LA QUALITE ENVIRONNEMENTALE DANS LA CONSTRUCTION
EN LANGUEDOC-ROUSSILLON
Maison du tourisme à Alès (30). (photo Ville d’Alès)
Depuis quelques années, de nouvelles démarches pour
une « construction écologique » s’enracinent
en France et dans notre région.
Professionnels et particuliers souhaitent aujourd’hui des
bâtiments confortables et respectueux de la santé et du bien être
des utilisateurs, construits et exploités de façon à respecter
l’environnement durant l’ensemble de leur cycle de vie.
La Lettre de l’Environnement en Languedoc-Roussillon a donc décidé
d’ouvrir pour la première fois les colonnes de son dossier central
à ce phénomène qui prend de l’ampleur.
En liaison avec les Assises de l’Environnement,
consacrées à ce même thème, de nombreux sujets sont abordés
dans notre journal : le rôle des professionnels, qu’ils soient architectes,
artisans, bureaux d’études…, les nombreux matériaux présents
sur le marché et des réalisations exemplaires de bâtiments dont nous vous
invitons, à travers cette dizaine de pages, à ouvrir aujourd’hui les portes..
Construire... Depuis que l’homme a abandonné
à l’époque du néolithique sa vie de nomade, il
ne cesse de bâtir et de bâtir encore, pour s’assurer
un confort domestique et professionnel le
plus efficient possible. Cette activité noble et
bien souvent complexe a lentement évolué pendant
des siècles, avec un brutal coup d’accélérateur ces dernières décennies du à un vaste choix
de matériaux, de nouvelles façons de construire
et d’inattendues contraintes écologiques. Il nous
est donc apparu indispensable de faire un
détour conséquent par l’histoire avant d’ouvrir
ce dossier sur la qualité environnementale dans
la construction.
Une histoire de bon sens
Pendant des siècles, l’homme a donc construit
pour se protéger avant tout des éléments naturels
(froid, chaleur, pluie, neige…). « L’architecture,
dite vernaculaire, de son habitat s’inspirait avant
tout de l’environnement local dont il tirait profit et
du bon sens qualifié souvent de paysan. On bâtissait
avec des matériaux disponibles à proximité, on
maîtrisait depuis longtemps les conditions climatiques
de sa région et on s’y adaptait : les maisons
étaient orientées pour se protéger des vents dominants,
on profitait de l’énergie gratuite du soleil, on
s’appuyait sur de larges murs qui régulaient la
température… », explique Jean-Louis Izard, professeur
à l’Ecole d’architecture de Marseille. Mais
ce bâti traditionnel, économe, fondé sur le pragmatisme
et l’expérience de maintes générations, va
rapidement voler en éclats au sortir des deux
guerres mondiales. Il faut reconstruire avec des
contraintes budgétaires serrées, une main d’oeuvre
raréfiée et peu qualifiée. S’ouvre alors l’ère facile et
bon marché du ciment, du béton, du parpaing,
qui vont permettre d’ériger des millions d’habitats
pavillonnaires. La période des trente glorieuses est
aussi celle qui voit couler à flots le pétrole. On
construit alors sans souci d’isolation, avec des
dépenses énergétiques qui affectent peu le budget
familial.
En 1973, c’est le premier choc pétrolier et
la douche froide pour ceux qui se chauffent sans
limites. La seconde crise pétrolière de 1979 ouvrira
la voie à une impitoyable « chasse au gaspi », et
l’on ira jusqu’à tomber de Charybde en Scylla : de
logements sans grande isolation, on va passer à
des habitations littéralement capitonnées pour traquer
toute calorie perdue, donnant ce que certains
professionnels ont appelé par dérision les « maisons
thermos ». Mais avant tout, ces chocs pétroliers
permettent une prise de conscience de notre
dépendance énergétique et de la raréfaction des
ressources naturelles de la planète. « On voit donc
apparaître, dans ces années 70, une nouvelle architecture
appelée bioclimatique, tirant à nouveau
partie des potentialités du climat extérieur. On
réintègre les éléments climatiques dominants (vent,
soleil, pluie…) dans la conception du bâtiment…
Une fois de plus, on travaille sur l’orientation des
maisons, on leur intègre serres et vérandas, on
place les premiers capteurs solaires… » Mais cette
démarche bioclimatique fort louable se préoccupe
peu à l’époque de paramètres nouveaux et peu
maîtrisés, comme par exemple l’impact des matériaux
sur la santé des habitants, le bruit, les bâti-ments
en fin de vie…
Vers la HQE
Vers la HQE
Insensiblement, un autre concept voit donc le
jour en englobant la notion de développement
durable au secteur de la construction. Dans les
pays du Nord où naît cette démarche, on
cherche à minimiser l’impact de l’ouvrage sur
l’environnement extérieur, du fait de sa
construction et de son exploitation. Ensuite, on
veut améliorer au maximum les conditions de
vie à l’intérieur du logement, à savoir la santé et
le confort des occupants. Il faut dire que les
enjeux sont très importants. On a pris conscience
que la construction est le secteur industriel
qui mobilise et consomme le plus de ressources
(matières premières et énergie) sur notre planète.
