AUTOUR DES MIGRATEURS EN ZONES HUMIDES
Et la chasse de nuit ?
C'est l'heure de la "criquette", la partie de passe qui se situe avant le lever du soleil. Les ombres ne se sont pas encore dressées, et les bruits s'étouffent dans l'obscurité. Depuis deux heures, Christian Guillermin, 53 ans, grand chasseur devant l'éternel, attend dans son gabion. Devant lui, les appelants poussent leurs cris pour faire poser un gibier rendu tous les jours plus méfiant.
Ce chasseur au gibier d'eau confie : "Cette chasse de nuit dans les marais est magique. Qui ne l'a pas pratiquée ne peut ressentir l'émotion qu'elle procure. Mais pour combien de temps encore ?". La chasse aux migrateurs, et spécialement celle de nuit, font régulièrement l'objet de conflits entre chasseurs et protecteurs de l'environnement. Chacun défend sa vision de l'aménagement du milieu et de la gestion des espèces. Pour y voir plus clair, attachons-nous un instant à la Camargue. Sur les 55 000 ha de zones humides de cette région (hors salins), environ 35 000 ha sont gérés et entretenus pour la chasse. Ce sont les marais de chasse dont les premiers aménagements datent d'une quarantaine d'années. L'activité cynégétique les a protégés de l'assèchement. En effet, la Camargue est le fruit d'un équilibre hautement précaire, et sans cesse remis en question, entre les intérêts cynégétiques qui conduisent au maintien des zones humides avec affectation à la chasse, et ceux qui conduisent à leur tarissement pour d'autres usages (agricoles, industriels, urbains et péri-urbains...)."Il vaut mieux des marais que des marinas !", clament tout haut les chasseurs de Camargue.
Dans ce conflit, ils font souvent pencher la balance en leur faveur. Ils représentent en effet un poids économique très important, payant un droit de chasse élevé aux propriétaires des marais. Les aménagements cynégétiques qu'ils réalisent au profit des oiseaux d'eau visent d'abord à accroître les ressources alimentaires du marais. Ainsi, par drainage ou pompage, les aménageurs-chasseurs éliminent autant que possible l'assèchement des mois d'été et réduisent au minimum la salinité de l'eau. Les marais de chasse ont ainsi une productivité et une biomasse sensiblement supérieures à celle des autres marais et sont beaucoup plus attractifs pour les oiseaux.
En contrepartie, ces aménagements constituent une transformation radicale des marais camarguais qui deviennent analogues à des marais continentaux, doux et permanents. "Il en résulte une perte de diversité biologique à l'échelle de la Camargue, car ses communautés végétales caractéristiques disparaissent au profit de deux espèces cosmopolites d'eau douce, le potamot et le myriophylle.
De même, la submersion estivale des marais et la faible salinité des eaux facilitent l'introduction d'espèces exotiques en Camargue, l'exemple le plus typique étant l'arrivée récente des jussies. Ainsi, la Camargue se transforme de plus en plus en une gigantesque "ferme à canards". On peut véritablement parler de "cynégéticulture", c'est à dire d'une mise en culture des milieux naturels au profit de la chasse", rétorque Alain Tamisier, chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier. Ce spécialiste de la Camargue, auteur d'un récent ouvrage intitulé "Camargue, canards et foulques", s'interroge aussi sur la pression de chasse exercée sur le gibier d'eau.
La chasse de nuit évoquée plus haut, pratiquée sur plus de 70% des lagunes et étangs du Languedoc-Roussillon, est particulièrement visée. "On sait que le succès de reproduction des oiseaux migrateurs repose sur leur capacité à stocker des réserves de graisse pendant leurs lieux d'hivernage (donc chez nous). Et pour atteindre cet objectif, les oiseaux se nourissent une grande partie de la nuit. Toute forme de dérangement qui entrave leur alimentation pendant cette période leur est très néfaste".
