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INFORMER, SENSIBILISER A L'ENVIRONNEMENT :
QUELQUES PISTES EN LANGUEDOC-ROUSSSILLON
L'éducation à l'environnement sera le thème des 5èmes Assises de l'Environnement de la Région Languedoc-Roussillon qui se tiendront le 14 novembre prochain au Parc des Expositions de Béziers. Organisée par l'AME et le Conseil Régional, cette manifestation prêtera à réflexion sur tout ce qui contribue à une prise de conscience pour une meilleure gestion de l'environnement. Après avoir consacré un dossier à l'éducation à l'environnement en milieu scolaire (La Lettre de l'Environnement n° 10), nous entrouvrons aujourd'hui celui de l'information et de la sensibilisation à l'environnement pour tous les publics.
Donner à voir, à connaître, expliquer, impliquer pour faire acquérir des comportements nouveaux afin d'agir sur l'environnement en le respectant et le préservant toujours mieux : tel est le but de l'information et de la sensibilisation du grand public à l'environnement. Une simple mode de fin de XXe siècle ? Il faut espérer que non, car il s'agit tout simplement de former aujourd'hui les éco-citoyens de demain pour qu'ils transmettent à leurs enfants une planète sinon en meilleur état, du moins pas plus dégradée...
Réunie en mai dernier à Palma-de-Majorque dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l'Environnement et du Plan d'Action pour la Méditerranée, la Commission méditerranéenne du développement durable a clairement circonscrit l'enjeu : "L'objectif fondamental de l'éducation relative à l'environnement est d'amener les individus et les collectivités à saisir la complexité de l'environnement, tant naturel que créé par l'homme, complexité due à l'interaction de ses aspects biologiques, physiques, sociaux, économiques et culturels, ainsi qu'à acquérir les connaissances, les valeurs, les comportements et les compétences pratiques nécessaires pour participer de façon responsable et efficace à la prévention et à la solution des problèmes de l'environnement et à la gestion de la qualité de l'environnement".
Comment, concrètement, cette dynamique est-elle en marche en Languedoc-Roussillon ? Comment est-elle favorisée et, a contrario, sur quels obstacles bute-t-elle ? Ce dossier n'a pas pour ambition de répondre catégoriquement et d'une façon complète à ces questions. Mais, à travers quelques exemples et témoignages, de mettre en avant des expériences intéressantes. Et de pointer du doigt certains écueils...
Déchets ménagers
MOBILISATION GENERALE POUR TRI SELECTIF
"Lancer une collecte des déchets ménagers ne pouvait pas être un coup médiatique. Par souci de pérennité, nous avons mené sur plusieurs années une véritable campagne d'information auprès de la population". Eric Andrieu est président du district de Mouthoumet, dans l'Aude. Jusqu'en 1993, trop de décharges sauvages mitaient les 257 kilomètres carrés des 18 communes d'un district comptant à peine 1 200 habitants.
Pour amener les familles à participer pleinement au tri sélectif, une organisation originale a été élaborée. L'association pour le développement des Hautes Corbières, composée d'élus et de citoyens - au total près de 150 adhérents actifs - a mis en place, en 1993, un groupe de travail sur l'environnement. "L'association a élaboré le projet de collecte sélective avec le plus grand nombre d'acteurs et c'est le district de Mouthoumet qui l'a mis en œuvre", ajoute Eric Andrieu. C'est à partir de là que le district, aidé par le CAUE de l'Aude et un graphiste, a élaboré une cellule technique pour définir une stratégie de communication.
L'opération, inscrite au Plan départemental d'élimination des déchets et sélectionnée dans le cadre du programme Eco-Emballages, débute en 1996. "Nous parlons plusieurs fois d'un même événement, indique le président du district. Nous avons annoncé l'achat de conteneurs de papiers au sein du réseau associatif, des clubs de troisième âge et dans les écoles. Nous avons ensuite envoyé un courrier dans chaque famille, puis un guide de tri du verre, du papier carton, du plastique et du métal, expliquant toute la démarche". Le slogan est volontairement simple : "Un déchet recyclé, c'est un déchet bien trié". Le guide envoyé dans tous les foyers répond aux questions les plus variées : "Pourquoi recycler nos déchets ?", "Comment trier nos déchets ?", "Faut-il enlever les bouchons des bouteilles avant de les mettre dans un bac de pré-collecte ?", "Pourquoi un tri sélectif sur le canton de Mouthoumet ?". Entre-temps, des communiqués sont également envoyés à la presse.
