Le pâturage est une activité traditionnelle sur les zones humides méditerranéennes. Outre
son intérêt économique agricole, il est considéré dans beaucoup de zones protégées comme
un moyen de gestion, permettant la conservation de milieux ouverts.
Sur chacun des 3 sites du réseau, des conventions sont établies avec les éleveurs, précisant
pour chaque parcelle le chargement*, ainsi que la période et la durée d'utilisation. Les
troupeaux de races rustiques camarguaises, bovine et équine, sont divisés en lots. La
rotation entre les parcelles est définie en fonction de la ressource alimentaire et du niveau
d'eau.
Photo R. Rupuy de la Grandrive - SPN Agde
Le pâturage peut agir de plusieurs manières sur la végétation :
soit de manière directe par la consommation sélective des végétaux appétents*, tels que
le roseau, le scirpe maritime ou le chiendent d'eau (Paspalum paspaloides)36 ;
soit de manière indirecte, en influant sur les phénomènes de compétition interspécifique,
par le biais de plusieurs facteurs :
- l'intensité du pâturage et du piétinement, le type d'animaux qui pâturent, la période ;
- la composition floristique, le recouvrement relatif des espèces, la résistance des
végétaux à l'abroutissement* ;
- d'autres facteurs liés à la gestion, comme les niveaux d'eau, par exemple en été.
Dans le cas des jussies qui ne sont pas consommées, le pâturage a 2 types d'effets favorables
à leur développement :
la consommation limite la densité et la hauteur des espèces concurrentes ;
le piétinement favorise le transport des boutures et crée des "niches" supplémentaires,
favorables à leur enracinement.
C'est pourquoi l'arrêt du pâturage peut constituer une technique permettant de limiter le
développement des jussies en favorisant les compétitions interspécifiques.
Dans ce contexte, la mise en eau estivale doit être limitée pour favoriser les espèces pouvant
concurrencer la jussie 28 . Les conditions écologiques (humidité du sédiment, profondeur de
la nappe) sont particulièrement importantes à suivre pendant toute la saison de croissance
de la jussie, pour analyser les facteurs influençant le développement de la végétation.
Un protocole a été mis en place sur des exclos non pâturés au Scamandre mais les résultats
sont encore trop fragmentaires pour être présentés dans ce document.
Le pâturage peut entraîner des effets négatifs sur la gestion des espèces ou des milieux 36 , selon différents facteurs tels que l'intensité, la durée, la période… :
pourrissement et mort des végétaux lorsqu'ils sont coupés ou broutés sous la surface de
l'eau ;
arrêt de croissance du roseau lorsque le méristème* est brouté ;
épuisement des tubercules pour le scirpe ou des rhizomes pour le roseau ;
décalage des cycles annuels de certaines plantes, comme le scirpe maritime ou l'iris faux-acore
et moindre production de graines ;
Pour le gestionnaire de milieux naturels, le pâturage n'entraîne pas de coûts directs et
constitue plutôt une source de revenus lorsqu'il est pratiqué dans le cadre d'une économie
agricole. Il faut toutefois tenir compte du temps passé par le gestionnaire, pour négocier,
mettre en place les conventions et suivre leur bonne application pendant l'année.
L'arrêt du pâturage dans un objectif de lutte contre la jussie peut engendrer des difficultés
pour les éleveurs par perte d'espaces pastoraux. Ces pertes peuvent être particulièrement
sensibles dans la zone bénéficiant de l'appellation "AOC Camargue", dont le cahier des
charges oblige à pâturer en zone humide pendant 6 mois.