Cette pression de chasse réduit-elle régulièrement le nombre de migrateurs ? Analysons le tableau de chasse. Environ 500.000 oiseaux passent chaque année par les zones humides du Languedoc-Roussillon et de Camargue. Sur ce nombre, 150 000 sont tués en Camargue et 100 000 dans les étangs du Languedoc-Roussillon. Pourtant, le comptage des oiseaux migrateurs dans ces zones, réalisé chaque année, montre que les effectifs restent stables. "La raison est simple. 90% du territoire traversé par les oiseaux pendant leur migration est protégé.
Ceci étant, le prélèvement est réellement trop important, et il faut trouver des solutions pour le réduire". Alain Tamisier propose quelques pistes à partir des résultats scientifiques acquis : "Il faudrait interdire la chasse de nuit, non pas à cause du nombre d'oiseaux tués, mais bien davantage en raison du dérangement qui les empêche de se nourrir. Et pour les mêmes raisons, nous devrions limiter la durée de chasse pendant l'année. Nous chassons 7 mois et demi par an. Aux Etats-Unis, par exemple, la chasse de nuit est interdite depuis très longtemps et on ne chasse que 3 mois par an. De même en France, nous chassons deux fois plus d'espèces que dans les autres pays européens".
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REPERES : LES CHASSEURS EN FRANCE
- 0,3 % sont des femmes. - Leur moyenne d'âge est de 49,5 ans. - 80% des chasseurs vivent dans des communes de moins de 7 000 habitants. - Le Pas-de-Calais, la Gironde et les Landes sont les trois départements qui comptent le plus de chasseurs en France. - 23% des chasseurs sont des ouvriers, 22% des agriculteurs, 18% des employés, 13% des commerçants et artisans et 12% des cadres supérieurs et professions libérales. - 71% des chasseurs vont dans des chasses communales, 29% dans des chasses privées. |
La Tour du Valat, laboratoire d'essai
Des propositions que partage Jean-Paul Taris, directeur de la station biologique de la Tour de Valat. Cet organisme de recherche se trouve au sud de la ville d'Arles, au cœur de la Camargue et à proximité de l'étang de Vaccarès. La Tour du Valat possède un domaine qui représente un ensemble de 2 500 ha dont la moitié jouit du statut de Réserve naturelle depuis 1984. Dans les années 70, la station s'est dotée d'un programme de recherches sur l'écologie des zones humides, et certaines études portent sur l'activité de chasse. "Nous travaillons depuis toujours en étroite relation, en concertation fréquente avec les chasseurs. Nous nous réunissons souvent pour analyser les problèmes de gestion du site", confie Jean-Paul Taris. Ainsi, la zone de chasse de 550 ha de la station bénéficie d'une réglementation plus stricte que le reste de la Camargue. "On chasse à la Tour du Valat du 1er octobre au 31 janvier. De même, nous avons mis en place un plan de chasse qui autorise un prélèvement maximum, à savoir 6 canards par sortie par chasseur".
Un autre problème est largement analysé à la Tour du Valat, celui des munitions à base de plomb. 600 000 coups de fusils annuels obligent, le nombre de plombs de chasse trouvés en Camargue (jusqu'à 2 millions l'hectare) figure parmi les plus élevés dans le monde. Or, de nombreuses espèces d'oiseaux les ingèrent à la place du gravier (grit). Ensuite, l'usure mécanique dans le gésier et la corrosion par les acides gastriques favorisent la dissolution du métal qui passe dans le sang. Les oiseaux sont alors atteints de saturnisme, les canards plongeurs et le pilet étant les plus touchés. Limiter le plomb en Camargue et dans l'ensemble des zones humides est un des grands enjeux de la Tour du Valat.
