LA LETTRE DE L'ENVIRONNEMENT
en Languedoc-Roussillon N°20


AGRICULTURE ET ENVIRONNEMENT
EN LANGUEDOC-ROUSSILLON



Plutôt que de simples jardiniers de la nature, les agriculteurs sont depuis toujours les architectes de notre environnement.
Devant la déprise agricole, ils gèrent de plus en plus difficilement l'espace et les paysages. Les déchets leur posent également problème, qu'ils soient issus de leurs propres productions ou provenant des villes environnantes.
Enfin, qu'en est-il des pollutions par les nitrates et les produits phytosanitaires ?
A l'occasion des sixièmes Assises de l'environnement consacrées à l'agriculture et ses défis, La Lettre de l'environnement prend le pouls du monde agricole.



DES AGRICULTEURS SOUCIEUX DE LA TERRE ET DE L'ESPACE

Tout pourrait commencer par un chiffre qui fait frémir : la part des actifs agricoles en France est passée de 20% à 5% en trente ans. Le nombre d'exploitations se réduit tous les jours et 300 000 agriculteurs de plus partiront à la retraite d'ici l'an 2000. Le Languedoc-Roussillon n'échappe pas à ce phénomène qui menace de transformer nos campagnes en terres brûlées ou déserts sans âme. Cette modification des territoires ruraux a entraîné de nombreux problèmes comme la fermeture des milieux dans l'arrière-pays, avec pour corollaire une progression de la friche et de la forêt. Bien entendu, tout cela augmente les risques d'incendies, d'érosion et diminue la biodiversité animale et végétale, si riche dans notre région. Ceci est d'autant plus paradoxal que cette désertification s'est doublée d'une concentration urbaine qui engendre les désordres inverses. L'intensification de l'agriculture, bien souvent près des zones littorales, entraîne une pollution par les produits phytosanitaires, engrais azotés et autres intrants qui migrent vers les zones phréatiques. Alors, comment rééquilibrer tout cela ? Comment réaménager cet espace ?
Depuis de nombreuses années, un dispositif liant agriculture et environnement est mis en place dans notre région. Il délivre aux agriculteurs des indemnités qui représentent le surcoût de la gestion de l'environnement. Cela aide par exemple l'éleveur de Meyrueis qui protège son massif contre les incendies en faisant pâturer ses brebis ; le viticulteur faugérois qui reconstruit des murets autour de ses vignes et embellit le paysage ; ou encore le maraîcher d'Aigues-Mortes qui se reconvertit à l'agriculture biologique et diminue du coup les intrants sur son exploitation... Un effort est également entrepris par les agriculteurs et les pouvoirs publics pour développer des productions de qualité. Qu'il s'agisse de culture (oignon doux des Cévennes par exemple) ou d'élevage (Rosée des Pyrénées par exemple), on cherche à vendre des produits à haute valeur ajoutée qui permettent aux agriculteurs d'obtenir un revenu décent. Il leur donne la possibilité de vivre dans des zones quelquefois défavorisées et donc de reconquérir l'espace.


L'élevage change, les causses sont menacés

D'un massif à l'autre, on essaie de réhabiliter certaines pratiques agricoles peu à peu abandonnées. C'est le cas sur les grands causses méridionaux constituant le plus vaste ensemble de pelouses sèches en France. Aujourd'hui, ils sont menacés et nécessitent des actions de protection.
En effet, depuis la préhistoire, les activités agricoles et pastorales contribuaient à la gestion de ces milieux caussenards. Autrefois, les troupeaux étaient conduits et gardés par des bergers. En dirigeant les moutons sur certains parcours et en détruisant les arbustes colonisateurs (buis, genévrier), ils maintenaient le milieu ouvert. Or, petit à petit, des espaces de pâturage ont été progressivement abandonnés au profit des broussailles et du reboisement. Les cultures se sont concentrées sur les terres les plus riches, dans les bas-fonds. Les exploitations ont changé (elles sont moins nombreuses mais plus grandes), les pratiques agricoles ont évolué (utilisation d'engrais et de produits phytosanitaires), la transhumance a quasiment disparu et les troupeaux sont maintenant gardés en parcs clôturés. Ainsi, sur certaines zones, la forêt se réinstalle et le risque d'incendie augmente. De même, les milieux se ferment provoquant l'appauvrissement de la diversité biologique. Les premiers concernés par cette menace sont la faune et la flore des causses. Ces derniers abritent en effet des espèces végétales et animales très rares, qui ne peuvent se maintenir que sur ce type de milieux ouverts. Citons le busard cendré, qui niche sur le Larzac, le crave à bec rouge, le triton marbré... Il y a aussi l'apollon, papillon symbole des massifs montagneux, le sabot de vénus, magnifique orchidée en voie de disparition ou encore l'ophrys de l'Aveyron.


LIFE, UN AMBITIEUX PROJET POUR LA VIE

Un vaste projet (associant le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, cinq Départements, de nombreuses associations environnementales, le Parc naturel régional des grands causses...) est lancé pour la protection des milieux caussenards. Fédéré par le programme européen Life (L'Instrument Financier pour l'Environnement), ce processus à visée écologique a permis un certain nombre d'opérations sur les causses du Languedoc-Roussillon. "Débroussaillage et gyrobroyage ont été initiés pour supprimer des bosquets de buis et de genévrier, afin de retrouver ces landes claires à cheveux d'ange, que l'on appelle aussi les pellencs. De même, des recommandations de parcours des pâturages ont été formulées à l'adresse des agriculteurs pour que l'entretien se fasse ensuite tout seul. Près de 23 sites d'expérimentations ont été lancés chez quelques 21 éleveurs. A terme, ce sont près de 5.000 hectares de milieux ouverts qui devraient être restaurés", explique Marc Dimanche, ingénieur au Sime (Service Interchambres d'Agriculture Montagne Elevage). Pour savoir si ce travail de remise en place des pelouses sèches porte ses fruits, un suivi ornithologique est actuellement mené. Il observe si les espèces caractéristiques des milieux ouverts les recolonisent, comme la mésange charbonnière, l'alouette des champs ou le bruant zizi.
Parallèlement à cette reconquête des milieux ouverts, d'autres actions spectaculaires sont menées sur le causse. Par exemple, l'association Takh a pu acquérir avec l'aide de la SAFER et du fonds mondial pour la nature (WWF), une propriété de 312 ha sur le causse Méjean (autour du hameau du Villaret). Son objectif est de créer et de maintenir un troupeau naturel de chevaux de Przewalski dans un milieu steppique européen. Ce projet inaugure ainsi un autre type de gestion de l'espace par un herbivore sauvage menacé au niveau mondial.


