SENEÇON DU CAP


Une plante envahissante



Séneçon du Cap en zone de montagne
dans les Pyrénées Orientales


Vous trouvez ce paysage agréable ?
Vous aimez cette belle fleur jaune ?
Ne vous y trompez pas !
Le Séneçon du Cap pose de réels problèmes.


Ecologiques
Très compétitif, il gène le maintien de la flore locale, ce qui pose particulièrement problème lorsque cette flore est protégée.

Agricoles
Il est toxique pour le bétail. Il diminue donc la valeur pastorale des prairies pâturées. C'est aussi une mauvaise herbe des vignobles.

Paysagers
Il entraîne une profonde modification des paysages ouverts dans les zones de montagne. Dans les milieux très infestés, il uniformise le paysage.


Actuellement, le Séneçon du Cap est en pleine phase d'expansion.
Il peut recouvrir plus de 90 % des surfaces infestées.
Mais vous pouvez agir
!


Un peu d'histoire…

Le Séneçon du Cap provient d'Afrique du Sud.

Des graines se sont mêlées aux toisons lainières importées dans les usines textiles de Mazamet (Tarn) en 1936.

De Mazamet, le Séneçon s'est propagé, le long des routes et des rivières, dans le sud-ouest, la Catalogne et l'Italie.

Un autre foyer avait déjà été identifié à Calais en 1935.
Aujourd'hui, on le retrouve en Suisse, en Belgique, en Allemagne et même au Danemark !


Comment reconnaître le Séneçon du Cap ?


Senecio inaequidens est une dicotylédone appartenant à la famille des Composées (ou Asteracées), comme le pissenlit. Un pied peut vivre pendant 5 à 10 années. Il ne faut pas le confondre avec les autres espèces de Séneçon.


fleurs regroupées en capitules.
Un plant développé possède 80 à 100 capitules et peut produire plus de 10 000 graines par an
Port en boule
Racines
- superficielles
- transmettent, semble-t-il, des substances toxiques pour les graines alentour

Graines ou askènes
volent au vent
follent sur l'eau
Capitule
(mai à décembre)
18 à 25 mm de diamètre
12 à 14 ligules
(communément appelées pétales)
jaune vif
Tiges
jusqu'à 110 cm de longueur
couchées à la base puis
dressées
toxiques pour les herbivores
redémarrage possible de
bourgeons au niveau du sol
 
Feuilles
de 3 à 14 cm de long étroites et épaisses
dents courtes et irrégulières
(d'où son nom inæquidens)
dessin d'aprés le PNR de Haut Languedoc 1988


Quelles sont ses caractéristiques biologiques ?



Le Séneçon du Cap est une plante très dynamique.

Un plant peut produire plus de 10 000 graines par an. La durée de vie des graines d'Astéracées est en général inférieure à 5 ans mais on ne connaît pas celle de S. inaequidens

Les graines ont une grande capacité de dissémination (vent, eau, animaux, véhicules, homme…)

La germination rapide et massive peut durer toute l'année (avec des pics au printemps et en automne). Les jeunes pousses sont très vigoureuses.

Le Séneçon du Cap accumule des alcaloïdes toxiques, ce qui le protège des herbivores et de la plupart des insectes.


Quels sont ses milieux de prédilection ?


Senecio inaequidens s'adapte facilement à différents climats et types de sols.

Bien qu'originaire d'une région à climat méditerranéen, on le retrouve en milieux secs ou humides, en plaine ou à des altitudes élevées, sur des sols calcaires ou schisteux, acides ou basiques. Il semble aussi supporter les hivers montagnards. La germination est plus abondante lorsque les graines se situent à la surface de sols tassés.

On retrouve le Séneçon du Cap dans tous les milieux ouverts perturbés :


Les vignobles

les friches et jachéres

le long des routes,
murailles et riviéres

les praires


Par contre, il a rarement été observé dans les milieux fermés (bois, garrigues fermées…).


