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ENVIRONNEMENT : LA BELLE VITALITE DES ASSOCIATIONS
EN LANGUEDOC-ROUSSILLON
Petites ou grandes, généralistes ou spécialisées, récentes ou bien installées, les associations soucieuses de l'environnement en Languedoc-Roussillon sont à l'image de celui-ci : d'une très grande variété. Elles sont aujourd'hui plusieurs centaines et rassemblent plusieurs milliers d'adhérents.
Coup de projecteur sur ce tissu associatif d'une belle vitalité.
Au début des années soixante, elles n'étaient qu'une poignée en Languedoc-Roussillon. La vocation de ces pionnières était essentiellement naturaliste. Assortie d'une volonté de protection, la Mission Racine d'aménagement de "nouvelles stations" provoquera, ensuite, la création de nombreuses associations "de défense" ou "de protection" de l'environnement. Depuis, ce tissu associatif a continuellement pris de plus en plus de consistance, au rythme, aussi, de l'intérêt sans cesse grandissant du grand public pour les problèmes environnementaux.
Trente ans après les premiers véritables balbutiements verts, les associations sont devenues partenaires et actrices à part entière du débat permanent sur l'aménagement du territoire régional et la nécessaire sauvegarde d'un riche patrimoine naturel. Très spécialisées dans un domaine bien précis ou plus généralistes, de génération spontanée pour un combat ponctuel ou enracinées pour longtemps dans le paysage associatif régional, leurs motivations, modes de fonctionnement et d'action sont très divers. Certaines ne vivent que des cotisations de leurs adhérents et de quelques subventions. D'autres fonctionnent presque comme des PME, sur la base de l'autofinancement. Mais, toutes, à des degrès divers, sont interlocutrices de la vie publique et contribuent aux grands et petits débats environnementaux.
Ce dossier n'a évidemment pas pour prétention d'être exhaustif : traiter de l'ensemble du monde associatif environnemental du Languedoc-Roussillon relèverait d'un travail de très longue haleine et exigerait cinquante à cent fois plus de pages que ne compte ce modeste dossier. Volontairement, celui-ci se limite donc à quelques coups de projecteur en excluant toute association/émanation d'une collectivité locale.
Education à l'environnement
AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT LOCAL
"Au départ, nous étions un peu scouts ! Nous voulions sortir du cocon de la société savante. Aujourd'hui, entre les collectivités locales, les organismes socio-professionnels, les entreprises, les institutions et les associations, nous travaillons avec trois cents partenaires par an". Jean-Paul Salasse, directeur des Ecologistes de l'Euzière peut être satisfait. Cette association héraultaise organise des journées pédagogiques, participe à des projets scolaires, forme des animateurs, réalise des ouvrages, des expertises... "Nous avons mis l'environnement au service du développement local en démontrant que nous étions crédibles. Mais, attention ! Nous ne faisons pas de marketing : on vient nous chercher !". Et les missions sont parfois lourdes. L'association a ainsi réalisé une étude d'impact sur le milieu naturel du gazoduc du Midi sur près de 500 kilomètres.
Les Ecologistes de l'Euzière ont même constitué un petit bureau d'études lié à l'éducation : "Pourquoi personne ne consulte les documents d'enquêtes publiques ? C'est illisible, lance le fougueux directeur. Tout en restant scientifiques, nous avons ainsi mis au point une méthodologie qui rend accessibles les documents des POS".
Avec un budget de trois millions de francs et seulement 100 000 francs de subventions de fonctionnement, l'association compte quatorze permanents. Est-elle devenue pour autant une entreprise ? "Oui ! Les associations sont devenues des partenaires de projets de développement. Mais nous conservons un franc parler, un bénévolat issu de l'esprit du milieu associatif. Bien sûr, nous disposons d'un budget, de critères d'embauche et de grilles de salaires. Mais notre finalité n'est pas de gagner de l'argent. Nous sommes au service d'un mouvement social ! Et je revendique cette entreprise dont l'objectif économique est de militer".
Les Ecologistes de l'Euzière baignent dans le développement local : à la demande de la Chambre de Métiers du Gard, ils soutiennent un groupe de sagneurs de Petite Camargue pour la réalisation d'une plaquette de promotion. Avec la Fédération des caves coopératives de l'Hérault, l'association contribue depuis cinq ans à valoriser l'image du terroir. Et les exemples se multiplient. "Notre but est de lancer ou d'épauler des projets, mais avec la volonté de les voir réappropriés par les acteurs locaux. Nous sommes en quelque sorte des agents de développement", précise Jean-Paul Salasse.