En France, on fait le même constat : 50% de la
consommation nationale énergétique est consacrée
au bâtiment, avec l’extraction et la fabrica-tion
des matériaux et matériels, la construction
et surtout l’exploitation...
Au début des années
90, on voit ainsi apparaître dans notre pays un
concept baptisé de l’acronyme HQE, signifiant
Haute Qualité Environnementale. Promu par
une association composée d’experts de différents
horizons, cette démarche HQE se décline en 14
cibles. Elles vont de l’énergie consommée et des
déchets produits lors de la fabrication du bâtiment,
aux matériaux de construction en passant
par l’intégration dans le site, le confort visuel,
sonore, la qualité de l’air intérieur… jusqu’à la
déconstruction (voir encadré). Certains exemples
précis peuvent donner une idée de cette
démarche HQE : utiliser l’eau de pluie récupérée
sur la toiture pour alimenter les WC ; se servir
d’huiles de décoffrage moins nocives que celles
utilisées traditionnellement (qui polluent le sol) ;
trier les déchets de chantier pour ensuite les
valoriser ; choisir un éclairage avec des lampes
basse consommation ; installer des panneaux
solaires pour l’eau chaude…
Mais à ce jour, cette
HQE n’est ni un label ou une réglementation
nouvelle. Elle serait plutôt un concept ou voire
même une philosophie de construction. Bon
nombre de professionnels le regrettent et souhaiteraient
la faire entrer dans une sorte de certification,
qui puisse donner une garantie de qualité
environnementale aux bâtiments. D’autres, au
contraire, souhaitent garder l’optique d’une
simple démarche de qualité environnementale
du bâti…
Le débat est ouvert, mais au fond,
quelle qu’en soit l’issue, le secteur du bâtiment et
les pouvoirs publics poussent à la roue pour
entrer rapidement dans la HQE et lever les freins
actuels car les enjeux économiques et environnementaux
sont importants.
1 Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment
2 Centre de coopération internationale en recherche agronomique
pour le développement
Des enjeux importants en méditerranée
Ces derniers prennent une dimension singulière
sur les bords de la Méditerranée, avec des caractéristiques
climatiques bien marquées. Citons
quelques exemples : l’ensoleillement annuel très
important (2 500 heures) est bien supérieur à la
moyenne nationale (1 800 heures), avec des températures
plus élevées. On enregistre aussi une
faible nébulosité qui conduit à une forte disponibilité
de la lumière du jour (l’éclairement du ciel est
supérieur à 14 000 lux, contre 7 000 en moyenne
au nord de la Loire). Idem pour les vents dont les
vitesses annuelles sont plus fortes que dans le reste
du pays. On note aussi peu de jours de pluie, mais
d’intenses précipitations. Toutes ces conditions climatiques
extrêmes en Europe militent pour une
prise en compte rapide de la qualité environnementale
dans nos régions.
« Mais si les idées dominantes
de la HQE nous viennent du Nord, il serait
dangereux de les appliquer ex abrupto aux conditions
climatiques de la Méditerranée », précise Jean-Louis
Izard. « Si la tendance aux grands vitrages
peut être encouragée dans les régions septentrionales,
par exemple, elle doit être proscrite dans le
sud où la protection solaire doit être dominante dans
les bâtiments ». L’usage de l’inertie thermique doit
aussi entraîner des choix de matériaux radicalement
différents : la pierre, le béton, la terre cuite
doivent être préférés à l’acier et au verre. Un effort
très important doit également être mené sur
l’implantation des bâtiments. Une orientation
adaptée représente un gisement gratuit d’énergie :
au sud, on favorise les apports solaires de l’hiver ;
en limitant les grandes surfaces vitrées à l’ouest, on
améliore le confort d’été. L’installation de capteurs
solaires devrait être aussi généralisée car ceux-ci
sont fiables et moins onéreux qu’autrefois.
Pourquoi toutes ces préconisations qui relèvent du
bon sens ne sont-elles pas systématiquement appliquées
?
Maison solaire. (photo M. Czerniak)
« A ce jour, c’est souvent la méconnaissance
du coût des bâtiments HQE qui freine les maîtres
d’ouvrage. Or, si au départ, ces constructions peuvent
nécessiter un investissement supplémentaire en
études de conception et en réalisation, elles deviennent
vite rentables grâce à des coûts de fonctionne-ment
moindres, notamment à travers des économies
d’énergie, d’eau et de maintenance », rappelle Jean-Louis
Izard. En Languedoc-Roussillon, cette
démarche HQE prend un relief particulier.
A
l’heure où l’on annonce 400 000 habitants supplémentaires
dans la région d’ici 2015, et donc de
nombreuses habitations supplémentaires à
construire ou à rénover pour les loger, ne serait-il
pas urgent de prendre ce train de la construction
environnementale en marche ?