Ainsi, les perturbations du milieu par le feu ou le pâturage intensif sont des facteurs importants du développement du Séneçon du Cap.

l'incendie ouvre le milieu
et ne détruit qu'en surface les plants de Séneçon. Ceux-ci peuvent alors émettre des tiges à partir de la base des pieds non calcinée.

les herbivores ne consomment pas le Séneçon
qui est donc favorisé par rapport aux autres espèces pâturées.

les aménagements qui détruisent la végétation favorisent l'implantation du Sénéçon.



Mais alors que peut-on faire ?

Limiter les risques d'incendie. Repérer,
arracher puis
brûler les pieds isolés.
   


Eviter le surpâturage à proximité de foyer de Séneçon.
Le non pâturage pendant quelques années pourrai aider la vegetation locale à éliminer le Séneçon du Cap.

En culrure labourer ou déserber chaque année les pieds développés avec des produits systémiques peu toxiques du type Glyphosate ou Sulfosate. Nota ! Ce traitement n'atteindra pas le sotck semencier.


D'autres moyens de lutte font actuellement l'objet d'études :

La lutte biologique :


Le sursemis


Données techniques sur le Séneçon du cap :
état des connaissances


 1  Rôle des perturbations du milieu sur le développement du Séneçon :
cas de la commune de Nohèdes (66)

 

Une étude cartographique du Séneçon du Cap a été réalisée en 1997 par V. Cottrel sur 800 Ha de la commune de Nohèdes. Nohèdes est un petit village situé à 1000m d'altitude en exposition sud, sur le massif du Madres, à 16 km de Prades (Pyrénées Orientales). Les deux tiers de la commune sont classés en réserve naturelle. Le Séneçon, d'abord présent sur les bords de route depuis 1987, est devenu ensuite dominant dans les milieux ouverts par le feu (2 incendies en 1993) et par le surpâturage (élevage de chèvres). Les objectifs de l'étude étaient d'établir la répartition et la densité du Séneçon sur Nohèdes, et à préciser l'impact des perturbations du milieu sur le Séneçon. .
La densité de Séneçon du Cap est la plus importante dans les milieux ouverts autour du village et faible dans les formations boisées du versant exposé au nord. La dissémination vers l'ouest a été favorisée par les vents mais aussi grâce aux passages des animaux qui forment des corridors d'expansion.
Les incendies de 1993 ont permis l'ouverture des milieux favorable au Séneçon. Si l'intensité du feu n'est pas trop forte, les plants vont émettre des repousses végétatives à partir de la base des pieds et les graines du sol vont germer très rapidement conduisant à la domination rapide du Séneçon. Il semble que la date des incendies influe sur la densité de la colonisation du Séneçon
Le bétail ne consommant pas le Séneçon, il prélève les plantes plus appétentes. Ainsi, le Séneçon n'est plus soumis à une forte compétition interspécifique et devient dominant.

Cette étude cartographique montre bien le rôle favorable de l'incendie et du pâturage intensif sur le Séneçon. L'écobuage, par précaution, a été interdit sur la commune et un projet est en cours pour gérer la pression de pâturage.


 2  Essais de désherbage chimique du Séneçon du Cap :
cas du vignoble de St André (66)

 

Le Séneçon du Cap s'est très bien adapté aux vignobles du Languedoc-Roussillon. Ils constituent des milieux ouverts avec des sols tassés favorables à la germination du Séneçon. Le Séneçon germe aussi sur des sols labourés mais son développement est affecté par le travail du sol. Le Séneçon, bien que présent depuis longtemps, connaît une phase d'expansion importante depuis une dizaine d'années dans ces vignobles. On le retrouve dans les vignobles de la plaine du Roussillon, de Béziers, de l'arrière pays Audois (Lauragais), et du Vaucluse.

Des essais de désherbage chimique ont été menés par la Chambre d'Agriculture des Pyrénées Orientales dans le cadre d'une expérimentation financée par le contrat de plan Etat-région.
L'essai a été conduit sur un vignoble de Grenache Noir mené en désherbage total depuis 3 années sur un sol sablo-limoneux infesté par une population de Séneçon à tous les stades de développement.
L'essai vise à tester plusieurs produits de post-levée très utilisés en viticulture : le Glyphosate, l'Aminotriazole et un mélange d'Aminotriazole, de Terbuthylazine et de Terbumeton.