Intégrée au réseau Ecole et Nature et au GRAINE, l'association s'inquiète d'un déficit d'offre d'activités ou d'animations : "La demande du public en matière d'environnement existe, mais les propositions sont encore insuffisantes. Pour développer ce type d'offre, il est temps de former les agents touristiques et les élus chargés de l'environnement, estime le directeur des Ecologistes de l'Euzière. Les élus sont perclus de responsabilités et doivent absolument prendre leur temps avant de confier un projet à une SEM. La mise en valeur, le développement intégré, l'accompagnement, l'animation locale, ne sont pas toujours considérés comme des métiers à part entière". Pour combien de temps ?
Protection d'espèces
UN PARTENARIAT BENEFIQUE
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de l'Aude s'efforce de protéger les oiseaux et les milieux dont ils dépendent. "Protéger passe d'abord par la connaissance", prévient son président Francis Fornairon. Depuis des années, l'association se penche sur le cas de la sterne naine : "Cette espèce subit de nombreux dérangements du fait de promeneurs, explique Francis Fornairon. En 1995, nous avons balisé les alentours d'une colonie aux environs de Gruissan". De mauvaises conditions météo font échouer le projet. La LPO se rapproche alors des Salins du Midi et de l'AME dans le cadre d'une gestion de la colonie, sur un bassin de six hectares. "Notre force a été de pouvoir se renseigner sur des expériences similaires auprès du réseau national des LPO", souligne Francis Fornairon.
Si la LPO organise le suivi scientifique, elle joue aussi un rôle de sensibilisation en formant les animateurs des Salins du Midi. "Nous avons travaillé avec la station biologique de la Tour du Valat et menons des expérimentations en aval. Nous ne sommes pas enfermés dans un ghetto pseudo-scientifique : la protection va de pair avec la sensibilisation", poursuit le président de la LPO de l'Aude.
L'association mène, par ailleurs, d'autres actions. Elle a réactualisé une convention avec EDF sur le problème des électrocutions d'oiseaux par des lignes de haute et de moyenne tensions. "Nous pouvons être sollicités par des bureaux d'études, ajoute le président départemental de la LPO. Ainsi, nous avons réalisé, en sous-traitance, un diagnostic sur les risques d'extension du parc éolien de Port-La-Nouvelle pour les oiseaux migrateurs".
La LPO de l'Aude multiplie ses relations avec des associations ou organismes : membre du GRAINE Languedoc-Roussillon, elle fait partie de Méridionalis (1), reçoit régulièrement le soutien de la DIREN, de l'ONF, du Conseil Régional ou du Conseil Général de l'Aude. Le bilan est satisfaisant :"Nos actions couvrent un large éventail, mais il est dommage qu'un tel secteur, potentiellement créateur d'emplois, n'emploie encore que des bénévoles !".
(1) Ce groupement réunit le GRIVE (Hérault), le COGARD (Gard), l'ALEPE (Lozère), le Groupement Ornithologique du Roussillon (Pyrénées-Orientales) et la LPO de l'Aude.
Agriculture et développement
SEMER LA SOLIDARITE
Le Carrefour International d'Echanges de Pratiques Appliquées au Développement (CIEPAD), créé en 1988 à Viols-le-Fort, dans l'Hérault, est fortement impliqué dans le secteur social. Depuis deux ans, il développe, avec le soutien du Conseil Général de l'Hérault, une action auprès d'allocataires du RMI. "Nous voulons installer durablement des personnes pratiquant plusieurs activités", explique Michel Gazeau, coordinateur du CIEPAD. Un module intitulé Bioprox (biologie de proximité) a ainsi permis de sensibiliser
35 personnes auprès d'un formateur maraîcher. "Depuis 1996, cette première étape a été complétée par "Paniers Solidaires", une opération permettant à des bénéficiaires du RMI de cultiver des légumes. Nous apportons une contribution à la lutte contre la fracture sociale". Chaque semaine, 170 paniers sont vendus à Montpellier à des adhérents du CIEPAD.