La même forêt qu'au XVème siècle

Tout autour des causses et quelquefois jusqu'au littoral, la forêt se dresse, plus fournie que jamais. Pourtant, au cours des siècles précédents, elle a subi d'importants dommages. "Lorsque le voyageur venant du Nord pénètre pour la première fois dans le Midi, il est désagréablement affecté par la nudité du sol et l'aridité des collines calcaires... Il ne voit que terres désertiques, roches nues comme des murailles, parmi lesquelles l'œil cherche en vain un arbre qui fournisse un peu d'ombre et de fraîcheur". C'est en ces termes que Charles Flahaut décrivait notre région en 1893 ! Les propos de ce célèbre naturaliste sont révélateurs quant à l'évolution de notre biotope. Autrefois, les fours des verriers, les potiers, et surtout les charbonniers, les activités métallurgiques (présentes jusqu'au 19ème siècle en Languedoc-Roussillon)... avaient fini par déboiser passablement notre région. Aujourd'hui, c'est l'inverse. On l'a vu : l'exode rural, la déprise agricole se sont traduits par une désertification des campagnes. L'embrousaillement et le boisement naturel de vastes zones ont pris le relais. La forêt gagne tous les jours du terrain en Languedoc-Roussillon. Ainsi, depuis le début du siècle, la superficie boisée de notre région est passée de 400.000 hectares à 900.000 (soit actuellement 34% de la surface). Elle a donc plus que doublé, rejoignant le taux de boisement que l'on connaissait au 15ème siècle ! Ce développement des forêts n'est satisfaisant pour personne : ni pour le sylviculteur (peuplements médiocres, risques d'incendies), ni pour l'éleveur (disparition des pâturages), ni pour le promeneur (paysage monotone et impénétrable). Mais les forestiers réagissent contre cet état de fait. Ils font d'importants efforts pour améliorer les forêts et adoptent des innovations techniques et économiques très prometteuses comme l'agroforesterie.


L'agroforesterie : concilier cultures et forêts ?

Cette technique consiste à associer sur une même parcelle une plantation d'arbres et une production agricole avec des cultures intercalaires. Elle permet en particulier de mettre en valeur des terres abandonnées. Côté forêt, un bois de très haute qualité est généralement recherché pour l'ébénisterie ou le tranchage. En fonction des conditions climatiques et géologiques, les essences proposées sont multiples : noyer, cormier, poirier, alisier ou encore en altitude, merisier, érable... A terme, ces productions pourraient être un substitut aux bois tropicaux que nous importons en masse. Quant aux cultures intermédiaires, pâturages, fourrages, blé, vigne, asperges... constituent sous nos latitudes méditerranéennes les productions de choix. Une parcelle agroforestière concilie donc des objectifs de patrimoine (constitution d'un capital sous forme d'arbres) et des objectifs de revenu immédiat (production annuelle des cultures intercalaires). "Avant de s'engager tête baissée dans un plan agroforestier, l'exploitant doit intégrer dans son approche les avantages et les inconvénients d'un tel style de culture. Mais de nombreux points positifs peuvent le décider : dans les parcelles agroforestières, les arbres bénéficient d'un environnement maîtrisé par l'activité de culture intercalaire et les coûts d'entretien du boisement sont fortement réduits. De cette manière, on diminue les risques d'incendie. La surveillance et le soin des arbres sont facilités grâce aux larges espacements. Ces derniers apportent un effet brise-vents, il y a aussi une limitation de l'érosion", explique Alain Guiraud, directeur du Centre régional de la propriété forestière. De même, la révolution des arbres (durée entre la plantation et la récolte) est plus courte en agroforesterie qu'en forêt. Le dernier point à souligner est d'ordre esthétique. Des peuplements agroforestiers constituent des parcs arborés ouverts, dont l'impact paysager est vécu en général positivement. "Pour un particulier qui désire reboiser son terrain sous forme agroforestière, le coût initial est d'environ 8.000 francs à l'hectare, ce qui n'est pas excessif". De nombreuses parcelles agroforestières ont été installées depuis dix ans en Languedoc-Roussillon sur des terrains privés. Pour les vingt prochaines années, les spécialistes prévoient dans notre région un reboisement des terres agricoles de 1000 hectares par an. Une large part pourrait être réalisée sous forme agroforestière.


DES PLAINES AGRICOLES BIEN SOUVENT TRANSFORMEES EN FRICHES

Pour retrouver vie et harmonie, les friches agricoles auront bien besoin de ces nouvelles techniques d'aménagement. Localisées principalement dans les plaines du couloir languedocien et du Roussillon, leur surface s'accroît. Dans le cadre de la mutation qualitative des vins de notre région, ce sont 120 000 hectares de vignes qui ont ainsi disparu entre 1985 et 1995. Il en résulte des paysages déchirés, désertés où les "ermes" progressent rapidement. On estime à 25 000 hectares la surface actuellement en friche sur l'ensemble des zones viticoles de la région. Cet abandon des terres, présage d'un développement anarchique, peut compromettre les atouts touristiques du Languedoc-Roussillon. Ceci est d'autant plus dommage qu'à côté de certaines friches particulièrement étendues, l'espace régional abrite des zones de culture intensive, comme les plaines maraîchères et arboricoles du sud du Gard, de l'est de l'Hérault, de l'est des Pyrénées-Orientales ou encore les cultures céréalières de l'ouest de l'Aude.


