Cycle de vie
Les jussies ont un cycle et une stratégie de développement qui comportent plusieurs
phases 8 :
- lorsque les jussies sont immergées, la croissance en hauteur est assurée par une
photosynthèse maximale, grâce à un nombre élevé de feuilles par longueur de tige. Ceci
se traduit par une forte augmentation du nombre de noeuds par centimètre de tige ;
- une fois atteinte la surface de l'eau, les jussies forment de longues tiges avec des entre-noeuds
plus longs. Elles produisent de nombreuses ramifications qui leur permettent de
s'étendre en surface et d'utiliser le maximum de lumière ;
- lorsque les herbiers deviennent denses et que la compétition pour la lumière est forte, les
plantes se développent au-dessus de la surface de l'eau. Les feuilles immergées ne
reçoivent plus assez de lumière pour rester fonctionnelles et tombent.
Des suivis de croissance sur la Sèvre niortaise dans le marais poitevin 31 permettent de
reconstituer le cycle annuel d'un herbier installé. Ce cycle dépend des conditions
climatiques (ensoleillement, température...) et des courants.
La phase de croissance est plus longue en région méditerranéenne que dans les marais
poitevins, du fait du réchauffement de l'eau plus précoce (cf schéma).
Les deux espèces ont un cycle de croissance légèrement décalé, comme l’ont montré les
suivis de végétation menés sur le site du Scamandre. Le recouvrement de L. peploides est
proche de ses valeurs maximales estivales dès le mois de juin, alors que L. grandiflora
n'atteint son maximum qu'à partir de la mi-août 27 .
La croissance des jussies est vigoureuse lorsque la teneur en eau du sol n'est pas un facteur
limitant.
Des essais menés en conditions contrôlées ont montré que la biomasse de Ludwigia double
rapidement :
- tous les 23 jours pour L. peploides en conditions expérimentales aux Etats-Unis 40 . La
biomasse est principalement constituée par l'appareil épigé* puisque les feuilles en
constituent environ 50 %, contre moins de 20 % pour les racines ;
- entre 11 et 17 jours en zone atlantique française 8 .
En conditions naturelles dans les Landes, la croissance par extension des tiges couchées est
de l'ordre de plusieurs mètres en 1 saison. Ainsi, la jussie a colonisé l'étang du Turc
(Landes) en moins de 5 ans, d'abord par quelques pieds enracinés entre les touffes de carex,
puis sous la forme d'herbiers de quelques m 2 , pour ensuite dépasser 1 ha 20 .
La production mesurée est de 10 à 20 tonnes de matière sèche/ha 3 . Ces chiffres peuvent
varier fortement d'un site à l'autre, selon les conditions écologiques (courant, température,
nutriments) et le stade de développement de l'herbier. Un minimum de 12 kg/ha a été
mesuré en rivière à Bénévent (Dordogne) et un maximum de 34 tonnes/ha sur un
peuplement bien installé dans le marais d'Orx (Landes)8 , en cumulant la biomasse de
l'année et la litière.
Pour un même site et avec des conditions de milieu identiques, il existe également une
variabilité d'une année sur l'autre, en fonction des conditions climatiques (un printemps
doux favorise la croissance, de fortes pluies peuvent entraîner des crues défavorables à
l'herbier…).