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DOSSIER
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DE MULTIPLES USAGES
D’innombrables ressources forestières
Le promeneur qui arpente aujourd’hui les sousbois
des forêts languedociennes et roussillonnaises
ignore bien souvent quelle fut l’étendue
de leur prodigalité au cours des siècles passés.
Cet espace, qui semble austère de prime abord,
était en effet autrefois un lieu de vie très actif
dans lequel les hommes puisaient allègrement
pour se nourrir, s'habiller, se loger, se soigner,
se parfumer, s'outiller…
Il est bien entendu difficile
en quelques pages de mener un tour
d’horizon exhaustif de ces usages et de leur histoire
si fertile dans notre région.

(photo Alban Lauriac)
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Signalons néanmoins
que les villageois venaient chercher dans
cette forêt nourricière les plantes médicinales ou
aromatiques, les champignons (cèpes, girolles,
lactaires…), les asperges, les salades (chicorée,
pissenlit…) et les fruits sauvages (mûres,
arbouses, cornouilles…). Ils venaient aussi y
ramasser les escargots qui amélioraient l'ordinaire,
les pommes de pin et les fagots pour allumer
le feu, le buis pour fabriquer de l’engrais, les
glands pour les cochons, l'herbe pour les
lapins... Les chasseurs battaient aussi la forêt
pour y traquer un gibier ô combien important
les années de disette. Les connaisseurs venaient
récolter les plantes tinctoriales (la feuille du lentisque,
le kermès du chêne éponyme, les
lichens…), les plantes textiles (on fabriquait des
draps avec du genêt d'Espagne). On pouvait
aussi fabriquer de l’huile avec le Pistachier lentisque,
de la colle avec la sève du houx, de
l’encre à partir de laurier-tin, des allumettes
avec un champignon parasite de nombreux
arbres, l'amadou !
Mais au milieu de tous ces
usages forestiers, comment pourrions-nous
oublier le bois ?
« Bien entendu, on prélevait quantité
de bois pour le chauffage, mais aussi du bois
d’œuvre pour les poutres, solives et autres chevrons
servant à la construction des maisons.
On utilisait
aussi les propriétés de certains arbres pour fabriquer
des outils : le châtaignier pour les tonneaux, le
buis pour les ustensiles de cuisine, la bruyère pour
les pipes, le micocoulier pour les fourches et cravaches
», explique Claudine Vigneron. Le chêne
vert (l’essence la plus répandue en Languedoc-
Roussillon) est largement mis à contribution. Au
XIXème siècle essentiellement, les forestiers
enlevaient son écorce dont on extrayait des
tanins utilisés en mégisserie (le rendement en
écorce d'un taillis de 25 à 30 ans est de 3 à 5
tonnes par ha). « Si son bois, ou son charbon de
bois, est utilisé comme combustible domestique, on
s’en sert aussi dans l’industrie. Ce sont par exemple
les poteries, les fours à chaux et à tuiles, les activités
métallurgiques comme les forges catalanes, mais
aussi les verreries », note François Romane.
Aujourd’hui, tous ces usages ont disparu, vaincus
par de nouveaux modes de vie, l’arrivée de
produits chimiques de synthèse, de nouvelles
sources d’énergie, l’abandon des campagnes au
profit des lumières de la ville… Petit à petit, la
forêt a vu disparaître les stigmates des déforestations
d’hier pour redevenir plus touffue, fermée,
voire difficile d’accès.
Pourtant, d’autres ressources
sont utilisées, recherchées et méritent
encore d’être mieux mobilisées en Languedoc-
Roussillon, le bois d’œuvre figurant au premier
rang de ces produits d’avenir.
Du bois d’œuvre à l’huile de cade
Dans notre région, près de 10 000 personnes
vivent autour de l’exploitation du bois, de la
production des plants forestiers en pépinière
jusqu’à la transformation de ce matériau naturel.
Cette dernière activité compte environ quatre
vingt unités de sciage en Languedoc-Roussillon,
entreprises qui produisent surtout des résineux
destinés essentiellement à l’emballage, la palette,
la charpente et le coffrage. Le chauffage au bois
fait vivre aussi de nombreux exploitants forestiers,
surtout en zone rurale, et l’on assiste
même à une reprise importante des coupes de
bois dans les taillis de Chêne vert. De même, les
sylviculteurs innovent, trouvant d’autres débouchés
à leurs productions, comme la plaquette
forestière. Issue de produits connexes de scierie
et de sous-produits forestiers, elle a fait son
apparition depuis quelques années pour chauffer
entre autres les bâtiments collectifs.
Le Plan
Régional Bois-Energie soutient aujourd’hui ce
procédé de chauffage respectueux de l’environnement.
La production ligneuse rencontre toutefois
quelques difficultés en Languedoc-
Roussillon, avec une forêt jeune, peu dense
(rendements plutôt faibles), et d’accessibilité difficile
(mauvaise desserte des massifs forestiers).
Ainsi, le volume moyen (82 m3/ha) et la production
moyenne de bois (3,7 m3/ha/an) dans la
région figurent parmi les plus faibles de France
avec Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse. Il
reste donc à améliorer la compétitivité de la
filière, enjeu économique d’importance quand
on sait que 50 ha de forêt exploitée ou 400 m3
de bois récoltés créent un emploi.
A côté du
bois d’œuvre et de construction, il est intéressant
de souligner que d’autres usages, certes
plus modestes, continuent à perdurer dans la
région. La récolte de cade et l’extraction de son
huile en font partie. Empiriquement, les bergers
s’en servaient autrefois pour soigner certaines
dermatoses chez leurs bêtes. Ils coupaient un
tronc de cade, qu’ils mettaient à brûler sous un
feu de bois. Aux extrémités de la branche, sourdait
un liquide qu’ils recueillaient et appliquaient
sur les gales, les teignes, les fissures des
sabots des moutons, chèvres et autres chevaux.
Cette technique rudimentaire a laissé place plus
tard à des fours à cade, construits pour extraire
cette huile aux propriétés intéressantes : elle
était jusqu’à la deuxième guerre mondiale à la
base de la majorité des pommades et lotions
destinées aux maladies de la peau : psoriasis,
eczémas, impétigo, kératoses du cuir chevelu...
Aujourd’hui, la dernière entreprise française de
distillation (la Distillerie des Cévennes) est basée
dans l’Hérault, à Claret. « Le cade m’est apporté
par un réseau de bûcherons et de propriétaires
forestiers. Je le traite ensuite par pyrolyse dans
un grand alambic construit et amélioré au fil des
décennies, qui me permet d’extraire 15 tonnes/an
d’huile du cade », explique René Boissier, responsable
du site et fabricant de cette huile
rouge-brun depuis trois générations.
Aujourd’hui, cette essence vertueuse, à l’odeur
de bois fumé, prend un élan et un virage supplémentaires.
L’entreprise Solisée, basée à Saint-
Mathieu-de-Tréviers et fondée cette année par
trois scientifiques languedociens (avec l’aide de
la Région Languedoc-Roussillon), a créé une
gamme de produits dermatologiques à base
d’huile de cade. Ils sont conditionnés et vendus
sous forme de shampooings, savons, gels de
douche… en pharmacie et dans divers points de
vente nationaux.
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 (photos Claude Corbier) |