Un département méditerranéen plus riche qu'un pays d'Europe du Nord

Cette reconquête des friches devient aussi une nécessité en terme de biodiversité. L'exemple de la pie-grièche à poitrine rose est à ce titre exemplaire. Cet oiseau en voie de disparition a trouvé un allié dans les vignerons du Pays d'Ensérune. Depuis trois ans, ils ont entrepris de sauvegarder son habitat qui se dégrade. "En effet, cet insectivore aime les herbes rases pour se nourrir et les haies pour se protéger. Or, les friches en extension dans ce secteur (dues à l'arrachage des vignes) ont raréfié ce biotope. Pour y remédier, un millier d'arbres ont été plantés. De même, sur les friches de Fleury d'Aude et Lespignan, des éleveurs bovins ont été installés. Ils permettent de restaurer les prairies de l'habitat de la pie grièche. De récents comptages nous montrent que sa population se stabilise", explique Michel Bataille, président des coteaux des vignerons du Pays d'Ensérune.
La pie grièche à poitrine rose n'est pas un cas isolé. Il faut savoir qu'un département méditerranéen compte plus d'espèces animales et végétales qu'un pays d'Europe du Nord. Cette sureprésentation des espèces faunistiques et floristiques est liée à la grande variété de nos milieux naturels. Bon nombre d'entre elles nécessitent d'ailleurs des habitats particuliers qu'il faut préserver (sur les 3200 espèces végétales de la région, 20 sont endémiques, c'est à dire présentes nulle part ailleurs au monde). Certaines des espèces de notre région font aussi l'objet d'un travail de conservation génétique très intéressant. "C'est par exemple le cas du Pin de Salzmann, que l'on trouve dans certains coins comme Saint-Guilhem-le-désert ou Bessèges, dans les Cévennes gardoises. Des travaux d'identification très précis sont menés sur cet arbre. Pour cela, on observe sa morphologie (aiguilles, bourgeons...) et certaines molécules comme les terpènes qui diffèrent d'un conifère à l'autre. Il est ensuite soigneusement cartographié puis cloné. Par reproduction végétative, on multiplie en pépinière les écotypes de Pins de Salzmann spécifiques au Languedoc-Roussillon", expliquent Jack Royer et Jean-Louis Calvet de la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt.


Avant tout, faire revivre les zones rurales

De nouveaux procédés de gestion du territoire s'organisent, des idées originales voient le jour... Mais finalement, l'aménagement de notre espace ne passe-t-il pas d'abord par une reconquête pure et simple des campagnes par le monde agricole et rural ? L'installation d'un agriculteur permet la création de cinq emplois en moyenne... La Région Languedoc-Roussillon l'a bien compris en étant la première en France à signer une ambitieuse charte à l'installation. Celle-ci offre une batterie de mesures et d'outils destinés à favoriser la mise en place des jeunes agriculteurs sur le sol de notre région. "Nous obtenons depuis des résultats excellents. Par exemple, de mai 97 à mai 98, nous avons enregistré une augmentation de + 20% des installations de jeunes agriculteurs en Languedoc-Roussillon, alors que la moyenne nationale était de - 6% dans le même temps", explique Francis Cabaud, du Centre régional des jeunes agriculteurs. Ensuite, pour pérenniser leurs exploitations, les agriculteurs ont compris que dans certaines zones difficiles, c'est vers d'autres emplois qu'ils devront se tourner. "L'abeille butine sur toutes les fleurs", explique avec malice André Delmas, président du Sime. "Dans les campagnes, c'est à travers une pluri-activité que les gens tireront leur épingle du jeu. Par exemple, le tourisme devient de plus en plus une activité rémunératrice indispensable". Effectivement, l'agritourisme (accueil à la ferme, chambres d'hôtes, ferme-auberge...) se développe rapidement dans les zones rurales et déjà près de 15 000 exploitations l'ont mis en pratique en France. Même si ils continuent assidûment à fréquenter le littoral, 54% des touristes déclarent préférer maintenant la montagne et la campagne à la mer. "Si la France est la première destination touristique mondiale, elle le doit certes à la richesse de son patrimoine naturel, mais aussi à la beauté de ses sites. Elle a su conserver la splendeur de ses paysages et la richesse de ses terroirs grâce à ses agriculteurs. Nous devons continuer dans ce sens-là", s'exclament les agriculteurs qui se sont lancés dans le tourisme.


LA BIODIVERSITE, UNE ASSURANCE SUR LA VIE

En Languedoc-Roussillon comme ailleurs, les changements globaux à l'échelle planétaire (climat, eau et surtout la démographie galopante de l'espèce humaine) affectent profondément la diversité biologique (ou biodiversité). André Charrier, responsable de l'unité de recherche d'amélioration des plantes à l'INRA-AGRO Montpellier, explique ce qui se cache derrière ce terme : "La biodiversité est constituée par l'ensemble des organismes vivants sur notre planète : animaux, plantes, microorganismes, arbres forestiers... Que ce soit pour la cueillette, la chasse, la pêche..., l'homme a toujours puisé dans ce réservoir. Malheureusement, il a tendance à se réduire comme peau de chagrin". Ce scientifique explique aussi que le terme de biodiversité est devenu populaire depuis le sommet de Rio qui s'est tenu en 1992. Depuis cette date-là, le grand public a pris encore plus conscience que le vivier naturel dans lequel il puisait ne se renouvelait pas en permanence. La nature est trop exploitée, elle est perturbée par les évolutions climatiques, la pollution, les incendies, l'urbanisation, l'explosion démographique, le développement industriel... Des espèces disparaissent, d'autres évoluent... D'où l'intérêt de la protéger et de la conserver précieusement. "Dans la région, nous avons des exemples pratiques et concrets de protection de la biodiversité, notamment en ce qui concerne les espèces végétales. L'INRA et l'AGRO Montpellier veillent ainsi sur un véritable trésor : la collection de vignes la plus complète du monde !". Effectivement, plus de 3.000 cépages, quelques 5.000 clones de Vitis vinifera sont identifiés et conservés sur le domaine de Vassal, à Marseillan. C'est une véritable "mine" génétique dans laquelle puisent les chercheurs pour imaginer moult croisements, afin de créer des porte-greffes et des souches tolérantes aux maladies de la vigne.