"Nous accompagnons certains d'entre eux dans la création de leur installation, poursuit Michel Gazeau. Nous avons prouvé qu'il était possible de valoriser des terrains de garrigue en vivant d'une activité non autarcique". Actuellement, le CIEPAD compte 32 salariés et l'association s'autofinance.
Le développement alternatif exige une gestion particulièrement rigoureuse : "Nous allons changer d'échelle d'organisation pour contrôler notre développement, conclut Michel Gazeau. En créant des filiales, nous serons plus vigilants à l'égard de secteurs déficitaires jusqu' à les remettre en question".
Parcs et jardins
LE TEMPS DES VISITES
Qu'ont en commun la bambouseraie d'Anduze et le Château de Flaugergues, à Montpellier ? Les propriétaires de ces sites sont adhérents de l'association "Praedium Rusticum : Amis des Parcs et Jardins du Languedoc-Roussillon". Créée en 1995, elle compte deux cents membres : "Nous défendons ce patrimoine tout en ouvrant à la visite les jardins qui méritent un intérêt", explique François Boujol, son président. L'association organise des conférences, aide les propriétaires qui le souhaitent à établir des demandes de financement afin d'entretenir leur jardin.
"Nous jouons aussi un rôle d'information", insiste le président de Praedium Rusticum. L'association, uniquement constituée de bénévoles, fait partie du comité de pilotage de l'opération "Le Temps des Jardins", principalement orchestrée par la DIREN, le CAUE de l'Hérault et l'AME. "Depuis deux ans, nous recueillons les informations permettant d'établir le calendrier des visites de jardins, note François Boujol. Pour autant, nous ne souhaitons pas être considérés comme un passage obligé, mais plutôt comme le partenaire privilégié de ce type d'opération".
Agriculture biologique
LA SENSIBILISATION FACTEUR DE DEVELOPPEMENT
Depuis vingt-cinq ans, la fédération nationale Nature et Progrès délivre à des agriculteurs déjà labellisés par le système européen AB (agriculture biologique) une mention "Nature et Progrès" : "Nous complétons la réglementation sur l'emploi d'engrais ou de produits phytosanitaires", lance Jacques Salager, vice-président de Nature et Progrès 34, une association qui compte 25 exploitations de maraîchers et de viticulteurs dans l'Hérault.
Pour promouvoir ses productions de salades ou de tomates, l'association organise des actions de sensibilisation. "Nous avons organisé l'an dernier une foire frigoule* à Sète, lors des journées de l'environnement, explique Christine Toulorge, chargée des relations publiques de l'association. Le soutien du service Environnement de la mairie de Sète explique le succès de l'opération". Nature et Progrès a également ouvert l'une de ses exploitations à une classe de CM1 de l'école sétoise Langevin.
Implantée à la Maison de l'Environnement de Montpellier, Nature et Progrès tisse son réseau : membre du Clape, elle est aidée par l'association Les Arts Verts dans la conception de ses affiches ou de son journal. Et le vice-président s'en félicite : "C'est finalement ce partenariat qui nous permet de prendre le temps d'expliquer l'intérêt de protéger l'environnement en cultivant des produits biologiques".
* Frigoule : thym en occitan.
Protection des paysages
SE BATTRE SUR CHAQUE DOSSIER
La déléguée régionale de la Société de Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France (SPPEF) aime éplucher les dossiers. Cette association bientôt centenaire, dont le but est la défense des sites naturels et urbains, est représentée au sein de la commission départementale des sites, perspectives et paysages de l'Hérault, dont la mission est d'étudier des projets de travaux sur des sites protégés ou des projets de protection. "Pour le projet de classement des Gorges de l'Hérault, nous avons constaté que les élus craignaient d'être dépossédés de leurs prérogatives. Nous avons donc expliqué sur le terrain la cohérence des périmètres de classement", indique Jacqueline Baissette, déléguée régionale de la SPPEF. Avec des représentants de la DIREN, de la DDE, de la DDAF et du Conseil Général, notamment, elle donne son avis sur des dossiers de transformation de sites classés menacés, par exemple, par des lotissements.
