QUALITÉ DES EAUX ET PRATIQUE DU MÉTIER :
QUELLES PISTES POUR LES PECHEURS
ET CONCHYLICULTEURS DU Languedoc-Roussillon ?
Etang de Thau (Hérault)
(photo Claude Bertrand)
Pour la première fois, La Lettre de l’Environnement en Languedoc-Roussillon
ouvre les colonnes de son dossier central au monde captivant des pêcheurs
et des conchyliculteurs dans notre région,
et à la relation étroite qu’ils ont tissée avec leur environnement.
Pour mieux comprendre cette symbiose, les professionnels témoignent d’abord
sur leur activité au quotidien : comment élèvent-ils huîtres et moules ?
De quelle façon pêchent-ils loups et anguilles ?
Au-delà de la pratique de leur métier, large place est ensuite faite au milieu naturel
dans lequel évoluent ces pêcheurs et conchyliculteurs.
Quelle est la qualité des eaux des étangs et de la mer ?
Comment est assurée sa surveillance et quelles sont les procédures d’alertes sanitaires ?
Cette immersion dans un univers complexe ne saurait être complète
sans jeter un œil prospectif sur ce secteur d’activité.
Amélioration de la qualité des eaux, meilleure valorisation des produits,
aménagement de récifs artificiels, pluri-activité…
sont quelques unes des pistes choisies par les professionnels pour assurer leur avenir.
Plongeon dans un monde fascinant entre terre et mer.
(photo Paul Palau)
Chaque matin, Gérard Barbouteau, ciré
jaune sur le dos, fend avec son bétou les
eaux de l’étang de Bages-Sigean pour y traquer
le loup, la daurade ou l’anguille, son
gagne-pain quotidien. Roland Thomas, dès
potron-minet, part lui aussi relever sur son
sapinou les cordes de ses parcs à huîtres
dans la lagune de Thau, la plus profonde et
la plus étendue du Languedoc-Roussillon.
Comme bon nombre de leurs collègues, ces
deux professionnels profitent de la situation
géographique heureuse de notre région.
Avec 210 km de côtes et 40 000 hectares de
lagunes, la pêche et les cultures marines
occupent une place privilégiée sur le littoral
du Languedoc-Roussillon.
« Notre région se singularise en effet par son
chapelet d’étangs – Thau, l’Or, Leucate, Canet,
Bages-Sigean… – , ses côtes à la fois sableuses et
rocheuses – Port-Vendres, Aigues-Mortes, Sète…
– qui sont le siège d’une activité professionnelle
quotidienne venant offrir coquillages et poissons
à la France entière. Ainsi, pas moins de
6 500 professionnels regroupés dans 2 000
entreprises produisent 50 000 tonnes par an de
coquillages et de poissons pour plus de 350 millions
d’euros de chiffre d’affaires »,
explique
Stéphan Rossignol, Président du Cépralmar1 .
Parmi les hommes et les femmes qui vivent
ainsi de l’exceptionnelle prodigalité de ces
milieux naturels, on distingue les conchyliculteurs
et les pêcheurs. Ces derniers peuvent
être classés en deux grandes catégories,
ceux dits des « petits métiers » pratiquant
leur activité dans les étangs ou dans
une bande côtière limitée (moins de 3 miles
marins, soit 6 km environ) et ceux exerçant
la pêche en haute mer (chalutiers, thoniers…).
Faute de place et voulant éviter
une trop grande dispersion, ce dossier ne
traitera que la pêche lagunaire et côtière,
voisine dans son activité de la conchyliculture
et quelquefois pratiquée par les mêmes
professionnels... Ces deux secteurs d’activité,
présents sur nos côtes depuis longtemps,
offrent des produits de la mer largement
consommés en particulier dans notre
région. En effet, l’alimentation méditerranéenne
traditionnelle inclut couramment
dans ses menus des poissons ainsi que des
coquillages. Cette habitude culinaire n’est
pas pour déplaire à ces pêcheurs et conchyliculteurs
qui représentent un poids économique
important dans la région, à l’image
de la conchyliculture qui s’organise autour
de deux grands centres de production : les
étangs de Thau et de Leucate. « C’est le bassin
de Thau qui est le plus important, représentant
le premier centre de production conchylicole
de la Méditerranée. On y produit 10% de
la production nationale et il représente la 2ème
force économique agricole de l’Hérault, derrière
la viticulture », explique Elie Pellegrin,
vice-président du Conseil économique et
social régional et spécialiste de ce sujet.
Côté pêche, dix prud’homies organisent la
profession à la fois sur le bord de la mer
Méditerranée et à l’intérieur des terres, dans
les étangs. Elles gèrent près de 1 000
pêcheurs, qui vivent de ce métier où la
composante environnementale est particulièrement importante.
En effet, les lagunes
sont des milieux naturels considérés
comme les plus riches, les plus variés et les
plus productifs du monde en matière vivante,
après les forêts tropicales. « Elles sont
aussi de vastes nurseries pour les poissons qui y
trouvent une nourriture particulièrement abondante.
Une larve de dorade d’1 ou 2 g arrivée
au mois de mars dans un étang languedocien
repart en septembre avec un poids de 150 g.
Peu de milieux sont aussi riches », confie
Daniel Crépin, chargé de mission à la
DIREN du Languedoc-Roussillon. Les
pêcheurs et les conchyliculteurs sont les
premiers concernés et alertés par d’éventuels
dysfonctionnements de ces biotopes
fertiles et fragiles. « Nous avons un rôle actif
de sentinelle, de « gendarme au bord de l’eau »,
en surveillant le milieu et en faisant pression
autour de nous pour assurer sa qualité. Nous
sommes les garants auprès du grand public
d’un environnement préservé, d’une eau
propre, saine », rappelle Manuel Liberti, président
du Comité régional des pêches.
Citons un seul exemple particulièrement
parlant : sur le plan microbiologique, l’activité
conchylicole est soumise à des normes
cent fois plus strictes que la baignade.
Pêcheurs et conchyliculteurs ont donc tout
intérêt à ce que le milieu naturel qui les fait
vivre conserve une qualité sanitaire irréprochable.
Or, la situation devient de plus en
plus difficile à gérer. Aujourd’hui, l’occupation
du bord de mer ne fait que croître :
58% de la population de notre région est
concentrée dans 16% de son territoire,
situé dans les bassins versants bordant les
lagunes. « La création de grandes stations touristiques,
l’urbanisation galopante et les pollutions
qui en découlent ont profondément modifié
les équilibres d’autrefois. Les pêcheurs et
conchyliculteurs occupent des territoires de
plus en plus fragilisés et convoités », explique
Elie Pellegrin. Avant d’explorer les
contraintes auxquels ils sont soumis,
immisçons-nous un instant dans la vie quotidienne
de ces hommes des grands espaces.
1 Centre d'Etudes et de PRomotion des Activités Lagunaires et MARitimes (voir encadré)