Des produits bio à Internet

Autre piste dont peut tirer parti le monde agricole : le "label nature" très en vogue. Le consommateur accorde de plus en plus d'intérêt au terroir, à l'origine, à la manière de produire. Exigences de garantie, de sécurité, de transparence ont été renforcées par la crise de la vache folle. Produits bio et fermiers ont fait aussi une progression spectaculaire. C'est un marché important qui s'ouvre aux zones rurales, d'autant plus que la demande ne cesse d'augmenter. La France est d'ores et déjà le premier producteur de produits bio en Europe. Enfin, de manière plus pratique, l'isolement rural se rompt peu à peu grâce aux nouveaux axes routiers mis en place dans le cadre de l'aménagement du territoire. Depuis peu, ce sont les techniques modernes de la communication qui facilitent le retour ou le maintien des ruraux dans leurs campagnes. L'ordinateur, comme le fax ou le téléphone, abolissent les distances. L'ordinateur a envahi les fermes pour la gestion et la comptabilité mais sert maintenant à se connecter avec la planète entière. Grâce à Internet, l'agriculteur d'un hameau cerdan peut accéder à des informations pointues et dialoguer avec le bushman australien, le céréalier de l'Arkansas ou l'éleveur suisse. On estime à 4000 le nombre d'agriculteurs qui y ont déjà recours. Si vivre en zone rurale comporte des inconvénients que certains ne sont pas encore prêts à franchir, la France des campagnes est aujourd'hui moderne, inventive et en prise avec le monde. On ne peut que l'encourager.


MARIAGE DE PLUS EN PLUS DIFFICILE
POUR LE COUPLE PESTICIDES-ENVIRONNEMENT

Conséquence de l'évolution des modes de production et de consommation, les déchets produits dans le monde développé ne cessent de croître en quantité, en nocivité et en complexité. L'agriculture moderne n'échappe pas à ce phénomène. Elle utilise notamment des produits phytosanitaires qui ont un important potentiel de toxicité et de nuisance pour la santé humaine et l'environnement. Viticulture, arboriculture et maraîchage obligent, le Languedoc-Roussillon est particulièrement concerné par l'utilisation de ces phytos. La consommation moyenne de pesticides est d'environ 28 Kg/ha dans notre région contre une moyenne française de 12 kg/ha, soit plus du double... Pour limiter les quelques 18 000 tonnes de phytos utilisés chaque année sur nos sols languedociens et roussillonnais, diverses initiatives voient le jour.


Une charte Sud Nature qui porte ses fruits

En décembre 96, 140 arboriculteurs du sud de la France s'engageaient dans une charte ambitieuse baptisée Sud Nature. Il s'agissait de mettre en place une production de fruits minimisant l'utilisation de produits agro-chimiques. Cofruid'oc, coopérative basée à Saint-Just, dans l'Hérault, a adhéré à cette charte et applique désormais un cahier des charges soigneusement détaillé. Aujourd'hui, ses 20.000 tonnes de pommes et ses 500 tonnes de pêche sont cultivées d'une façon différente. Un virage pour les 50 arboriculteurs adhérents à cette charte. "Dorénavant, nous rejetons les traitements phytosanitaires systématiques et aveugles. On sait en effet qu'ils jouent sur l'apparition de souches résistantes dans les populations de ravageurs. Cela tue aussi la faune auxiliaire, cela entraîne des risques sur l'environnement du verger, à savoir les parcelles voisines, les nappes phréatiques... Maintenant, par exemple, on ne fait qu'un traitement acaricide par an quand on en faisait trois les années précédentes, et ceci pour un même résultat", explique Georges Fandos, responsable des services techniques à Cofruid'oc.
A côté, d'autres techniques plus écologiques sont menées, comme la fertilisation raisonnée, l'enherbement entre les rangs, la lutte biologique, une irrigation maîtrisée... Une initiative qui porte ses fruits et que tous les producteurs, après une formation de huit jours, appliquent à la lettre. Elle leur permet d'apposer le label Sud Nature sur leurs cageots de pêches et de pommes, gage de respect de l'environnement et du consommateur.
D'ores et déjà, Cofruid'oc va étendre cette charte à d'autres productions, comme les asperges. En viticulture, de nombreuses initiatives sont également prises en ce sens dans la région et permettent de limiter l'apport des intrants chimiques sur nos sols.


Améliorer les conditions d'utilisation des pesticides

Mais si les agriculteurs choisissent de diminuer l'apport de produits phytos, ils doivent aussi améliorer la façon de les utiliser. Ainsi, la réglementation sur les matériels de pulvérisation se durcit régulièrement. "Ceci est très important car aujourd'hui, l'état du parc de pulvérisateurs en France est inquiétant. Toutes les enquêtes menées à ce sujet font apparaître que dans le meilleur des cas, 30% des appareils sont aptes à assurer une bonne utilisation", note Claude Vernet de l'Institut technique de la vigne et du vin."Ainsi l'agriculteur, d'ici peu de temps, devra comme l'automobiliste faire contrôler régulièrement son matériel d'application afin de prouver qu'il est en bon état et en mesure de diffuser les phytos dans de bonnes conditions". De même, on ignore bien souvent que dans les pays du Nord, il existe des journées de formation pour les agriculteurs à l'issue desquelles on leur délivre un véritable "permis pour pulvériser".
La récente opération Phytomieux est née de cette même volonté de sensibiliser les agriculteurs aux bonnes pratiques phytosanitaires. "En partenariat avec tous les acteurs de la filière, on cherche à améliorer l'efficacité des matériels, à développer les outils d'aide à la décision pour les traitements, à mieux éliminer les reliquats et les emballages...", explique Aude Simoens, animatrice de la fédération régionale des Cuma.
"On rappelle aussi certaines précautions de base lors des traitements : éviter les débordements de cuve, ne pas traiter près des points d'eau, traiter par temps calme...".
Citons enfin l'opération "Rincer, c'est gagné", lancée par de nombreuses organisations professionnelles agricoles de la région. Elle consiste à inciter au rinçage des emballages vides de phytos (qui peuvent contenir jusqu'à 5% du produit), afin d'éviter les risques d'intoxication ou d'accidents.
L'agriculteur gagne également en efficacité puisque ce rinçage lui permet de récupérer l'intégralité des matières actives, et cela limite surtout la pollution du milieu naturel.


