DES OPÉRATIONS PILOTE À REPRODUIRE
Trier et valoriser sur le chantier
En un fracas de poussières et d’enduits de
plâtre, une vieille cloison de parefeuilles tombe
au sol. Christian Roux, marteau-piqueur à la
main, est en train d’aménager une vieille maison
d’un village de l’Aude. A la fin de son chantier,
il va remplir de tous ces gravats (des dizaines de
tonnes) la benne de son camion. Pour les porter
où ? Pour cet artisan de Port La Nouvelle, les
solutions d’élimination deviennent de plus en
plus difficiles, car la réglementation s’est durcie
et les déchets produits par le bâtiment sont sou-vent
très volumineux : il s’agit bien souvent de
déblais et gravats issus d’activités de terrasse-ment.
Ce sont des matériaux dits inertes parmi
lesquels on trouve des blocs en béton, des
tuiles, de la terre, des briques, des pavés, des
céramiques… et d’autres déchets dits banals
dont le bois, le papier-carton, les gaines élec-triques…
Enfin, il y a des déchets industriels
spéciaux qui comprennent les solvants, diluants,
peintures, vernis…, lesquels doivent être traités
de manière spécifique (incinération ou traite-ment
physico-chimique…) Sait-on que la quan-tité
de déchets produite par le secteur du bâti-ment
(15 000 entreprises dans la région) est
équivalente à celle des déchets ménagers, soit
environ 1 million de tonnes par an en
Languedoc-Roussillon ? Jusqu’à présent, c’est
bien souvent le système D qui prévaut pour leur
élimination. Pour les déchets banals, on brûle
sur le chantier les cartons, les emballages
(souillés ou non), les palettes non-réutilisables
et films plastiques. Pour les déchets inertes, on
les emmène en décharge communale, chez un
particulier souhaitant remblayer un chemin ou,
pour quelques entrepreneurs indélicats, au bord
d’une route peu fréquentée… Depuis quelques
années, la nouvelle législation a changé la donne
et les artisans du bâtiment sont désemparés : les
décharges classiques sont peu à peu remplacées
par des décheterries qui refusent bien souvent
l’accès aux professionnels. « Si elles les accep-tent,
c’est avec un volume maximum par semaine
peu compatible avec notre activité, ou tout sim-plement
avec un coût que les maçons, peintres et
autres plombiers trouvent trop onéreux et qu’il
faut de toute façon répercuter sur la facture du
client », explique Christian Roux. Si les solu-tions
se mettent peu à peu en place – de nature
bien diverses selon le dynamisme des collectivi-tés
et organismes professionnels – des décisions
pratiques permettent déjà d’améliorer sensible-ment
la situation. Le tri des déchets des chan-tiers
est par exemple souvent promu : selon la
Fédération régionale du bâtiment, il permettrait
de réduire la facture jusqu’à 60% (un seul pot
de peinture vide jeté dans une benne rempli de
gravats suffit à la classer dans la catégorie des
déchets industriels spéciaux…). Cette démarche
a été mise en lumière par l’opération Chantier
propre, initiée l’année dernière lors de la
construction à Carcassonne de la Cité des
artisans (siège de la Chambre Départementale
de Métiers). Cette opération pilote visait à trier,
collecter et valoriser (aux meilleures conditions
économiques possibles) les déchets issus de ce
vaste chantier (2000 m2 de locaux). Dix-sept
entreprises ont joué le jeu et plus de 90% des
déchets banals recyclables – bois, emballages –
ont été triés dans des bennes mises en place,
pour environ 50% des inertes. « Ainsi, les arti-sans
ont entamé une réflexion de fond sur la ges-tion
de leurs produits de chantier. De plus, ils ont
été sensibilisés à la volonté de limiter au maxi-mum
les nuisances causées aux riverains (bruit,
encombrement des routes, poussière, aspect visuel
du chantier…) », plaide Jean Vaquié, président
de la Chambre de métiers de l’Aude. En parallèle
au tri des déchets, le recyclage est aussi une
solution qui recueille l’attention croissante des
professionnels. Par exemple, ils s’intéressent de
près à l’utilisation de leurs gravats, que l’on
concasse en un granulat, lequel peut être utilisé
suivant sa qualité comme remblais pour les
routes.
Ports, pêche, conchyliculture : vers la réduction des déchets
Chaque matin, Stéphane Armentier, ciré jaune
sur le dos, fend les eaux de l’étang de Thau, le
plus grand et le plus profond du Languedoc-Roussillon.
Il part traquer le loup, la daurade ou
la sole, son gagne-pain quotidien.