Ainsi 6 modalités ont été appliquées :

Modalité Matière active Dose / Ha
A Glyphate 120 g/l 12 l
B Glyphate 120 g/l 15 l
C Aminotriazole 240 g/l 12 l
D Aminotriazole 240 g/l 15 l
E Aminotriazole 240 g/l 12 l
Terbumeton 166 g/l
Terbuthylazine 330 g/l
+ 7 l
T Parcelle témoin  

Pour chaque traitement, on réalise trois répétitions sur le vignoble sur trois blocs de 162m2. Les traitements chimiques sont appliqués le 15/01/97.


Les relevés au 26/02/97 montrent les résultats d'efficacité (nombre de pieds de Séneçon morts / nombre total de pieds de Séneçon) suivants :

Modalité Efficacité (%) sur le Seneçon (moyenne des 3 répétitions) Efficacité sur les jeunes plantes (<15 cm) Efficacité sur les plantes adultes (30-50 cm) Remarques
A 95 +++ ++ quelques redémarrages sur la base des tiges des plantes les plus grosses
B 98 +++ +++ efficacité sur tous les stades
C 73.3 +++ + bonne efficacité sur les jeunes stades redémarrages sur la plupart des plants développés.
D 76 +++ + Même comportement que C mais le redémarrage est plus lent
E 66 ++ + efficacité sur les jeunes plantes mais très limité sur Séneçon développé

+ faible      +++ très bonne


Le Glyphosate est très efficace à tous les stades pour un traitement de 15 l par hectare. Un traitement de 12 l par Ha suffira pour des parcelles infestées uniquement par de jeunes Séneçons. Par contre l'Aminotriazole n'est pas satisfaisant sur les plants développés (plantes de un an, de 30 à 50 cm de hauteur).


Nota : les herbicides de pré-levée à base de Simazine ou Diuron sembleraient être efficaces sur le Séneçon du Cap. Un étalement des traitements serait alors nécessaire avec un passage en mars (à base de pré-levée et complété avec un post-levée) et un autre en juin (à base de post-levée et complété avec un post-levée).


ENQUETE SENEÇON DU CAP
MAISON DE LA RESERVE
66500 NOHEDES


pour plus de renseignements :

sur la gestion et la biologie du Séneçon du Cap, contactez A.Mangeot,
Réserve Naturelle de Nohèdes
Tél : 04 68 05 22 42

sur le traitement chimique en vignoble, contactez H.Guillemont,
service viticulture de la Chambre d'Agriculture des Pyrénnées Orientales
Tél : 04 68 35 74 00



Ce document a été élaboré dans le cadre d'un groupe de travail associant :

Marie Laurence ARNAUD, chargée d'étude AME
Jacques BORRUT, Président de l'Association Gestionnaire de la Réserve Naturelle de Nohèdes
Joël BOURIDEYS, chargé de mission DIREN
Julien CHALIMBAUD, stagiaire de l'ENSA.M
Luc DECOURTYE, administrateur de l'Association Gestionnaire de la réserve Naturelle de Nohèdes
Isabelle HOURCADETTE, association des AFP et
des GP des Pyrénées Orientales
Emmanuelle LAGANIER JARNE, chargée de mission AME
Bernard LAMBERT, SIME
Jacques MAILLET, Professeur à l'ENSA.M
Alain MANGEOT, Conservateur de la Réserve Naturelle de Nohèdes

Ce document a été rédigé par Julien CHALIMBAUD,
stagiaire de l'Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie
de Montpellier. Les cartes ont été réalisées
par Virginie COTTREL, stagiaire de l'ENSA.M et
l'expérimentation en viticulture par Henri GUILLEMONT de la Chambre d'Agriculture des Pyrénées Orientales.



Contact : Alain Mangeot
Conservateur
Réserve Naturelle de Nohèdes
Tel : 04 60 05 22 42

JUILLET 1998


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