Interdire certaines molécules dangereuses

Pour aller encore plus loin dans la protection de notre environnement, le législateur a récemment décidé de limiter l'usage de certains produits phytosanitaires. Il faut dire que de nombreuses études demandées par le ministère de l'environnement ont tiré la sonnette d'alarme. En effet, les plans de surveillance des résidus dans les denrées alimentaires ont montré que les limites maximales de produits agro-chimiques fixées par la réglementation étaient bien souvent dépassées. Ainsi, un plan de lutte contre la pollution des sols, de l'air et de l'eau par les phytosanitaires a interdit, dans certaines conditions, les molécules les plus anciennement commercialisées (certaines datent des années 50), comme l'atrazine, la simazine, le lindane, le diuron, le diquat, le paraquat... Toutes ces mesures, même si elles gênent momentanément leurs utilisateurs, leur permettront de transmettre une terre propre et saine à leurs enfants. Ceci n'a pas de prix.
Un problème similaire se pose avec les nitrates. Certes, le Languedoc-Roussillon ne possède pas de zones où se concentrent élevages intensifs comme en Bretagne ou d'immenses plaines céréalières comme en Beauce. Mais ça et là, certaines pollutions par les nitrates ont été enregistrées, bien souvent liées à l'épandage d'engrais azotés. Par exemple, dans l'Aude, différents cours d'eau de La Piège ont affiché des doses de nitrates supérieures aux 50 mg/l autorisés. Depuis quelques années, des efforts sont donc entrepris par la profession agricole pour limiter ces concentrations. Les céréaliers de cette zone fractionnent dorénavant l'azote. "Au lieu d'apporter en une seule fois les engrais, on les épand maintenant à différentes dates soigneusement étudiées. Grâce à cette technique, non seulement on limite le lessivage de l'azote, mais on augmente en plus le rendement du blé", explique Claire Ponthus, de l'unité agronomie environnement de la Chambre d'agriculture de l'Aude. Même combat pour les élevages hors-sol de la zone (porcs, dindons...). Au lieu de déposer le fumier (1 tonne contient 20 kgs d'azote) au même endroit, les éleveurs choisissent de l'éparpiller dans des lieux moins sensibles. Tous ces efforts payent car la baisse des nitrates est effective depuis 1993 sur les deux bassins de La Piège, à savoir la Vixiège et l'Hers-Mort.


AGROPOLIS, CENTRE D'EXCELLENCE EN LUTTE BIOLOGIQUE

Pour protéger notre environnement et limiter l'apport de produits phytosanitaires, la lutte biologique est une voie d'avenir. Le Languedoc-Roussillon, à travers Agropolis, a pris une option nette en sa faveur. Il est devenu un des leaders mondiaux de la recherche en lutte biologique. L'histoire commence il y a 30 ans. Devant l'ampleur que prenait l'invasion des mauvaises herbes venues de Méditerranée, les Australiens avaient envoyé dans le sud de la France des chercheurs pour trouver un ennemi naturel de ces plantes. Le site s'était révélé parfait, disposant d'un environnement scientifique et agronomique hors pair. Le CSIRO, qui est l'organisme national de recherche en Australie, a donc décidé d'y implanter un centre (sur le campus Agropolis de Baillarguet). Ensuite, les Etats-Unis s'y sont aussi installés, à travers l'USDA qui est le service de recherche du département fédéral de l'agriculture américaine. On trouve également beaucoup d'organismes de recherche français (CIRAD, CNRS, INRA, ORSTOM, Université Montpellier II...). "Toute cette infrastructure a donné naissance au CILBA (Complexe International de Lutte Biologique d'Agropolis), qui est ainsi un des premiers centres mondiaux de recherches sur la lutte biologique, en quantité de chercheurs (200 environ), de sujets étudiés et de pays impliqués... Enfin, tout dernièrement, le complexe Agropolis a accueilli en son sein le secrétariat permanent de la prestigieuse OILB (Organisation internationale de lutte biologique)", explique Pierre Ferron, responsable du CILBA.


DU CARPOCAPSE A L'OÏDIUM

On peut donner quelques exemples de lutte biologique liés aux problèmes rencontrés par les agriculteurs de la région. Un important travail est lancé depuis de nombreuses années sur le carpocapse, un petit papillon qui dépose ses oeufs sur les feuilles de pommier. Ces oeufs se transforment ensuite en vers qui rongent les pommes. Pour éviter les dégâts de ce ravageur, les chercheurs ont recours à des phéromones artificielles qui entraînent une confusion sexuelle chez le mâle. Il ne peut plus trouver la femelle, laquelle n'est point fécondée et pond des oeufs stériles. Ces phéromones sont répandues par de petits disperseurs disposés tout au long du verger. C'est un exemple de lutte biologique qui fonctionne bien.
Un deuxième exemple, celui de l'oïdium. Ce champignon parasite de la vigne pose de plus en plus de problèmes aux viticulteurs, à tel point qu'ils traitent maintenant de début avril jusqu'au mois d'août. On observe beaucoup de souches résistantes aux fongicides utilisés dans le commerce. Or, les chercheurs ont mis au point un produit de lutte biologique qui marche fort bien. Il s'agit d'un autre champignon qui attaque sélectivement l'oïdium. On le produit en masse dans des fermenteurs, ensuite on le formule (il est présenté sous forme de spores) et on le "saupoudre" sur le vignoble. Quelques grammes de spores sur un hectare suffisent pour protéger très efficacement la vigne. Pour l'instant, ce biopesticide est homologué aux USA et en Afrique du sud. En France, les essais ont montré qu'il était actif à 90%. Il sera bientôt disponible sur le marché de l'hexagone.
Pour l'instant, la lutte biologique représente de 1 à 2% du marché mondial des pesticides. Les experts prévoient qu'elle passera à 5% à la fin du siècle. La France doit jouer un rôle moteur dans ce domaine-là. C'est le premier marché européen des pesticides (et elle représente un sixième du marché mondial). Un effort à faire pour promouvoir la lutte biologique dans le pays. De même, on ignore souvent que la résistance des nuisibles aux pesticides prend une ampleur très importante. On compte plus de 600 espèces d'insectes résistants aux produits phytosanitaires sur le marché et près de 60 espèces de mauvaises herbes qui sont dans le même cas. Il faut donc trouver des parades et la lutte biologique en fait partie.