Jacqueline Baissette est aussi membre du Collège Régional du Patrimoine et des Sites. "L'état d'esprit des élus a changé : par exemple, à Tharaux, dans le Gard, le paysage du village étant menacé, le Maire a souhaité établir une zone de protection du périmètre urbain, architectural et paysager (ZZAUP). Il n'a pas hésité à nous solliciter, poursuit la déléguée régionale. Les municipalités ont toujours l'initiative mais nous demandent de plus en plus de les accompagner tout au long de l'élaboration de leurs projets".
Carrières
PRESERVER LE CADRE DE VIE
"Nous ne sommes pas absolument anti-carriers, nous ne nous peignons pas en vert pour la circonstance. Nous voulons tout simplement préserver notre cadre de vie". Président de l'association La Boissière Environnement, Laurent Munoz mène la lutte contre des projets de carrière autour du hameau de La Boissière, près de Saint-Paul-et-Valmalle (Hérault). "A la création de l'association, en 1990, il y avait deux projets de carrière : l'un sur 200 hectares et l'autre sur cinq hectares, raconte Laurent Munoz. La mairie a exercé son droit de préemption sur les terrains visés par le premier qui a donc été abandonné".
Pour contrer le second projet, l'association - aujourd'hui forte de plus de 300 adhérents et du soutien de la mairie - a organisé la résistance : "La mobilisation de la population a été très importante : une pétition a été signée par 99 % des habitants de la commune". Arguments mis en avant : "Avec une route très étroite, l'exploitation d'une carrière présenterait de gros risques pour la sécurité, explique Laurent Munoz. Sur le plan environnemental, en dehors d'une atteinte certaine au cadre de vie, cela pourrait également entraîner des risques de pollution de la nappe phréatique".
Un arrêté préfectoral favorable à l'ouverture de la carrière a été annulé par le tribunal administratif de Montpellier. "Mais, début 1996, le carrier a déposé un nouveau dossier pour une carrière de moins de cinq hectares, avec extension annoncée jusqu'à soixante hectares", indique Laurent Munoz. L'association poursuit son combat : "alerte" des médias et des élus, organisation d'une "journée ludique" à laquelle ont participé plus de 500 personnes en septembre dernier, tournée des services du Conseil Général concernés... Le dossier est maintenant entre les mains des membres de la commission départementale des carrières. Pour avis, avant décision du préfet.
Incinérateur de Lunel-Viel
CONTRE- PRESCRIPTIONS MEDICALES
C'est assez rare pour mériter d'être souligné : dans l'Hérault, des médecins sont à la pointe du combat associatif contre la construction - déjà bien avancée - d'une usine d'incinération de déchets. Médecin généraliste à Lunel-Viel, le Dr Jean-Paul Boissier est président de l'Association pour la protection de l'environnement du Lunellois, créée fin 1996 : "A cette époque, le projet était annoncé et même déjà engagé, mais de façon très discrète, rappelle-t-il. Après l'avoir étudié, non sans beaucoup de mal à obtenir le bail liant l'industriel au syndicat de communes "Entre Pic et Etang," nous avons lancé nos premières actions de sensibilisation. Nous avons commencé par envoyer à une centaine de maires un dossier mettant en avant l'aspect polluant du procédé et le coût élevé du traitement".
L'association organise ensuite plusieurs réunions d'information, deux manifestations et dépose deux recours devant le tribunal administratif : l'un en mars 1997 pour sursis à exécution du permis de construire, l'autre six mois plus tard pour suspension provisoire des travaux, le chantier ayant commencé entre temps. "Alors que le tribunal aurait dû se prononcer dans les deux mois pour la première procédure, dans les trente jours pour l'autre, ce n'est toujours pas le cas à ce jour (Ndlr : mi-janvier)", déplore amèrement le Dr Jean-Paul Boissier. Et, avec lui, les quelque 300 adhérents de l'association...
Médecin généraliste à Saint-Christol, le Dr Christian Revessat est, quant à lui, président de l'Association des médecins indépendants pour l'environnement et la santé. Créée en septembre dernier par une vingtaine de médecins, celle-ci compte aujourd'hui plus d'une soixantaine d'adhérents."Il ne s'agit pas pour nous de crier à tout prix haro sur l'incinération, explique le Dr Revessat, mais plutôt de faire passer le message suivant : en l'absence d'études épidémiologiques pour l'instant, arrêtons de nous dépêcher de construire des incinérateurs alors que cela peut présenter un risque pour la santé publique".