En liaison avec l'association pour le développement des Hautes Corbières, le district n'en reste pas là : "Nous avons fourni à chaque famille des bacs de pré-collecte, poursuit Eric Andrieu, tout en expliquant le cheminement
des déchets, de la cuisine au point de propreté. Pourtant, nous avons constaté que les personnes âgées vivant en maison individuelle avaient des difficultés à acheminer les déchets. Nous avons donc conçu un bac de pré-collecte sur roulettes pour l'ensemble des habitants dans un souci de valorisation de la démarche".
Depuis quelques mois, les courriers se font plus rares. Volontairement. "Nous avons décidé d'être plus discrets pour observer le fonctionnement de la collecte sélective, note Eric Andrieu. Le taux de remplissage est déjà bon". Chaque habitant dépose en moyenne anuelle 21 kilogrammes de verre et 22 kilogrammes de papiers cartons. Un seul regret émerge de cette opération rondement menée : "J'aurais souhaité que des personnes du troisième âge encore actives se rapprochent des enfants des communes afin de poursuivre le travail de sensibilisation menée par notre cellule technique. Je n'abandonne pourtant pas cette idée qui assurera la pérennité d'une telle démarche".
Une bonne campagne de communication aura-t-elle suffi a sensibiliser la population ? "Pas seulement, nuance Eric Andrieu. Le déchet n'est pas une fin en soi. Notre opération est d'abord le résultat d'un acte politique visant à responsabiliser les citoyens. Visiblement, chacun l'a compris !".
Huiles usagées de moteurs
LA COLLECTE EN PANNE SECHE ?
Flaques d'huiles de vidange sauvage en pleine clairière de forêt, bidons abandonnées dans la garrigue... Ces images noires sont presque révolues. Depuis 1979, le ramassage et l'élimination des huiles usagées sont réglementés. Ainsi, dans chaque département, des ramasseurs agréés par la Préfecture sont les seuls habilités à récupérer ces huiles. En Languedoc-Roussillon, la collecte n'est pas restée lettre morte. "Les six entreprises recensées dans la région se déplacent pour toute quantité supérieure à 200 litres et sont rémunérées par une taxe sur les huiles, de l'ordre de 150 francs la tonne", précise Christian Frouin, ingénieur, chargé des collectivités territoriales et des déchets à la délégation régionale de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME).
En général, les producteurs d'huiles usagées jouent le jeu. Sur un gisement brut estimé à 10 954 tonnes en Languedoc-Roussillon,
8 855 ont été collectées en 1995, avec un taux d'efficacité de 81 % que l'ingénieur nuance aussitôt : "S'il est en progression, ce taux est surestimé du fait de la présence d'eau ou de solvants en quantité inconnue".
Autre ombre au tableau : les petits consommateurs ne sont pas assez concernés par la collecte. "Pour inciter les particuliers, les agriculteurs, les pêcheurs et les plaisanciers à se rendre à des points de collecte, encore faudrait-il que ces derniers existent !, lance Christian Frouin. Pour les viticulteurs, des emplacements proches des caves vinicoles seraient judicieux". Un conteneur coûte environ 10 000 F hors taxes. L'objectif est d'en installer un par commune, hors déchetterie, avant de sensibiliser le public concerné. Pour l'instant, on ne dénombre que 223 points de collecte, en augmentation sensible par rapport à 1995. Et la progression est limitée : "Même si nous pouvons financer un point de collecte à hauteur de 50 %, nous ne disposons que d'un million de francs pour la région, regrette Christian Frouin. Si toutes les communes se mobilisaient, nous n'aurions pas assez de fonds. Voila pourquoi un partenariat avec les collectivités locales, les Conseils Généraux et le Conseil Régional est devenu indispensable !". Pour changer les comportements de manière durable.
Nez au Vent
LE GRAND PUBLIC EN TETE
"Grâce à la ferme éolienne de Port-La-Nouvelle et au centre de Lastours, dans l'Aude, nous voulons montrer qu'il existe des sources d'énergies maîtrisées et reproductibles à grande échelle". Samuel Descombes est président de "Nez au Vent". Depuis quatre ans, cette association multiplie les efforts à l'intention du grand public en matière d'information et de sensibilisation à l'énergie éolienne. Constituée à l'origine pour promouvoir l'installation de Port-La-Nouvelle, l'association a élargi son rayon d'action. Elle organise toute l'année des visites autour du site : centres aérés, clubs de troisième âge, associations de village y défilent. Devant ce début de succès, Nez au Vent a développé son activité au centre de Lastours, centre d'essai de la société Vergnet : "Nous utilisons ces installations comme terrain d'information, explique Samuel Descombes. Nous avons ainsi organisé une exposition autour du vent, de ses origines, de ses utilisations passées et actuelles". Financée par le programme européen Altener, favorisant la diffusion et l'information des énergies renouvelables, l'exposition a reçu un soutien de l'ADEME, du Conseil Régional et de la Compagnie du Vent, propriétaire de la ferme de Port-la-Nouvelle.
