Vingt-sept écoliers de Prades-le-Lez (Hérault) ont enfilé avec passion
leur blouse de jardinier. Abandonnant stylos et règles pour pioches et paniers,
ces enfants ont découvert un univers végétal insoupçonné,
formidable support pédagogique pour comprendre et mieux protéger notre environnement.
Des aquariums où louvoient des poissons
multicolores, un chat qui ronronne sur un
banc, des posters de plantes, un lapin
joufflu dans les bras des écoliers... En
pénétrant dans la classe de CM2 de
l’école Paul Crouzet de Prades-Le-Lez, le
ton est donné... Ici, la nature est un sujet
au cœur des préoccupations des enfants
et de leurs enseignants. Des enfants aux
yeux rieurs, bouillonnant de vie, qui vous
attrapent par la main – toutes affaires
cessantes – pour aller vous montrer leur
coin de paradis depuis quelques mois…
un sympathique jardin créé dans la cour
de leur école.
AVEC DES JARDINS
FAMILIAUX
L’idée a germé en 2001, lorsqu’une
association de Prades-le-Lez, « les jardins
familiaux », prête une parcelle de
terre à l’école. Les enfants s’enthousiasment
à l’idée de planter carottes et
navets à l’extérieur de leur établissement,
le temps de quelques après-midi
buissonnières. « Pendant plusieurs
mois, les écoliers ont appris à semer, à
arroser, à enlever les mauvaises
herbes… sous la tutelle des retraités du
village, heureux de prodiguer conseils
et… histoires du temps passé »,
explique Jean-Pierre Dugarin, l’instituteur
de cette classe. Mais pour des raisons
pratiques de proximité géographique,
élèves et enseignants décident
de pousser un plus loin l’expérience et
d’installer tout bonnement un jardin…
dans la cour de l’école. Avec l’aide
d’un animateur de l’association « Etat
des Lieux », Philippe Bambust, les
enfants conçoivent et aménagent de A
à Z leur jardin. Auparavant, un travail en
classe est mené pour mieux comprendre
la complexité du monde vivant.
« Nous nous sommes plongés dans
des livres pour étudier les divers stades
de développement d’un végétal
(légumes et fleurs) et d’un animal
(poussins, lapins et cobayes). Nous
avons appris leurs modes de reproduction,
la photosynthèse, la sensibilisation
aux risques de pollution… », raconte
Jean-Pierre Dugarin. « Les enfants ont
ensuite choisi les plantes qu’ils allaient
faire pousser dans leur lopin de terre.
C’est vraiment un jardin collectif qu’ils
se sont tous appropriés. Aujourd’hui,
laitues, oignons, betteraves, choux,
navets… poussent dans un terreau et
un compost préparé par les enfants.
Les légumes cohabitent avec des
plantes ornementales comme les
pensées, roses, jacinthes… », précise
Philippe Bambust.
AIDER JONATHAN
(photos Papillon Médias)
Cet aménagement du jardin s’est doublé
d’une préoccupation forte pour les
enfants. Il fallait intégrer leur copain
Jonathan, myopathe qui se déplace
en fauteuil roulant. « Il devait participer
comme les autres. Nous avons donc
décidé d’installer un jardin suspendu,
de créer un enclos surélevé pour qu’il
puisse jardiner de son fauteuil, de fabriquer
des outils avec des manches rallongés
», raconte fièrement Guilhem.
Jonathan, un tantinet fiérot, approuve et
raconte avec gourmandise comment il a
planté ses radis, ses navets et biné ses
betteraves. De son côté, Marion a
beaucoup appris et veut en faire plus :
« Chez moi, je m’occupe maintenant
des plantes sur la terrasse et dès que
nous retournons dans ma maison de
vacances, j’aménage un bout de jardin
avec mes parents ». Bastien, quant à
lui, émerveillé par cette nouvelle
expérience, a décidé carrément
d’embrasser plus tard la profession
de jardinier, heureux de commencer si
tôt l’apprentissage de son futur métier...
APPRENDRE
À RESPECTER
Le jardin est un merveilleux endroit
pour apporter aux enfants des notions
de respect et de connaissance de notre
environnement, mais aussi de
création, de gestion, d’aménagement,
d’échanges, de jeux, d’éveil des sens…
« Bientôt, ils vont manger leurs radis,
leurs laitues qu’ils ont bichonnés pendant
des mois… Ils sont au paradis», se
félicite Philippe Bambust. Jean-Pierre
Dugarin a lui aussi le sentiment d’aider
ces enfants à apprendre une certaine
conduite en société qui leur fait souvent
défaut aujourd’hui. « Nous avons des
règles bien précises qu’ils respectent :
ne pas marcher dans les semis,
attendre avant de manger certains
fruits, ne pas gaspiller l’eau, partager
avec les autres… On peut ensuite
transposer à la vie de tous les jours ce
genre d’attitude ». Enfin, ce travail est
aussi l’occasion de délivrer un message
d’ecocitoyenneté aux enfants. « Nous
fabriquons nous même notre compost
et menons un jardinage bio. C’est
un bon moyen de sensibiliser ces
écoliers à des pratiques agricoles
respectueuses de l’environnement, à la
fragilité du monde vivant en général ».
PROJETS POUR DEMAIN
Autour de ce sympathique jardin écolier, les projets pour
l’avenir fleurissent allègrement. « Nous allons organiser une
grande fête en fin d’année où nous mangerons nos produits
de la terre. Nous ferons à cette occasion une initiation
au goût, à la sensibilisation aux odeurs, aux saveurs.
Nous allons aussi construire à côté du jardin un poulailler
pour élever poules et lapins, faire pousser des coloquintes
sur les murs de l’école, créer un site internet pour
parler de notre expérience », commente avec passion
Jean-Pierre Dugarin, un œil attendri sur ses élèves qui
s’affairent autour du jardin.
Contact : Jean-Pierre Dugarin
(école Paul Crouzet de Prades-le-Lez) :
04 67 59 64 50