FENEC
CONTESTATIONS ET CONTRE-PROJETS
FENEC, de "Fédération pour les espaces naturels de l'environnement catalan". Dans les Pyrénées-Orientales, aucun maire ni promoteur n'ignore ce sigle. Il en va de même pour les juges du tribunal administratif de Montpellier. Et pour cause : en quinze années d'existence, la FENEC compte à son actif plusieurs centaines d'actions en justice à l'encontre de projets portant atteinte à l'environnement, "gagnées dans 60 % des cas", assure Marc Maillet, fondateur de la FENEC. Cibles privilégiées : Plans d'Occupations des Sols et permis de construire.
Cette fédération regroupe une trentaine d'associations pour environ 3 000 adhérents. Credo de Marc Maillet : "On peut faire de la contestation tout en ayant des contre-projets. Par exemple, quand nous nous sommes opposés au plan départemental d'abattage des platanes de bord de routes, nous proposions de plutôt doubler ces routes, ce qui était possible dans la plupart des cas. Nous n'avons malheureusement pas été entendus et 10 000 platanes ont été abattus. Nous ne l'avons pas plus été pour l'agrandissement du parking du lac des Bouillouses et l'élargissement de la route qui y mène, opérations en cours : nous plaidions pour une fermeture de la route et un transport téléporté".
Aujourd'hui secouée par des dissensions internes, la FENEC est dans une passe difficile. S'atténueront-elles ou la fédération va-t-elle définitivement imploser ?
Education à l'environnement
L'ENVIRONNEMENT A SON ETHIQUE
Le Groupe Régional Animation et Initiation Nature Environnement Languedoc-Roussillon regroupe soixante associations et non des moindres - Ecologistes de l'Euzière, l'APIEU, les Enfants de la Planète... -, soixante adhérents individuels et des organismes tels que la DIREN, l'ADEME, la DRJS ou le Rectorat. Ainsi, le GRAINE joue un rôle d'interface : "Nous ne menons pas d'animations touristiques ou scolaires liées à l'environnement, précise Marie-Hélène Coll, directrice du GRAINE. Le Groupement organise des sessions de formations, documente ses membres, relie les organismes et les associations".
Par exemple, le Groupe de Recherche et d'Information sur les Vertébrés et leur Environnement (GRIVE) et l'AME ont décidé de mener des actions de sensibilisation sur l'aigle de Bonelli auprès du grand public, des scolaires et d'élus. "Notre rôle a consisté à faire appel aux associations membres, explique Marie-Hélène Coll. Près de 26 personnes, pédagogues ou ornithologues, ont suivi un stage du GRIVE et sont aptes à intervenir avec une vidéo dans tous types de situation. Il ne s'agit pas de vendre la "salade" Bonelli mais de s'adapter à tous les publics".
Membre du réseau Ecole et Nature, le GRAINE est mentionné à plusieurs reprises dans la convention cadre pour l'Education à l'Environnement en Languedoc-Roussillon, signée le 10 juin dernier, entre l'Etat (Rectorat, DRAF, DIREN, IUFM), le Conseil Régional et l'ADEME. Nous sommes reconnus d'utilité sociale, estime Marie-Hélène Coll. Le monde associatif répond finalement aux besoins insuffisamment couverts par l'Etat". Cette notoriété du GRAINE risque aussi d'attirer des associations qui verraient en lui un passage obligé. "Nous ne sommes pas l'organe commercial d'associations adhérentes, souligne Marie-Hélène Coll. Nous avons instauré un cadre d'échanges et ne sommes pas situés dans le monde du commerce". Et de reconnaître : "De par sa reconnaissance, le GRAINE tend à devenir un label et nous devrons aussi gérer cette expansion. Sans oublier que l'éducation à l'environnement se situe dans une perspective de développement durable".
Education et formation
L'ARBRE DU SAVOIR
"Si l'écocitoyenneté était naturellement intégrée à l'enseignement scolaire, notre association ne devrait même pas exister !". Laurence Esclapez est directrice de l'ARBRE, atelier d'éducation à l'environnement implanté à Béziers.
L'association intervient dans des écoles primaires et propose de former des enseignants qui en font la demande : "Nous animons des modules avec visites de déchetteries ou de bornes de tri sélectif. De retour en classe, nous revenons sur les filières de recyclage et lions ce sujet à des exercices ludiques", explique Laurence Esclapez.