A Lastours, un jeu de reconnaissance des sons du vent et une soufflerie permettant de comprendre les effets du vent sur une éolienne, sont particulièrement destinés aux enfants. Quant aux adultes, les visites commentées se transforment en véritables débats : "De nombreux clichés demeurent, constate le président de l'association. Le mythe des nuisances sonores ou d'une énergie aléatoire ont encore la vie dure. Grâce à des visites sur le site de Port-La-Nouvelle et à des informations complémentaires, nous faisons reculer ces stéréotypes".
Le bilan de 1996 dernier impose pourtant quelques nuances : "Nous avons constaté que le grand public était en fait souvent constitué de personnes déjà conquises par l'énergie éolienne et pas nécessairement les moins informées. C'est pourquoi nous avons décidé d'élargir nos publics afin d'attirer de véritables profanes", poursuit Samuel Descombes.
Pour sortir d'un relatif isolement, l'association participe depuis un an à la mise en place d'un réseau d'information grand public sur les énergies renouvelables. Baptisé "La Route du Soleil", il regroupe plusieurs sites en Europe : "Ce réseau nous permet de diffuser nos documents plus largement et de montrer que nous ne sommes pas seuls à proposer ce type d'activité", explique Samuel Descombes. L'association s'estime assez mal dotée en matériel et cherche de nouvelles pistes : "Pour l'instant, note le responsable de l'association, nos plaquettes destinées au grand public sont presque trop touristiques. Nous aimerions travailler sur des produits pédagogiques plus fouillés pour les guides. C'est un peu dans cet esprit qu'avec la mairie de Port-La-Nouvelle et le futur Parc Naturel Régional du Pays Narbonnais, nous réfléchissons à la mise en place d'un accueil plus concerté du public".
Prix du Paysage
AIGUISER LE REGARD DES ELUS
"Le Prix du Paysage est l'une des pièces d'aide à la sensibilisation des élus en matière d'aménagement, annonce Guy Jourdan, architecte et chargé de mission au Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement de l'Hérault (CAUE). Ceux qui y participent sont amenés à se poser la question suivante : quelle est l'incidence de mon projet sur le paysage ?".
Destiné à récompenser des réalisations traduisant "une volonté de participer à l'évolution raisonnée et sensible du paysage", le Prix du Paysage en Languedoc-Roussillon est organisé par le Collège Régional des CAUE, l'AME et la Direction Régionale de l'Environnement (DIREN).
Pour sensibiliser les élus et leur montrer la diversité des échelles d'intervention, le deuxième Prix du Paysage était axé sur le thème "Paysage et Architecture". "Nous voulions montrer aux élus que le paysage n'est pas seulement un arrière-plan harmonieux, mais qu'il faut tenir compte de toutes les échelles : un panneau publicitaire, un abris-bus, un transformateur EDF en premier plan peuvent défigurer l'environnement", ajoute Guy Jourdan. Pour qu'apparaissent les différentes échelles d'intervention, le dernier Prix du Paysage, principalement destiné aux collectivités publiques, proposait trois catégories de prix : les quartiers (ZAC, lotissements...), les équipements publics (lycées, mairies, salles de spectacles...) et les petits équipements (abri-bus, châteaux d'eau, déchetteries...).
Les deux éditions de ce prix, en 1994 et en1996 ont-elles contribué à modifier l'approche des élus en matière d'aménagement ? "Le Prix 1996, décroché par la commune de Lastours, dans l'Aude, montre que les élus ont appliqué des notions simples de liens entre le paysage et le village grâce à des interventions minimales sur l'environnement. Cet exemple a une valeur reproductible auprès d'autres collectivités", note Guy Jourdan.
Sur les 140 dossiers déposés, les organisateurs ont sélectionné certains projets pour encourager des communes dans leur démarche : "A Fleury d'Aude, la commune a un projet de requalification du front de mer. Même si les élus n'étaient pas sûrs d'eux, nous les avons soutenus pour montrer que leur prise en compte du paysage à grande échelle était pertinente", explique Guy Jourdan.
Le Prix du Paysage aura eu des effets difficilement mesurables : "Nous avons été agréablement surpris par des communes qui préféraient reporter leur candidature, faute d'un projet bien ficelé. Celles-ci ont compris que le paysage recquiert un temps de réflexion parfois très long" note le chargé de mission.
Et d'espérer qu'à terme le Prix du Paysage contribuera à modifier certains comportements : "Ce type de concours fait prendre conscience aux élus de leur responsabilité et de la nécessité d'associer plus de partenaires en amont d'un projet", ajoute Guy Jourdan. Même si les paysages remarquables restent rares, le Prix du Paysage permettra de multiplier le nombre de paysages harmonieux en Languedoc-Roussillon.