Régulièrement, ce pêcheur professionnel de
Mèze nettoie son bateau, le repeint, révise son
moteur... ; autant de gestes qui peuvent générer
des déchets risquant de contaminer les eaux de
sa lagune nourricière. La plupart du temps, le
point d'ancrage de ces pollutions passe par les
ports qui jalonnent nos côtes. Au nombre de 80
en Languedoc-Roussillon - 35 ports maritimes
et 45 ports et haltes fluviales -, ils génèrent
annuellement près de 5 000 tonnes de déchets
toxiques : piles, batteries, huiles de vidange, sol-vants,
acides, matières plastiques, résines, pots
de peinture usagés… Moins visibles, mais tout
aussi nocives, de nombreuses pollutions sont
dues aux effluents (eaux de carénage, eaux
usées, eaux pluviales…) se déversant directe-ment
dans les ports. Face à cette situation liée
surtout à l’activité de plaisance mais aussi aux
secteurs professionnels de la pêche, de la
conchyliculture et du transport maritime, la
Région Languedoc-Roussillon a proposé, dès
1997, un certain nombre de solutions tech-niques
autour d’une opération ambitieuse bapti-sée
Ports Propres en Languedoc-Roussillon, et
qui agit par cinq volets d’intervention. Cela va
du diagnostic du niveau de pollution toxique et
domestique dans le port, jusqu’à la lutte par la
mise en place d’équipements de collecte et de
dépôts des déchets. Il faut y rajouter des aména-gements
spécifiques pour le traitement des eaux,
la lutte contre les pollutions accidentelles
(hydrocarbures par exemple) et la mise en place
d’actions de formations et de sensibilisation
pour les utilisateurs. A ce jour, tous les ports
n’en sont pas au même stade.
Si pour certains,
la première phase de diagnostic est en cours,
pour d’autres, l’opération Ports propres est prati-quement
terminée. C’est le cas de Palavas, où de
nombreux aménagements ont vu le jour : une
déchetterie portuaire, appelée « Point propre »
qui réceptionne les produits toxiques et les
emballages souillés. On y trouve par exemple
une cuve pour les huiles de vidange, précieux
équipement quand on sait qu’un simple litre
pollue une nappe d’eau de 1000 m2 et pro-voque
la mort de la faune et la flore par désoxy-génation
du milieu. A côté, s’élève aussi une
colonne de récupération pour les piles, les-quelles
contiennent du mercure qui s’accumule
dans les mollusques, crustacés et poissons et
limite leur reproduction. A évoquer les mol-lusques,
revenons un instant sur les eaux de
l’étang de Thau... Cette lagune est le siège d’une
importante production d’huîtres et de moules
(10% du volume national et 2 000 emplois).
Depuis de nombreuses années, les profession-nels
du bassin de Thau se battent aux côtés des
collectivités locales pour protéger et gérer cet
écosystème fragile. Un pas de plus vient d’être
franchi avec la construction d’une unité de trai-tement
des déchets conchylicoles. Ils représen-tent
chaque année un volume de 20 000 tonnes,
composé essentiellement d’huîtres et moules au
rebut. « A l’origine, ces déchets étaient entière-ment
reversés dans l’étang, ce qui a entraîné des
comblements importants de certaines parties
côtières du bassin. De même, il a été clairement
établi qu’il existait une relation directe entre ces
rejets systématiques et l’apparition de la
malaïgue, une eutrophisation grave du milieu. A
la suite d’une de ces graves malaïgues, en 1987,
nous avions organisé une campagne de ramassa-ge
des déchets conchylicoles.
Depuis, nous les
stockons sur différents sites de dépôts, une solu-tion
qui ne pouvait être que transitoire. Puis,
nous avons cherché à les valoriser », explique
Jean-Claude Archimbaud, président de la
Section régionale de conchyliculture de la
Méditerranée. Cette démarche a débouché sur la
construction d’une usine de 23 millions de
francs (3,5 millions d’euros), baptisée Centre de
valorisation des calcaires marins. Basée au
centre conchylicole du Mourre blanc, à Mèze,
elle vient tout juste d’ouvrir ses portes et pourra
traiter jusqu’à 80 tonnes de déchets par jour. Le
process (qui souffre encore de problèmes d’éma-nation
de mauvaises odeurs) consiste à trier,
laver les coquilles d’huîtres et de moules collec-tées,
puis à les sécher dans un four à 650°C. On
obtient alors un calcaire pur qui est ensuite
broyé selon des granulométries spécifiques, en
fonction de la filière de valorisation exploitée.
En effet, les calcaires marins contiennent essen-tiellement
du carbonate de calcium qui est utili-sé
pour la diététique animale (poules, canards et
autres volailles, mais aussi les moutons et veaux
en croissance), ainsi que l’amendement agricole
et les biociments.
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