Comment valoriser boues de stations d'épuration et composts urbains ?

L'agriculture qui lutte, à travers les phytos et les nitrates, contre ses propres pollutions sera-t-elle disposée à en accepter d'autres ? Premières concernées, les boues de station. Elles sont les résidus de l'épuration des eaux usées, en général domestiques. La région Languedoc-Roussillon en produit un peu plus de 32 000 tonnes (matière sèche). Comme partout, elles posent problème pour leur élimination. Pour l'instant, une bonne partie d'entre elles est mise en décharge, mais au 1er juillet 2002, les boues ne seront plus admises dans ces lieux qui seront fermés. D'aucuns voient dans les terrains agricoles une façon de les valoriser. En effet, les sols méditerranéens sont pauvres en matière organique et pourraient donc s'enrichir grâce à ces boues.
Mais les freins les plus importants relatifs à leur recyclage sur terrains agricoles sont liés aux problèmes d'image de ces produits. En raison d'un certain nombre de crises que l'on connaît (vache folle...), les consommateurs sont de plus en plus exigeants vis-à-vis des productions agricoles. De plus, les démarches qualité mises en place ces dernières années dans les filières vin, fruits et légumes, entre autres, semblent mal s'accommoder de ces épandages de boues urbaines sur leurs sols. "On évoque aussi les métaux lourds présents dans ces boues (plomb, zinc, cadmium, mercure) et qui risquent ensuite de se retrouver présents dans les produits consommés.
La moindre trace de molécule toxique dans le vin pourrait avoir des conséquences commerciales catastrophiques, en particulier pour les marchés à l'export", commente Vincent Pélantan, de la Chambre d'agriculture de l'Hérault. On se souvient de l'affaire du benzène pour Perrier...
A cela se rajoutent les problèmes d'odeurs pour le voisinage, d'autant plus que ces boues sont en général épandues pendant le printemps et l'été.
Pourtant, des exemples de valorisation des boues fonctionnent, à l'instar du Sivom de l'étang de l'Or, dans l'Hérault. Dans le souci d'améliorer la qualité des eaux de l'étang, ce Sivom s'est penché il y a 4 ans sur les différentes possibilités d'évacuation et de valorisation des boues résiduaires des stations d'épuration. "Ainsi, 3300 tonnes de boues des stations de la Grande motte, Carnon-Pérols, Mauguio et Lansargues ont été épandues en 1997 sur 235 hectares répartis chez 14 agriculteurs. Les cultures concernées sont du blé dur et du colza. Les boues sont enfouies dans les 24 heures suivant l'épandage. Ensuite, un suivi agronomique est réalisé pour contrôler l'évolution des sols. Tout ce procédé fonctionne très bien", rajoute Vincent Pélantan.
Si les boues ont mauvaise presse, il en est de même pour les composts urbains, qui proviennent souvent des ordures ménagères (il y a également des composts provenant de fumiers et de déchets verts). Ils étaient autrefois de mauvaise qualité (contenant des plastiques, des métaux, du verre...) et leur épandage sur les terres a laissé des traces indélébiles dans l'esprit des agriculteurs. L'avenir de ces composts passera désormais par un meilleur tri des ordures ménagères (jusqu'à présent, seulement 6% des déchets produits en France sont triés), de manière à ne retenir que les parties organiques. Il est de toute façon urgent de leur trouver des sites d'accueil : la quantité des composts de résidus urbains devrait être multipliée par 4 d'ici 2005...


Des pistes pour les composts : forêts, pépinières, carrières...

Le monde agricole est donc réticent aux composts urbains. Dès lors, y-a-t-il d'autres pistes d'utilisation ? Sont-elles suffisamment fiables et importantes ? Jusqu'à présent, quatre voies ont été envisagées. La forêt en fait partie.
En effet, en conditions méditerranéennes, tout gain de croissance est précieux : un peuplement d'arbres est d'autant moins sensible au feu que son couvert est dense et élevé.
Mais l'utilisation des composts ne semble envisageable que dans le cadre d'un boisement ou d'un reboisement, et ceci dans une forêt bien organisée (terrain plat, écartement suffisant des plants). Les services de la DRAF estiment que 200 à 300 ha seraient susceptibles de recevoir du compost chaque année, soit pour une fourchette optimiste 75 000 tonnes (ce qui correspond à la moitié des quantités de composts d'ordures ménagères prévues d'ici 2005 par les plans départementaux d'élimination des déchets). Mais d'autres utilisations sont envisagées. Aujourd'hui, 30 à 40% des plantes de pépinières ornementales sont produites en conteneur. Ces cultures hors-sol en fort développement nécessitent des volumes de matériau de plus en plus important et les composts pourraient leur servir de substrats. Mais leur salinité souvent élevée limite leur utilisation à l'état pur et nécessitera un mélange.
Une autre solution pour la valorisation de ces composts concerne la végétalisation des talus (routes, voies ferrées...) et la création d'espaces verts en ville, mais les débouchés sont difficilement chiffrables à ce jour. Comme dernière possibilité, il reste l'utilisation des composts en réhabilitation de sites, comme les carrières ou les décharges. La réglementation relative à ces installations impose leur remise en état à la fin de la période d'exploitation.
La fermeture des décharges à compter de 2002 et la quantité importante de carrières de roches massives en région laissent à penser que ce type d'utilisation représentera un débouché non-négligeable pour les composts dans les années à venir. Les quantités estimées sont d'ailleurs intéressantes : 37 000 tonnes/an sur 10 ans en Languedoc-Roussillon.


