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Voie ferrée effondrée pendant les inondations dans l'Aude en novembre 99 (Photo Dominique Quet) |
A chaque fois, des voix s'élèvent, d'autant plus véhémentes que la catastrophe est grave. Elus, scientifiques, associations, techniciens…
cherchent alors à comprendre et à trouver la meilleure parade possible. Pour alimenter le débat, la Région Languedoc-Roussillon et l'AME ont consacré en juin dernier leurs 8èmes Assises de l'environnement aux inondations. A la lumière de ces rencontres, La Lettre de l'Environnement en Languedoc-Roussillon a voulu creuser un peu plus le sujet dans son dossier central. Les thèmes de l'alerte aux populations, l'organisation des secours, la réparation des dommages, l'information du public ne seront pas traités, faute de place, laissant la part belle à l'aménagement du territoire et aux équipements de lutte contre les inondations. Nous avons aussi choisi de traiter des sujets environnementaux rarement abordés :
la pollution des villes et de certains écosystèmes lors d'inondations. " On ne supprime pas les catastrophes naturelles, on s'adapte intelligemment à elles ", disait Haroun Tazieff. Puissent ces quelques pages enrichir utilement cette réflexion sur un phénomène fréquent et de survenue rapide.
" Que d'eau, que d'eau ! ", s'était exclamé dans cette phrase restée célèbre, le Président Mac-Mahon devant la crue de la Garonne, en 1875 à Toulouse. Mais, depuis, la situation n'a guère évolué dans le Midi de la France. Nîmes, octobre 1988 ; Vaison la Romaine, septembre 1992 ; Corse, novembre 1993 ; Puisserguier, janvier 1996 ; Aude, Tarn et Pyrénées-Orientales, novembre 1999…
Durant cette dernière décennie, dans le Sud de notre pays, la liste est longue de ces catastrophes où l'eau est devenue folle. Régulièrement, alimentés par des précipitations intenses, des cours d'eau débordent, des crues violentes sur des torrents provoquent des victimes et d'importants dégâts.
Déjà, il y a vingt ans, Philippe Lamour, grand aménageur du Languedoc-Roussillon, confiait : " Dans nos zones méridionales, il y a toujours trop d'eau ou pas assez. On est successivement occupé à s'en défendre en automne avec les inondations, et en été à essayer de la trouver ! ". Notre région, du fait de son climat et de sa situation géomorphologique (un grand amphithéâtre tourné vers la mer), est une terre d'élection pour les crues de tous ordres. Mais le Midi méditerranéen n'a pas le privilège des inondations ! Dans notre pays, ce risque naturel est de loin le plus fréquent et le plus destructeur. Il concerne environ 7 500 communes (soit le tiers du territoire).
Sur la période 1982 à 1995, d'après la Caisse centrale de réassurance, les inondations ont représenté 67,5% des dossiers traités (contre 29,5% aux mouvements de sol et seulement 3% pour toutes les autres catastrophes). En France, au 20ème siècle, la crue la plus dommageable fut celle du Tarn à Montauban (en 1930), qui fit 200 victimes et près de 700 dans l'ensemble des bassins de la Garonne et du Tarn.
Comment les citoyens réagissent-ils face à ces phénomènes à répétition, touchant souvent le même cours d'eau ? " Bien que relativement fréquentes, les inondations sous nos latitudes ont été vécues jusqu'ici comme des catastrophes dites " naturelles ", imprévisibles, et relevant de la " force majeure ", ou comme dans la terminologie des compagnies d'assurance anglaises, des " Lois de Dieu " (Acts of God). Mais aujourd'hui, l'inondation ne doit plus relever de la fatalité ! ", s'insurge Michel Desbordes, directeur de l'ISIM (Institut des Sciences de l'Ingénieur de Montpellier) et enseignant-chercheur spécialisé en hydrologie urbaine.
Si le lieu et l'heure d'une inondation sont encore difficilement prévisibles longtemps à l'avance, les chemins de l'eau ne relèvent pas du hasard et sont identifiables à un instant donné. " Contrairement aux autres risques naturels et à un slogan assez répandu dans les médias, " le risque zéro " existe en matière d'inondation, dès lors que l'on évite d'implanter sa maison sur les chemins de l'eau, et que l'on met en place un certain nombre de mesures préventives ! ".
Les responsables politiques, administratifs ou économiques de l'aménagement de l'espace disposent d'un arsenal de parades sur lequel nous reviendrons : la maîtrise de l'urbanisation en zone inondable, les barrages écréteurs de crues, les digues de protection, les bassins de retenue, l'entretien des rivières… Mais, pour autant, si les pouvoirs publics cherchent à prendre à bras-le-corps le problème des inondations, leur efficacité est souvent remise en cause. C'est que le phénomène est loin d'être simple...
L'homme a noué avec l'eau des relations très étroites au cours des siècles, l'utilisant, la domestiquant auprès de lui, pour en subir quelquefois à son grand dam les outrages. Une imbrication très complexe. Combien de fois a-t-il pu se rendre compte que la vie de la Peyne, de la Têt, de l'Aude ou encore du Vistre n'était décidément pas celle de longs fleuves tranquilles ? Avant de s'interroger sur les différentes techniques de lutte contre leurs " sautes d'humeur ", voyons quelle est la nature des différentes inondations qui nous touchent.
Trois types d'inondations
A l'exception des destructions de digues ou barrages particulièrement dévastatrices, les inondations résultent de précipitations intenses et sont en général classées en trois catégories. On distingue tout d'abord les inondations de plaine. Elles sont issues de fleuves et rivières importants, circulant dans des secteurs habités par l'homme depuis longtemps. La montée des eaux y est généralement lente.
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| Le thème des inondations a réuni plus de 500 personnes à Narbonne, en juin dernier lors des 8e Assises de l'Environnement. (Photo Claude Corbier) |
Le deuxième type d'inondation concerne les crues torrentielles des fleuves et rivières des zones montagneuses, comme en connaissent nos régions méditerranéennes. Elles sont caractérisées par une montée rapide des eaux et des vitesses d'écoulement élevées. Lorsqu'elles concernent de petits bassins versants, ces crues sont appelées parfois " crues éclairs ". Si les secteurs qu'elles concernent sont souvent limités, elles peuvent localement occasionner des dégâts considérables. La brutalité de la montée des eaux, les difficultés actuelles de prévisions des évolutions météorologiques, rendent ces crues particulièrement dangereuses.
On discerne enfin les inondations par ruissellement. Elles concernent principalement les milieux urbanisés et sont provoquées par l'imperméabilisation des sols. Les pluies qui ne peuvent s'infiltrer et s'évacuer par les réseaux artificiels d'écoulement, s'accumulent dans les points bas. Si de telles inondations sont souvent d'extension limitée, elles n'en sont pas moins dangereuses et peuvent se manifester aujourd'hui sur l'ensemble du territoire national. Leur violence dépend de l'intensité des pluies.
Bien souvent, ces trois types de crues pré-cités se combinent. " En réalité, dans les cas de catastrophes couvrant un territoire important, on peut assister à l'occurrence simultanée de plusieurs types d'inondations. Ainsi, en octobre 1988 à Nîmes, la catastrophe a été la conséquence de crues torrentielles des " cadereaux ", et du ruissellement sur les secteurs urbanisés. De même en novembre 1999, dans les départements de l'Aude, du Tarn et des Pyrénées-Orientales se sont produites des inondations de plaine (Aude), des crues torrentielles, des crues éclairs et des inondations par ruissellement et rupture d'aménagements de protection ", explique Michel Desbordes.