QUELLES INTERACTIONS ENTRE NOTRE SANTE ET NOTRE ENVIRONNEMENT ?
Font-Romeu, station climatique (Pyrénées-Orientales)
(Photo Paul Palau)
Pour la première fois, La Lettre de l’Environnement en Languedoc-Roussillon ouvre les colonnes de son dossier central aux relations
complexes existantes entre notre santé et notre environnement. S’il ne
peut être forcément exhaustif, ce dossier s’intéresse à la politique de
prévention menée sur le sujet par les pouvoirs publics, à la manière
dont est appliqué le principe de précaution, ou encore à la façon dont
sont gérées certaines situations de crises. Pour y voir plus clair, nous
illustrons ce dossier avec des exemples qui nous concernent tous,
comme les eaux de consommation, les pesticides, le bruit, la pollution
atmosphérique, les plantes médicinales… Notre trimestriel fait aussi
le point sur des actions menées en région, à l’image d’un programme
sur l’alimentation et la santé des jeunes, les relations entre les pollens
et les allergies ou la qualité de l’air intérieur. Enfin, d’autres sujets
d’actualité sont abordés et décortiqués comme la téléphonie mobile, la
sécurité alimentaire ou le radon dans les habitations.
C’est au début du siècle dernier, en 1902, que
paraît pour la première fois une grande loi sur
l’hygiène publique, marquant de façon notoire
l’action de l’Etat en matière de protection de la
santé de ses citoyens. « Les pouvoirs de l’époque
viennent de prendre conscience des effets majeurs de
l’environnement sur la santé des habitants. Ils engagent
alors des mesures pour assurer la salubrité des
maisons, des rues, mettent en place des campagnes
de désinfection, protègent les captages d’eau
douce… pour prévenir un certain nombre de maladies
en forte augmentation (variole, diarrhée infantile,
fièvre typhoïde, diphtérie…). Près de cent ans
plus tard, si les maladies ne sont plus les mêmes,
l’impact de l’environnement quotidien sur notre
santé est toujours aussi prégnant, voire renforcé »,
explique le Professeur René Baylet, Président
d’honneur du Comité régional d’éducation à la
santé du Languedoc-Roussillon. Une urbanisation
et une industrialisation croissantes, une
agriculture plus intensive, des modes de vie et
des comportements différents, une nouvelle alimentation,
un habitat qui a bien changé… ont
entraîné de nouveaux facteurs de risque, des
pollutions diffuses et pas toujours identifiées qui
peuvent nuire à la santé de tout un chacun. De
plus, l’espérance de vie a fortement augmenté
au cours des dernières décennies, et nous
sommes donc exposés plus longtemps à notre
environnement immédiat. Les pathologies infectieuses
citées plus haut ont aujourd’hui cédé le
pas à des affections comme le cancer, les maladies
respiratoires, des problèmes de fertilité, certaines
atteintes neurologiques, lesquelles trouveraient
dans les facteurs environnementaux une
cause majeure (on estime aujourd’hui par
exemple que les trois-quarts des cancers sont
liés à l’environnement…). « Bon nombre de problèmes
environnementaux d’origines très diverses –
amiante, vache folle, erika, listeria – ont cristallisé
et rendu plus aigus ces problèmes dans l’esprit du
citoyen. Il demande aujourd’hui des comptes, se
tourne vers des modes de vie qui l’éloignent de la
pollution, comme le retour à la ruralité, la consommation
de produits bio… », précise Claude Terral,
médecin et Président du Comité régional d’éducation
à la santé du Languedoc-Roussillon. Pour
autant, les relations entre environnement et
santé sont difficiles à étudier et passablement
complexes. « Après des découvertes exemplaires et
universellement admises telles que le rôle du tabac
ou de l’alcool, l’épidémiologie est confrontée à
l’étude d’expositions environnementales diffuses
(comme la pollution de l’air par exemple) contribuant
à une faible mais réelle augmentation du
risque de certaines maladies. Malgré ce modeste
accroissement du risque attendu, celui-ci peut
concerner potentiellement une fraction très importante
de la population et donc avoir un impact
essentiel sur la santé publique ». D’un autre côté,
l’homme peut aussi puiser dans son
environnement direct pour améliorer sa santé.
« L’exemple peut-être le plus frappant, qui a une
longue histoire en Languedoc-Roussillon, est celui
des plantes médicinales qui sont aujourd’hui à l’origine
d’un médicament sur deux », explique
Charles Denicourt, pharmacien et Président de
l’Agence Méditerranéenne de l’Environnement.
« Qu’il s’agisse d’effets positifs ou négatifs, ce sujet «
environnement-santé » mobilise en tout cas de plus
en plus les collectivités. De son côté, l’AME s’y
investit de manière croissante ». Pour y voir plus
clair dans ces rapports entre santé et environnement,
le gouvernement, quant à lui, vient de
s’engager dans un important plan quinquennal.
Une commission d’orientation de ce futur plan
établit actuellement un diagnostic de la santé
environnementale en France. Ce travail permettra
ensuite de mettre en place des actions efficaces,
notamment en terme de prévention. En
Languedoc-Roussillon, ce futur programme est
particulièrement attendu, compte tenu de certaines
spécificités régionales plus préoccupantes,
comme par exemple une pollution automobile
et une chaleur importantes qui ne font pas
bon ménage. « Quelle que soit l’ampleur de ce
plan, il faudra de toute façon mener une réflexion
de fond sur nos modes de vie. Pour cela, il s’agit surtout
de travailler en réseaux entre les acteurs de la
santé et de l’environnement, d’inventer de nouvelles
rencontres et de nouveaux dialogues. Les médecins
ont déjà commencé, par exemple, à travailler avec
les architectes, les maçons, les paysagistes et les
urbanistes pour mieux organiser notre habitat, précise
le Docteur Claude Terral. Nous devons donner
un élan supplémentaire à ce type de programme
pluriprofessionnel. Enfin, l’éducation à l’environnement
et à la santé est primordiale pour sensibiliser
les enfants à toutes ces pollutions que nous avons
laissé filer à grandes brassées. Auront-ils le temps
de réparer les erreurs du passé et de trouver les
bons équilibres pour demain ? ».