A côté des déchets des villes, ceux des champs

Les agriculteurs sont d'autant moins preneurs des déchets dits urbains qu'ils ont à réserver obligatoirement des surfaces importantes pour épandre leurs propres matières organiques. Elles sont d'ailleurs beaucoup plus importantes (1,2 million de tonnes par an en Languedoc-Roussillon) que les composts ou boues (200 000 tonnes par an).
Ce sont les déjections animales qui représentent le premier gisement. Elles sont épandues le plus souvent sur les terres des éleveurs ou sur celles des agriculteurs voisins. C'est bien évidemment en Lozère (qui concentre 70% du cheptel bovin régional et 50% du cheptel ovin) où cette valorisation est optimale. Ainsi, près de 700 000 tonnes de déjections viennent fertiliser chaque année les sols de ce département.
"Depuis toujours, les épandages de déjections d'animaux de ferme se sont faits sur les terres cultivées, en Lozère comme ailleurs. Or, depuis la nouvelle loi sur l'eau et la directive nitrates, ils sont bien plus réglementés, en quantité et en distance. En effet, les déjections animales comportent un risque de pollution bactériologique et peuvent éventuellement contaminer les cours d'eau et les captages si les distances minimales ne sont pas respectées", explique André Valat, de la Chambre d'agriculture de Lozère."En matière de qualité bactériologique de l'eau, les normes actuelles de potabilité imposent un niveau zéro concernant les germes bactériens (staphylocoques, streptocoques fécaux...), ce qui demande de redoubler de vigilance", rappelle-t-il.


L'eau, c'est la vie

Qu'on la consomme à Marvejols, Marseillan ou Collioure, l'eau prend de toute façon petit à petit la couleur de l'or. Toutes les pollutions qui la guettent sont mises à l'index. C'est le cas dans les productions viti-vinicoles, si importantes dans notre région (avec ses 300.000 hectares, le Languedoc-Roussillon est le plus grand vignoble du monde).
En effet, de la période de vendange aux premiers soutirages (en gros de septembre à décembre), les caves coopératives et particulières génèrent beaucoup d'effluents polluants. En lavant les bennes, la cuverie, le matériel (pompes, pressoirs...), elles libèrent, outre des rafles, des pépins et des pulpes, de la matière organique (sucres, alcool...) qui pollue l'eau environnante.
En se dégradant, celle-ci consomme en effet de l'oxygène qui manque à la faune et à la flore. A haute dose, cela peut être catastrophique, d'autant plus que ces eaux de lavage sont rejetées pendant les mois d'étiage des rivières. Depuis le 1er juin 94, les caves sont donc inscrites au registre des installations classées pour la protection de l'environnement.
A partir d'une production de 500 hectolitres, elles sont obligées de mettre en place un système de traitement. "Pour inciter ces caves à traiter leurs effluents, l'Agence de l'eau mène depuis quelques années la politique de la carotte et du bâton, c'est à dire qu'elle perçoit des taxes auprès des caves non équipées et qu'elle accorde des subventions pour ceux qui réalisent les ouvrages d'épuration", explique Patrick Odoul, de l'Agence de l'eau. Une formule qui marche puisque déjà 70% des caves coopératives sont équipées en Languedoc-Roussillon.
Pour les caves particulières, la mise en conformité est plus lente, mais un accord tout récent entre l'Agence de l'eau et la Fédération régionale des caves particulières devrait faire accélérer les traitement des effluents.
Mais parmi les nombreuses technologies proposées, laquelle choisir ? "Il y a trois grandes familles, la première étant le système d'épandage qui utilise la capacité du sol à éliminer les effluents. On peut aussi se servir des traitements biologiques qui s'appuient sur les fonctions épuratrices des bactéries et enfin les systèmes d'évaporation en bassin.
C'est cette dernière technique que l'on utilise de plus en plus dans le Midi puisque on joue sur notre ensoleillement important". Patrick Oboul cite à titre d'exemple la dernière réalisation dont il s'est occupé : la cave d'Aramon dans le Gard qui produit 25 000 hectolitres et qui vient d'installer un bassin d'évaporation pour traiter ses effluents.
Pour 1,2 millions de francs (465.000 francs financés par l'Agence de l'eau et 220.000 par le département), elle participe désormais à la protection des rivières et nappes phréatiques."Il y a trois grands fluides qui gèrent la planète : l'air, l'eau et l'argent", disait le commandant Cousteau.

Plus que jamais, ces deux derniers sont en étroite corrélation. Dépolluer, trouver de bonnes ressources en eau, améliorer sa qualité nécessitent de lourds investissements. C'est un choix à ne pas négliger : l'eau, c'est la vie.



AGRICULTURE ET ENVIRONNEMENT EN LANGUEDOC-ROUSSILLON : POUR EN SAVOIR PLUS


Législations

Depuis quelques années, le thème "environnement" est apparu de façon explicite dans les textes européens et français, marquant ainsi clairement la volonté des législateurs. Quelques textes font figure de référence en la matière.

- Les mesures agri-environnementales : ensemble de mesures mises en oeuvre par la CEE, visant à favoriser l'extensification de l'agriculture dans un but d'occupation de l'espace, du maintien du paysage, de lutte contre les pollutions, de maintien des races, de lutte contre l'érosion... Elles octroient notamment des primes à l'hectare aux agriculteurs s'engageant (cahier des charges et contrats de gestion) à mettre en oeuvre des pratiques respectueuses de l'environnement.

- La directive "nitrates". Directive européenne imposant aux Etats-membres de la CEE : la désignation de zones susceptibles d'être atteintes par la pollution (dites vulnérables) avant le 19/12/93

- L'établissement d'un code de bonnes pratiques agricoles permettant la réduction des rejets de nitrates d'origine agricole avant le 19-12-93.
- La mise en application des codes de bonnes pratiques agricoles dans les zones vulnérables avant le 19-12-95.

