La reforestation accélérée depuis quelques décennies
en Languedoc-Roussillon a pour corollaire la
prolifération d’une grande faune qui lui est inféodée,
au rang de laquelle le sanglier fait parfois figure
d’ennemi numéro un. Il n’est désormais pas rare
pour le promeneur, ou pour le chasseur venant traquer
la bécasse dans le sous-bois, d’entendre au
loin un troupeau de Sus crofa déguerpissant dans
les taillis ou retournant le sol de la forêt pour y
dénicher vers de terre, bulbes, racines ou champignons.
Cette fermeture du milieu est éminemment
favorable au sanglier : il trouve dans ces nouveaux
taillis des remises pour se cacher ou pour y installer
son chaudron, vaste « nid » de branches où la laie
va donner naissance aux marcassins. Ces bois, qui
rappelons-le, progressent de 15 000 hectares par an
dans la région lui offrent aussi une ration alimentaire
inattendue, notamment de nombreux fruits
forestiers (glands, châtaignes, faines…).
Conséquence directe de ce milieu qui lui est propice
(ainsi que le radoucissement des hivers) : la multiplication
du nombre d’individus. Les chasseurs
constatent d’eux-mêmes l’accroissement de ce
gibier qui vient tous les ans améliorer leur tableau.
« Au début des années 90, on tuait dans notre
département 3 000 têtes, explique Olivier Mélac,
technicien cynégétique, spécialiste du sanglier à la
Fédération de chasse de l’Hérault. Cinq ans plus
tard, on en tuait 10 000 et cette année ce sont près
de 15 000 bêtes noires qui sont tombées sous les
balles des fusils. Le prélèvement de sanglier a été
multiplié par 5 en 10 ans ! Ces chiffres vont-ils encore
croître dans l’avenir ? », s’interroge ce gestionnaire
spécialiste du sanglier. La conséquence la plus
directe de cette augmentation est la multiplication
des dégâts auprès de l’agriculture qui est de plus en
plus exposée à l’appétit vorace de ces ongulés. Le
sanglier ravage régulièrement les vergers, les vignes
et s’aventure même parfois dans les jardins potagers
ou d'agrément. Ainsi, la facture présentée par les
agriculteurs augmente vertigineusement d’une saison
à l’autre. « En 2001, le coût total des indemnisations
payées par les chasseurs héraultais (département
où les dégâts sont les plus importants) s’élève à
plus de 310 000 euros (environ 2 millions de francs),
soit encore 31% d’augmentation par rapport à
l’année dernière ! », s’alarme Olivier Mélac. Pour
réduire les dégâts, de nombreuses solutions sont
recherchées. Tout d’abord, les nemrods ont décidé
d’allonger le nombre de jours de chasse du sanglier,
anticipant l’ouverture et retardant la fermeture
jusqu’en janvier, voire en février dans certains cantons.
Dans nos régions, c’est la vigne qui devient
une cible prioritaire des bêtes noires. Pour les écarter
de ces garde-manger fort convoités, les agriculteurs
mettent donc en place des clôtures électriques.
Utilisées en protection temporaire autour
des parcelles vulnérables, ou de manière fixe en
limite de forêt, elles sont un excellent moyen de
dissuasion. Cette technique est d’ailleurs de plus en
plus employée sur le territoire. « La Fédération des
chasseurs de l’Hérault a déjà mis à disposition des
agriculteurs du département près de 800 électrificateurs.
Enfin, la Fédération, pour affiner sa lutte
contre le sanglier, a décentralisé sa gestion. Sur
l’ensemble du département, elle a mis en place 26
unités de gestion (qui regroupent des zones d’une
dizaine de communes) où élus, forestiers, agriculteurs
et chasseurs essaient de piloter de manière fine
l’accroissement des sangliers sur leur territoire ».