Répartition géographique
La répartition des plantes envahissantes* est une donnée importante. Elle permet par exemple :
- d'estimer si l'espèce est toujours en phase de colonisation ou s'est stabilisée,
- d'évaluer les risques au niveau régional ou local.
La présence des jussies est ancienne dans les voies d'eau et certaines zones humides du
Languedoc, puisqu'elle est signalée 33 dès 1835 sur les rives du Lez à Montpellier (Hérault).
Elles ont été introduites d'Amérique du Sud, d'où elles sont originaires, de manière
accidentelle par le lavage de coton importé qui contenait des graines, et propagées pour
leur qualité ornementale.
La jussie a été signalée 6 sur les berges du Tarn en 1950, avant une extension vers la façade
atlantique, probablement grâce aux mouvements des bateaux sur le canal du Midi, mais
également à la faveur d'implantations locales.
Le développement récent, depuis les années 1970 est net à l'échelle de la France 30 - 24 - 44 , et
ne peut résulter seulement de diffusions à partir des zones déjà envahies. De nouvelles
introductions ont encore lieu aujourd'hui, probablement à partir de plantes
commercialisées. Ainsi, malgré leur mise à jour, les cartes deviennent vite obsolètes…
Les confusions fréquentes entre les deux espèces de jussie ne permettent pas d'analyser le
rôle des facteurs environnementaux ou historiques dans leur répartition spatiale. L'histoire
de la colonisation est incertaine, les deux espèces semblant se succéder sur certains sites.
Les jussies sont présentes :
- dans les étangs, marais, cours d'eau et prairies humides de rive de la façade atlantique
depuis les Landes, le Poitou, la Vendée, la Loire-Atlantique, la Bretagne ;
- dans le Bassin de la Seine, la Somme, le Nord et jusqu'en Belgique et aux Pays-Bas ;
- en Lorraine et en Champagne depuis peu (Dutartre A., comm.pers);
- dans l'Isère, l'Auvergne, la Drôme et les Alpes-Maritimes ;
- sur plusieurs grands fleuves ou rivières comme la Garonne, la Loire, le Rhône, la Durance
le Gardon, l'Hérault… ;
- dans les marais littoraux méditerranéens.
Ludwigia grandiflora est également mentionnée 4 dans le delta de l'Ebre en Catalogne.
Répartition de la Jussie en France
En raison d'un manque d'information sur les problèmes qu'elles posent, les jussies
continuent d'être introduites intentionnellement.
Deux raisons principales peuvent expliquer ces introductions répétées :
- l'intérêt ornemental : Ludwigia grandiflora est proposée dans de nombreux livres et revues
récents (2001) ayant pour objet la création de plans d'eau dans les jardins, avec mention
de son développement important mais sans préciser son caractère envahissant. Cette
"publicité" engendre une demande du public que les horticulteurs et revendeurs
cherchent à satisfaire, d'autant que la plante est facile à cultiver ;
- l'intérêt piscicole : l'installation d'herbiers de jussie dans les plans d'eau a alors pour
objectif de favoriser la croissance et la reproduction des poissons 25 .
Dans les zones humides de la région méditerranéenne, Ludwigia grandiflora et L. peploides
ont connu une extension considérable depuis 1970 30 - 27 . Au cours de cette période, la
gestion des marais a été progressivement modifiée par des apports massifs d'eau douce en
été, que ce soit pour l'agriculture et notamment la riziculture, la chasse, ou la gestion des
oiseaux d'eau. Ces nouveaux modes de gestion ont provoqué la disparition de la période
de stress hydrique estival et simultanément, une désalinisation des sols et des eaux
superficielles, deux facteurs très favorables au développement des jussies.
Enfin, les connexions hydrauliques entre les marais par les canaux ont été multipliées,
favorisant également la propagation des plantes aquatiques.
L'extension des jussies se poursuit actuellement à vive allure, avec en particulier une
contamination quasi généralisée des marais camarguais et littoraux.
Une cartographie des peuplements de jussie a été effectuée en 1997 par l'Entente
Interdépartementale pour la Démoustication (EID Méditerranée) par des relevés de terrain
à l'échelle du 1/50 000 e . Sa mise à jour, envisagée avec un pas de temps de 5 ans, débutera
donc en automne 2002.