Les déchets constituent un thème presque exclusif : "Des collectivités comme le SIVU d'Ensérune ou la mairie de Béziers nous ont demandé de sensibiliser les enfants à ce sujet, ajoute la directrice de l'ARBRE. Nous regrettons que d'autres approches ne soient pas financées : la sensibilisation à la rivière, à l'eau, à l'air ou au bruit, par exemple, mériterait d'être soutenue par les collectivités. Or, l'aide financière à l'éducation à l'environnement est souvent dictée par le caractère règlementaire de certains domaines, comme c'est le cas pour le traitement des déchets".
Après avoir répondu à un appel d'offres, l'ARBRE vient de signer un contrat de trois ans avec la Mairie de Béziers pour intervenir sur le thème du tri sélectif auprès d'une trentaine de classes primaires. Membre du GRAINE Languedoc-Roussillon, l'atelier d'éducation à l'environnement élargit ses horizons : "Nous élaborons un projet sur la rivière et sur le littoral avec la DIREN, la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports, le Conservatoire du Littoral, le Conseil Régional, le Conseil Général de l'Hérault et la Mairie de Béziers, ajoute Laurence Esclapez. L'idée est de montrer aux écoles la faune, la flore, la formation des dunes".
Seul regret de l'ARBRE et de ses trois salariés : le petit nombre d'adhérents. "Ils sont à peine vingt-cinq, note la directrice. Nous ne sommes pas une association militante mais plutôt généraliste. Et le public n'est pas encore prêt à venir...".
Education et développement
LE PARTENARIAT TOUJOURS ET ENCORE
Le Languedoc-Roussillon compte quatre Centres Permanents d'Initiation à l'Environnement (CPIE), chargés de développer les partenariats locaux dans les domaines de l'environnement et du patrimoine. Le CPIE du Haut Languedoc Héraultais couvre un territoire de 46 communes. "Education à l'environnement, inventaire du milieu et conseils aux collectivités locales font partie de nos missions, détaille Christopher Racca, directeur de ce CPIE. Dans nos approches, nous tentons de lier ces trois secteurs". Ainsi, le CPIE s'est rapproché d'une école élémentaire de la Salvetat-sur-Agout pour un projet pédagogique qui consistait à réhabiliter, à la demande de la Commune, un "délaissé" routier de 400 mètres. Cet espace, situé entre le village, une base touristique et l'usine d'Evian, a permis d'associer le Conseil Général, la DIREN, la société Evian, la Commune et l'école. "Nous avons mené une série d'animations sur l'état initial du milieu, poursuit Christopher Racca. Nous avons déterminé la nature des plantes avec les enfants, avant de réaliser une approche paysagère où nous avons proposé à la commune plusieurs axes de réaménagement".
Fin 1997, le CPIE du Haut Languedoc Héraultais s'est vu confier, en partenariat avec un bureau d'études, le diagnostic paysager du schéma directeur de la Communauté de Communes de la Montagne Héraultaise,
soit 24 000 hectares pour 1 400 habitants permanents. Le CPIE intervient aussi comme formateur pour des modules du BEATEP organisé par le GRAINE : "Nous n'entrons en concurrence avec personne, prévient le directeur du CPIE. Chacun doit pouvoir apporter sa spécificité. Et c'est dans cet esprit que nous souhaitons qu'aboutisse le projet d'union régionale des CPIE ".
Ecologie urbaine
ÇA ROULE POUR LA M.N.E. D'ALES
Née de la volonté du tissu associatif local de disposer d'un lieu de réflexion et d'activités, la Maison de la Nature et de l'Environnement (MNE) d'Alès est ouverte depuis 1994. L'association de gestion de cette MNE compte une dizaine d'association adhérentes. Essentiellement tournée vers l'écologie urbaine, elle a multiplié les initiatives au cours de ces deux dernières années.
Dernier et important projet en date : la mise en place d'une classe expérimentale - CE1 ou CE2 - "Rouletaboule" sur le thème du cycle de la matière au sein de l'école de Castanet, à Nîmes. En partenariat avec la société Eco-Emballage et le Réseau Ecole et Nature à l'origine de la création de la mallette pédagogique "Rouletaboule" sur le tri des déchets, cette opération pourrait prendre corps dans les prochaines semaines.
