Depuis seize ans, l’association Lafi Bala, basée à Castelnau-le-Lez dans l’Hérault, sillonne les routes de France et
du Languedoc-Roussillon pour sensibiliser les élèves à une meilleure gestion des ressources de la planète.
Décor singulier dans cette grande salle
de classe d’un lycée agricole de
Carcassonne. Devant des élèves perplexes,
se dresse une hutte en bruyère
du « pays environnement Cuauhtémoc ».
En face, c’est « Pélande, pays économique
» avec un habitat carré ultramoderne,
contenant un distributeur des
gélules alimentaires ! Il y a enfin « le
pays social Naadistan » fait d’une grande
alvéole en nid d’abeille où l’on vous
reçoit avec un sympathique thé à la
menthe... Avant de s’aventurer vers ces
pays imaginaires et déroutants, place
tout d’abord au conteur tchadien qui va
raconter une étrange fable !
Aujourd’hui, les élèves de ce lycée sont
face à la mise en scène d’une opération
originale, baptisée « Décoodé », destinée
à comprendre et à soutenir le développement
durable sur notre planète. A
l’origine de cette action, on trouve « Lafi
Bala », basée à Castelnau. « Nous
avons fondé cette association en 1988
pour réaliser des actions d’éducation
au développement dans divers lieux,
comme les lycées, collèges, écoles,
communes… Tout cela dans le but de
sensibiliser les citoyens aux différences
culturelles économiques, sociales et
environnementales des Pays du Sud.
L’objectif principal est de changer les
représentations, les comportements et
d’inciter à la solidarité entre les peuples
de la planète », explique Antoine Porte,
directeur-adjoint de Lafi Bala.
UN GRAND JEU
Pour mettre en pratique ces actions,
l’association propose et tourne en
France entière avec 5 évènements,
« La piste du Djembé », « Un peu de Sud dans votre café », « Exposition couscous, à la découverte du monde arabe, « Au p’tit resto santé » et
« Décoodé ». Cette dernière opération
qui signifie « Développement à la
Coopération internationale et au
Développement durable » a donc été
mise en scène dans de nombreux
lycées agricoles de la région
(Castelnaudary, Carcassonne,
Pézenas, La Canourgue, Castelnau-le-Lez…). Sur une journée, elle s’articule
autour d’un grand jeu qui plonge les
élèves dans un monde imaginaire
matérialisé par les trois pays cités précédemment.
Chacune de ces contrées
possède une agriculture, une économie,
un système de santé, une production
énergétique qui lui est propre. A
Cuauhtémoc, on se soigne par exemple
grâce aux plantes, et l’on a un programme
très important de développement
des énergies renouvelables, avec
éoliennes, panneaux solaires, géothermie
et biogaz pour la cuisine… A
Pélande, toute l’agriculture est produite
hors-sol, on mange des pilules pour ne
pas perdre de temps… A Naadistan,
les aliments sont garantis équitables,
c’est-à-dire que les citoyens ont payé
un prix garanti aux producteurs. « Les
élèves sont répartis en groupes dans
ces trois pays caricaturaux. Ils vont au
cours de la journée négocier avec leurs
voisins sur les choix et les règles à définir
pour l’avenir du monde. Le but est
d’arriver à faire des propositions pour
créer une fédération de pays, chose
pour le moins difficile à réaliser ! »,
explique Jean-Christophe Ygrié, enseignant
au LEGTA de La Canourgue, en
Lozère. En même temps, le griot africain
ponctue les différents moments de
la journée par des interventions. L’histoire
qu’il raconte par épisodes successifs
est le fil rouge de la journée. « Ce
travail est extrêmement enrichissant
pour les élèves. Ils se rendent compte
de la complexité du monde et des
points de vue souvent radicalement
opposés entre différents pays. C’est un
bel exercice de démocratie, de
tolérance, d’apprentissage de la vie en
société, de sensibilisation à la notion de
développement durable ». A la fin de la
journée, la Conférence mondiale pour
l’avenir de la planète démarre avec le
conteur. Les rapporteurs des négociations
présentent des propositions pour
l’avenir. Pour alimenter les discussions,
l’intervention d’un agriculteur local et
son expérience permettent de donner
un exemple concret de développement
durable.
DES EXEMPLES CONCRETS
(Photos Association Lafi Bala)
Un film est aussi présenté à cet effet
sur l’utilisation des énergies renouvelables
et l’agriculture au Costa Rica.
« Grâce à ce jeu, on touche du doigt
des exemples concrets. On apprend une
foule de choses qui nous permettent de
mieux analyser la situation internationale
: ce que peut apporter une énergie
propre à travers l’éolien ou le solaire,
comment est-ce mis en œuvre… ; dans
quelles conditions travaillent les agriculteurs
des Pays du Sud, quelles sont
leurs contraintes techniques… C’est
une véritable ouverture sur le monde »,
témoigne Annabelle Pérez, élève en
terminale « Science et Technologie de
l’Agronomie et de l’Environnement » au
Lycée de la Frondraie à Castelnau-le-Lez. « On va même plus loin, en voulant
le protéger ce monde !, rajoute
Maëlle Groux, élève dans la même section,
car on a envie d’être acteur du
développement durable, en favorisant
le commerce équitable, par exemple.
On en parle autour de nous. Dans ma
famille, on s’est mis à acheter des produits
de ce type pour soutenir cette
agriculture du Sud si mal en point ». Du
commerce équitable, il en est aussi fortement
question au sein de Lafi Bala.
Pour 2004, l’association va proposer
dans les lycées d’enseignement général
du Languedoc-Roussillon l’opération
« Un peu de Sud dans votre café ». Elle
sera basée, entre autres, sur une rencontre
avec un agriculteur du Sud qui
viendra parler de son métier et sur des
stands présentant le commerce équitable
avec panneaux d’information et
vidéos à l’appui… Bon vent.
Contact : Antoine Porte (Lafi Bala) : 04 67 79 27 67 www.lafibala.org