Pour trouver des solutions, la station de recherche expérimente depuis 5 ans, en collaboration avec l'Office national de la chasse, des munitions non toxiques. Des cartouches à base de bismuth, fer doux, étain sont utilisées par les chasseurs et les armes sont ensuite examinées par les fabricants et armuriers. "Il semble qu'il n'y ait aucune atteinte aux fusils après utilisation de ces munitions sans plomb. Progressivement, ce métal devrait être abandonné. De toute façon, la législation européenne prévoit une interdiction totale du plomb à partir de 2005".
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SITES MENTIONNES DANS LE DOSSIER
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Réserve Naturelle de Nohèdes Massis du Caroux-Espinouse Gorges du Tarn GIC des Corbières-Maritimes GICF du Larzac La Camargue La Tour du Valat |
L'article L-224-3 du code rural pose le principe que "nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture fixées par l'autorité administrative". Tous les ans, c'est le Préfet qui fixe le calendrier de chasse des espèces, par arrêté, sur proposition du Directeur départemental de l'agriculture et de la forêt, après avis du Conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage et de la Fédération départementale des chasseurs. Selon les régions, les périodes d'ouverture doivent être comprises entre le 1er et le 4ème dimanche de septembre et le dernier jour de février. Selon l'article L-224-4 du code rural, la chasse est possible tout le temps où il ne fait pas nuit, c'est à dire lorsqu'il est possible pour un œil humain de discerner les objets. Le code rural R 228-7 interdit la chasse en temps de neige. Le plan de chasse a été instauré par la loi du 30 juillet 1963. Il a pour but essentiel d'éviter deux excès : prélever trop fortement le capital cynégétique et risquer d'anéantir les efforts antérieurs de reconstitution de la faune sauvage.
La Camargue est une plaque tournante vitale pour les oiseaux d'eau migrateurs. Elle est notamment le quartier d'hiver le plus prestigieux pour les canards et foulques d'Europe centrale. Cet ouvrage passionnant recense 30 années d'étude sur ces oiseaux, menée par Alain Tamisier et Olivier Dehorter, du CNRS de Montpellier. La chasse est abordée dans de nombreux chapitres du livre. (Centre ornithologique du Gard, centre André Malraux, avenue de Lattre de Tassigny, 30 000 Nîmes 04 66 26 82 77)
Ce pays des étangs, du Scamandre à l'étang de l'Or
Le bulletin mensuel de l'ONC
Parc Euromédecine 378, rue galéra 34 097 Montpellier Cédex 5 04 67 63 48 77 Fédération des Chasseurs de l'Hérault 22, rue des chasseurs 34 070 Montpellier 04 67 42 41 55 Fédération des Chasseurs des P-O 7, place Paul Bert 66 000 Perpignan 04 68 56 70 55 Groupement d'Intérêt Cynégétique des Corbières-Maritimes 11 440 Peyriac de Mer - 04 68 41 55 40 Groupement d'Intérêt Environnemental et Cynégétique du Caroux-Espinouse Mairie de Castanet-le-Haut 34 610 Castanet-le-Haut - 04 67 23 69 09 Institut Méditerranéen du Patrimoine Cynégétique et Faunistique Domaine agri-environnemental Site "Les cigales" - 30 310 Vergeze 04 66 35 93 15 Office National de la Chasse 95, rue Pierre Flourens 34 000 Montpellier - 04 67 10 78 00 Office National des Forêts 505, rue de la croix verte 34 090 Montpellier - 04 67 04 66 99 Parc National des Cévennes BP 15 - 48 400 Florac 04 66 49 53 00 Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage du Caroux-Espinouse Fagairolles - 34 610 Castanet-le-Haut 04 67 23 68 07 Réserve Naturelle de Nohèdes Maison de la Réserve 66 500 Nohèdes 04 68 05 22 42 Station Biologique de la Tour du Valat Le Sambuc 13 200 Arles 04 90 97 20 13 Agence Méditerranéenne de l'Environnement 201, avenue de la Pompignane 34 064 Montpellier Cedex 2 04 67 22 90 62
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