Elle se concrétiserait par une série de cinq journées d'interventions dans la classe retenue sur le thème du tri des déchets, interventions visant à susciter la réalisation d'un projet par les enfants : mise en œuvre d'une collecte au sein de l'école, par exemple, ou bien réutilisation de bouteilles en plastique, compostage, récupération de matériaux, sculpture plastique. A noter : la MNE d'Alès est l'une des dix associations sélectionnées en France - la seule en Languedoc-Roussillon - par Eco-Emballage et le Réseau Ecole et Nature pour appuyer la création de dix classes expérimentales "Rouletaboule" à travers tout le pays.
Cerdagne
A LA PECHE...
AUX DECHETS
Si la vocation - première, en tout cas - d'une société de pêche n'est pas de s'employer à la protection de l'environnement, certaines y contribuent cependant, plus ou moins activement. En Cerdagne, l'association de pêche et de pisciculture de Font-Romeu/Carlit est de celles-là. Certes, ses
1 200 adhérents n'ont pas tous la fibre écologique très épaisse. Mais, chaque année en fin de saison de pêche, ils sont tout de même une cinquantaine à nettoyer petits et plus grands lacs du Carlit et le lac du Lanoux.
"Depuis plus de dix ans, indique André Buscail, président de l'association, nous nettoyons une trentaine de lacs et d'étangs de tout ce que les gens ne redescendent pas avec eux après s'être promenés, même s'ils sont devenus de plus en plus éduqués : boîtes de conserve, bouteilles, sacs plastiques, déchets en tous genres". Pour préserver les tourbières du piétinement, l'association a par ailleurs entrepris la mise en place de passerelles entre certains petits lacs, une dizaine à ce jour. Elle s'efforce également de nettoyer et d'entretenir le plus possible de ruisseaux et de rivières. Regret exprimé par André Buscail : "Pour l'instant, les associations locales de protection de l'environnement n'ont jamais répondu à nos demandes d'aide pour nos opérations de nettoyage.."
Consommation d'eau
SENSIBILISER A L'AUTO-REGULATION
La sensibilisation à la consommation d'eau a été au centre d'une campagne menée l'an dernier dans cinq cités HLM de Montpellier par l'union départementale héraultaise de la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV). Grâce au soutien de la DIREN et à l'obtention de contrats emploi-ville, cette association presque quinquagénaire a pu affecter un encadrant et cinq animateurs à l'opération. "Dans un premier temps, nous avons procédé à une enquête de porte-à-porte qui nous a permis de discuter avec de nombreux locataires, explique Cyril Guiraudou, président de l'Union régionale de la CSCV et chargé d'animation action/environnement. Une trentaine de personnes ont ensuite été intéressées pour approfondir la question".
Information sur les fuites et les moyens d'y remédier, sur la consommation de différents types d'appareils ménagers, suivi de consommation : "L'auto-régulation de la consommation d'eau n'est pas facile, estime Cyril Guiraudou. Pour un locataire qui n'est pas abonné direct, il y a un réel problème de lisibilité car cette consommation est incluse dans les charges qu'il faut apprendre à décoder". La campagne de la CSCV se poursuit cette année à Béziers par une vingtaine de réunions de formation aux économies d'énergie (eau et électricité), organisées en partenariat avec la Direction de la Solidarité Départementale.
Vagabond'Ane
ACCOMPAGNER AUTREMENT
Partir en Capcir à la découverte du milieu montagnard et de ses sites les plus préservés avec un ou plusieurs accompagnateurs professionnels : rien là de très original. Ajoutez-y un ou plusieurs ânes porteurs en été ou le choix entre ski de fond et raquettes en hiver et la balade sort un peu plus de l'ordinaire. Depuis bientôt douze ans, l'association Vagabond'Ane cultive ces différences, tout particulièrement destinées aux enfants.
Duo permanent de l'association, Claudine Chaboureau et Bruno Magdinier sont accompagnateurs moyenne montagne et moniteurs de ski de fond. Installés aux confins des Pyrénées-Orientales et de l'Ariège, à Rieutort, près de Puyvalador, ils proposent leurs activités de découverte de l'environnement toute l'année.
