LA CHASSE DANS LA GESTION DES ESPECES
ET DES ESPACES EN LANGUEDOC-ROUSSILLON
Ces amoureux de la nature et du grand air deviennent progressivement gestionnaires de la faune sauvage, soucieux de préserver leur capital "gibier" dont ils ne prélèveront que les intérêts. En Languedoc-Roussillon, l'aménagement des zones de chasse prend un relief tout particulier. En effet, selon la typologie du CNRS (dite de Dubias et Rey), plus de 110 secteurs écologiques différents sont présents à l'intérieur de notre région. Cette extraordinaire diversité des milieux, l'une des plus importantes en France, permet la vie d'une faune très riche. Ainsi, sur les 69 oiseaux nicheurs et les 16 mammifères chassés en France, la quasi-totalité sont présents en Languedoc-Roussillon.
A ce gibier sédentaire, s'ajoutent tous les oiseaux migrateurs qui traversent notre région, parsemée de zones humides. Ainsi, de la sarcelle au chevreuil, les chasseurs doivent gérer de plus en plus finement, en collaboration avec tous les acteurs de l'environnement, les territoires où vivent ces espèces. En zone de montagne, qu'il s'agisse des massifs du Caroux-Espinouse, du Madres-Coronat ou du Parc national des Cévennes, ils essaient de régler des problèmes aussi divers que la déprise agricole, la mise en place de Natura 2000 ou les dégâts du gros gibier. En plaines et causses, ils s'attachent à sauvegarder la perdrix rouge en même temps qu'ils luttent contre les incendies ou l'explosion démographique du sanglier. Enfin, sur le littoral, l'aménagement des marais ou l'arrivée des munitions sans plomb les préoccupent. Le temps de quelques pages, penchons-nous de plus près sur chacun des enjeux cités ci-dessus, posons notre pas dans celui des chasseurs en Pays d'Oc et en Pays Catalan.
Situés au sud du Massif Central, les monts du Caroux-Espinouse sont le fleuron du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Dans cette zone de montagne, la fermeture des mines et l'industrialisation des villes environnantes ont provoqué un important exode rural. Mais depuis quelques années, la valorisation économique de la chasse a permis d'apporter un élément de solution à cette désertification progressive de la région. Tout cela a pris naissance grâce à l'introduction du mouflon méditerranéen dans les monts du Caroux-Espinouse en 1956. Ensuite, l'accroissement de la population a été favorisé par la mise en réserve de 1 700 ha de terrains domaniaux, situés au cœur du massif. Ils constituent aujourd'hui la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage du Caroux-Espinouse. Son directeur-adjoint, Jean-Marc Cugnasse, explique : "Le mouflon se distribue aujourd'hui sur 12 000 ha répartis sur dix communes. L'augmentation de ses effectifs a permis, sans discontinuité depuis 1973, la réalisation d'importants prélèvements en période de chasse". Afin de coordonner et d'améliorer la gestion de cette espèce, un Groupement d'Intérêt Cynégétique (GIC) a été créé en 1982 et regroupe tous les gestionnaires du massif. Max Allies, son président, explique : "De 1973 à 1998, près de 5000 mouflons ont été prélevés dans le massif. L'attribution au plan de chasse est d'environ 250 mouflons par an pour les dernières années. Quantitativement et qualitativement (6 des 10 premiers trophées français proviennent du Caroux-Espinouse), cette introduction est un succès. Sa renommée a franchi les frontières de notre hexagone. Le mouflon contribue de façon originale au développement économique durable du massif en drainant un public toujours plus nombreux (chasseurs à l'approche, personnels techniques et scientifiques liés aux activités de la réserve, chasseurs photographes, sorties naturalistes). Son image est d'ailleurs de plus en plus utilisée comme produit d'appel par les professionnels du tourisme (200 000 touristes chaque année sur le massif) et par les gestionnaires pour des projets aussi divers que l'organisation de classes vertes ou l'aménagement du paysage". Mais à ce jour, les gestionnaires ont surtout valorisé l'exploitation cynégétique du mouflon. A titre d'exemple, les recettes financières de 1998-99 s'élèvent à 621.000 francs. Elles comprennent la vente des mouflons, les taxes d'accompagnement, l'indemnisation des guides...
Localement, cette exploitation génère d'autres retombées économiques. Les principaux bénéficiaires sont la restauration et l'hôtellerie qui enregistrent habituellement une baisse de leur activité en hiver. Elle apporte aussi aux agriculteurs locaux des compléments de revenu par la diversification de leur activité (réalisation des aménagements, entretien du paysage, accompagnement des chasseurs...) et par l'apparition de nouveaux marchés pour leurs produits (fermes auberges, spécialités locales...). "De plus, le développement de la chasse représente un apport culturel et social", tient à préciser Jean-Marc Cugnasse. "C'est un outil communicateur privilégié pour les habitants du massif. Il leur permet d'échanger avec des catégories socio-professionnelles qu'ils ne côtoient pas d'ordinaire. Ils ont ainsi la possibilité de mieux faire connaître leurs problèmes, en particulier auprès de décideurs qui sont alors en situation de réceptivité".
Cette exploitation cynégétique génère d'autres retombées économiques. Les principaux bénéficiaires sont la restauration et l'hôtellerie qui enregistrent habituellement une baisse de leur activité en hiver. Elle apporte aussi aux agriculteurs locaux des compléments de revenu par la diversification de leur activité (réalisation des aménagements, entretien du paysage, accompagnement des chasseurs...) et par l'apparition de nouveaux marchés pour leurs produits (fermes auberges, spécialités locales...). "De plus, le développement de la chasse représente un apport culturel et social", tient à préciser Jean-Marc Cugnasse. "C'est un outil communicateur privilégié pour les habitants du massif. Il leur permet d'échanger avec des catégories socio-professionnelles qu'ils ne côtoient pas d'ordinaire. Ils ont ainsi la possibilité de mieux faire connaître leurs problèmes, en particulier auprès de décideurs qui sont alors en situation de réceptivité".
Cette exploitation cynégétique sur le massif du Caroux montre qu'il existe aussi des moyens de valoriser des espaces en déprise. Le développement de la chasse autour du mouflon s'est accompagné d'un aménagement du territoire. "Dans le massif, comme ailleurs, la chasse était une activité de cueillette régulée seulement par la limitation légale de sa durée. Aujourd'hui, il y a une réelle prise en compte de la gestion des milieux et des espèces. Grâce en partie au recrutement de 5 jeunes, les partenaires du GIC gèrent des centaines d'hectares d'aménagement (250 ha de cultures à gibier, 80 ha de landes ouvertes...) en faveur du gibier. Ils font aussi des "coupe-eaux" pour éviter le ravinement, des coupe-feux, des plantations de haies... Tout cela profite à l'ensemble de la faune sauvage du Caroux".