- La loi sur l'eau (03-01-92). Elle définit l'eau autant comme une ressource que comme un patrimoine, dont la gestion doit mieux prendre en compte les aspects de préservation de l'environnement. Elle précise le rôle des collectivités locales dans la gestion des ressources en eau. En particulier, c'est elle qui impose la protection des points de captage d'eau destinée à la consommation humaine et ses conséquences sur l'utilisation (agricole notamment) des sols avoisinants.

- La loi sur les déchets (10/07/92). Dans un cadre général de réduction de la nocivité des déchets (émission, collecte, valorisation), cette loi prévoit la mise en place d'ici 10 ans d'une infrastructure complète de traitement des déchets (pouvant impliquer l'activité agricole) et la fermeture des décharges traditionnelles.


Quelques ouvrages

La forêt et ses produits en Languedoc-Roussillon - description et enjeux

La forêt et son environnement (agriculture, tourisme, patrimoine...), son milieu naturel, sa production et ses enjeux actuels (protection contre les incendies, reboisement...) sont largement détaillés dans cet ouvrage fort clair et documenté.
CRPF - DRAF 1998 130 pages

Guide pratique des déchets en Languedoc-Roussillon

La réglementation (plans d'élimination des déchets, appuis techniques et financiers...), les filières de valorisation et de traitement sont clairement énoncés dans cet ouvrage. Celui-ci met en exergue une série de fiches-déchets qui renseignent sur la nature, l'origine et le traitement d'un déchet donné. Il offre aussi un répertoire complet des entreprises et des principaux intervenants dans le domaine de la collecte, du tri, de la récupération, du recyclage, de la valorisation ou de l'élimination des déchets en Languedoc-Roussillon.
Agence de l'eau, Ademe, Drire... 1998 64 pages 100 F

Guide technique des matières organiques utilisées en agriculture en Languedoc-Roussillon

Ce guide technique présente les matières organiques utilisées en agriculture en Languedoc-Roussillon et des éléments à mettre en oeuvre pour choisir un produit. Son objectif est d'aider au mieux les prescripteurs du monde agricole à conseiller au mieux les agriculteurs.
AME 1997 151 pages

La filière compost en Languedoc-Roussillon

Deux tomes : Situation actuelle et perspectives de valorisation en agriculture. Les débouchés non agricoles des composts.
Ces deux ouvrages font le point sur les différents composts, leurs débouchés, les problèmes rencontrés, le contexte réglementaire...
AME 1997, 100 pages et 45 pages


ADRESSES UTILES

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse
Depuis 1968, date de sa création, l'Agence de l'eau contribue à ce que tous les usagers bénéficient d'une ressource en eau de bonne qualité et en quantité suffisante.
56, impasse Archimède
34 000 Montpellier
Tel : 04 67 99 48 28 - Fax : 04 67 99 34 24


Chambres régionales et départementales d'agriculture du Languedoc-Roussillon
Elles sont des organismes consulaires ayant un rôle consultatif auprès des pouvoirs publics. Elles constituent des porte-parole de l'agriculture en ce qui concerne les problèmes d'environnement.
- Chambre régionale d'agriculture du Languedoc-Roussillon
Maison des agriculteurs
Mas de Saporta - 34 970 Lattes
Tel : 04 67 20 88 00 - Fax : 04 67 20 88 73
- Chambres départementales d'agriculture
Aude Tel : 04 68 11 79 79
Hérault Tel: 04 67 20 88 00
Gard Tel : 04 66 76 18 18
Lozère Tel : 04 66 65 62 00
Pyrénées-Orientales Tel : 04 68 35 74 00


Directions régionales et départementales de l'agriculture et de la forêt
Représentant le ministère de l'agriculture dans la région, la DRAF est le partenaire des collectivités locales et des professionnels pour toutes les questions concernant le territoire rural, les productions agricoles, les industries agroalimentaires et la forêt.
- Direction régionale de l'agriculture et de la forêt
ZAC du mas d'Alco - BP 3141
34 034 Montpellier cedex 1
Tel : 04 67 10 18 18 - Fax : 04 67 10 01 02
- Directions départementales de l'agriculture et de la forêt
Aude Tel : 04 68 71 76 00
Hérault : Tel : 04 67 34 28 50
Gard Tel : 04 66 63 61 30
Lozère Tel : 04 66 49 45 00
Pyrénées-Orientales Tel : 04 68 35 66 23

Direction régionale de l'environnement
Elle a pour mission de contribuer à la protection des sites et paysages, de l'aménagement des milieux aquatiques de l'amélioration du cadre de vie, de l'urbanisme, des grands travaux et de l'architecture.
Direction régionale de l'environnement Languedoc-Roussillon
30, rue Jules Guesde
34 034 Montpellier Cedex
Tel : 04 67 15 41 40 - Fax : 04 67 15 41 15

Direction régionale des affaires sanitaires et sociales du Languedoc-Roussillon
Elle est un service de l'Etat ayant en particulier en charge le contrôle de la distribution de l'eau destinée à l'alimentation humaine (notamment protection des captages et incidences éventuelles des activités agricoles).
Direction régionale des affaires sanitaires et sociales du Languedoc-Roussillon
615, boulevard d'Antigone
34 064 Montpellier Cédex 2
Tel : 04 67 22 89 00 - Fax : 04 67 64 15 98

Agence Méditerranéenne de l'Environnement
Hôtel de Région
201, Avenue de la Pompignane
34064 Montpellier
Tél : 04 67 20 48 62 - Fax : 04 67 22 94 05

Agropolis
Agropolis, à travers ses institutions de recherche, ses entreprises et ses établissements d'enseignement joue un rôle dans l'avancée de nos connaissances sur l'environnement.
Agropolis International
Avenue d'Agropolis - 34394 Montpellier Cedex 5
Tel : 04 67 04 75 75 - Fax : 04 67 04 75 99

AGRO Montpellier-INRA
Ce complexe de recherche mène de nombreux travaux dans les secteurs de l'agriculture et de l'environnement
Agro Montpellier INRA
2, Place Viala - 34000 Montpellier
Tel : 04 99 61 22 00 - Fax : 04 67 61 25 80


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