Habilitée "Classes Nature", l'association s'est aussi et surtout spécialisée dans les sorties scolaires."Plusieurs formules sont réalisables, en fonction de l'âge des enfants et des buts pédagogiques des enseignants, indique Claudine Chaboureau. Cela peut aller d'une simple sortie d'une journée, à un circuit de deux jours ou plus avec bivouac ou nuit en refuge de montagne ou gîte d'étape". Mallette éducative avec empreintes animales, traces, moulages, télescope, jumelles, matériel vidéo, documents et fiches-nature : l'association met à disposition différents outils pédagogiques et ses deux permanents suivent régulièrement des formations dispensées par le GRAINE.
En été, la formule "Rando enfants" d'une semaine de découverte de la nature, d'observation de la faune et de la flore avec nuits sous tipi ou sous tente, se taille de plus en plus de succès. Eté comme hiver, "le but de l'association est toujours le même, souligne Bruno Magdinier : rendre les enfants autonomes et respectueux de la nature".
Groupement d'Intérêt Cynégétique
LES CHASSEURS SONT AUSSI DES AMENAGEURS
Depuis 1992, vingt-deux Associations Communales de Chasses Agréées (ACCA) animent le Groupement d'Intérêt Cynégétique des Corbières Maritimes, dans l'Aude. "Trop de terres à l'abandon contribuent à fermer le milieu, à intensifier les risques d'incendie et à empêcher la reproduction naturelle du gibier", explique le président du GIC, Gibert Salès. Chaque année, les 2 200 chasseurs, regroupés sur un territoire de 48 000 hectares, contribuent à l'aménagement de 600 hectares et au débroussaillement de 120 hectares.
La règle est simple : "Nous passons un contrat d'entretien à l'amiable avec les propriétaires de terres en friche, sur des parcelles de dix à cinquante hectares, ajoute Gilbert Salès, également vice-président de la Maison de l'Environnement de l'Aude. Nous semons, par exemple, de l'avoine aux seules fins du gibier, tout en aménageant des abreuvoirs rendus nécessaires par l'absence de points d'eaux".
Subventionné par la DDA, le Conseil Régional, le Conseil Général de l'Aude et la Fédération de Chasse de l'Aude, le GIC a participé à l'aménagement du territoire de l'Aigle de Bonelli et a travaillé avec la LPO de l'Aude sur l'environnement du gibier d'eau.
Avec deux emplois à plein temps, le GIC des Corbières Maritimes entend jouer son rôle d'aménageur : "Nous continuerons à ouvrir l'environnement et à le préserver des incendies, souligne Gilbert Salès. Mais toujours au service de la chasse !".
Le Merlet
ACTIVITES PLEINE NATURE ET ENVIRONNEMENT
Basée à Saint-Jean-du-Gard depuis sa création, en 1981, l'association Le Merlet a fait de l'encadrement d'activités de pleine nature et de découverte du milieu sa première spécialité. Ses animateurs interviennent essentiellement dans et autour des gorges du Tarn pour un éventail d'activités qui s'est élargi au fil des ans : randonnées, canoë-kayak, canyoning, escalade, spéléologie... Tournée vers le tourisme social et éducatif, l'association fonctionne en autofinancement. Elle emploie aujourd'hui sept permanents dont une chargée de mission pour l'environnement, compte une vingtaine de membres actifs bénévoles et environ 250 adhérents-usagers.
Directrice de l'assocation, Sylvie Kempf résume l'esprit dans lequel Le Merlet développe ses animations : "Quelle que soit l'activité proposée, nous formons nos animateurs aux milieux dans lesquels ils vont intervenir. Afin d'appuyer sur l'environnement, nous créons des outils pédagogiques : pour le canoë-kayak, par exemple, nous avons aménagé un plan d'eau sur le thème de la faune dans le Parc National des Cévennes". Depuis cinq ans, l'association s'est investie dans la formation d'animateurs environnement et d'activités de pleine nature.
En été, Le Merlet emploie jusqu'à quarante personnes. Car, en plus des activités habituelles - 90 personnes par jour de moyenne en juillet/août ! -, l'association organise également des séjours en centre de vacances pour enfants et adolescents de 7 à 17 ans : soixante jeunes ont ainsi été accueillis l'été dernier dans son centre des gorges du Tarn pour des séjours axés sur des activités de pleine nature et d'expression. "Ce site est déjà saturé et nous souhaitons développer ce secteur d'activité en créant un autre centre de vacances, si possible en vallée cévenole", annonce Sylvie Kempf.