ces dernières bénéficient maintenant d'une technologie automatisée et performante. "A travers cette opération, s'enthousiasme Marianne Brunet, notre équipe fait d'une pierre deux coups. Elle va générer de l'argent pour auto-financer les emplois et en même temps, elle entretient l'environnement".