Conférences, visites
LA BONNE ENTREE EN MATIERE DE PREAMBULE
Informer préalablement le plus possible sur le ou les thèmes centraux d'une prochaine sortie ou d'une série d'activités avant d'approfondir sur le terrain : telle est la formule pratiquée par l'association gardoise Préambule dans le domaine de l'information et de la sensibilisation à l'environnement. "Le patrimoine naturel et l'environnement représentent les deux points forts des activités de l'association. Dans presque tous les cas, nous proposons une conférence par un intervenant qualifié avant d'aller sur le terrain", précise Chantal Andrieu, présidente et animatrice en chef de Préambule, association basée à Nîmes qu'elle a créée l'an dernier.
Après avoir successivement dirigé le Comité Départemental du Tourisme du Gard, l'Office de Tourisme de Nîmes et sa propre agence de voyages, cette passionnée de tourisme culturel et environnemental a fondé Préambule : "J'ai voulu connaître un autre mode d'exercice professionnel, confie-t-elle, dans un cadre associatif permettant une approche plus facile du public qui a plus confiance en une association que dans une agence de voyages". Selon les sorties et les thèmes centraux à développer, Chantal Andrieu anime elle-même les visites, sollicite des guides professionnels ou des bénévoles érudits, membres ou non de l'association.
Préambule s'est fixée pour principaux objets le développement du tourisme culturel dans le Grand Sud et la création d'événements culturels en relation avec l'histoire, la culture et les traditions de cette région. Si une soixantaine d'adhérents constitue la majeur partie de son public, d'autres personnes grossissent ponctuellement ses rangs. "Pour beaucoup, l'association se découvre encore par le bouche à oreille, explique Chantal Andrieu. Les gens qui se joignent à nous ont soif de connaître ou de mieux connaître leur environnement presque immédiat ou à peine plus éloigné. Nous avons beaucoup de retraités et de pré-retraités, mais aussi des personnes en activité, enseignants, cadres et de milieux professionnels divers". Qu'ils soient adhérents ou non, tous s'acquittent d'une participation aux conférences et aux sorties, avec tarifs préférentiels pour les adhérents.
Depuis le lancement de ses activités, fin 1996, Préambule a proposé près d'une cinquantaine de rendez-vous. En voitures individuelles ou en autocar, les sorties ont représenté l'essentiel du programme de l'association. D'une journée de visite d'une grande propriété privée camarguaise en compagnie d'un ornithologue, à un week-end de "randonnée architecturale en villages lauragais", en passant par une croisière sur le canal de la Robine avec découverte du riche patrimoine naturel de l'île Sainte-Lucie, notamment, de nombreuses sorties ont été centrées sur l'environnement. Pour la plupart, elles ont été précédées de conférences... préambules de sensibilisation et d'information.
En juin dernier, mois du "Temps des Jardins", l'association a organisé toute une série de visites sur ce thème : parcs et jardins autour de Montpellier, jardins des Alpilles, ainsi qu'un cycle de visites-conférences "A la découverte des jardins nîmois". Quatre jours de suite, Véronique Bombal - spécialiste s'il en est du sujet - a conduit des dizaines de personnes sur les sentiers de quatre grandes familles de jardins : de garrigue, de ville, ouvriers et exotiques. En juillet, Préambule a prolongé ces séries par la découverte de jardins de l'Aude, cévenols, du Haut-Languedoc, du pays d'Aix et du Sud Lubéron, sans oublier quatre journées "A la découverte des parcs et jardins du Puy-de-Dôme". Pour sa première année de pleine activité, l'association a déjà conquis et fidélisé de nombreux adhérents. Une bonne entrée en matière.
Etang de Canet (P.O.)
SENTIER DE DECOUVERTE ET POSTES D'OBSERVATION
Zone naturelle protégée de 900 hectares propriété du Conservatoire du Littoral, l'étang de Canet (Pyrénées-Orientales) et son village de pêcheurs accueillent chaque été plus de 15 000 visiteurs. Depuis deux ans, un sentier de découverte d'un kilomètre les invite à une enrichissante promenade en bordure d'étang. Objet, tracé, équipements : sur la base d'une concertation poussée, le projet a été mûrement réfléchi avant d'être définitivement arrêté et réalisé. "La conception de ce sentier a été élaborée à partir d'une collaboration entre le Groupe Ornithologique du Roussillon, l'association Canet Nature Environnement, le Conservatoire du Littoral, le Réseau des Espaces Naturels Protégés du Languedoc-Roussillon et la ville de Canet", détaille Auguste Bottin, chef du service Environnement-Patrimoine de la ville de Canet. Cette somme de compétences réunies autour du projet a permis de l'engager sur la bonne voie, celle d'un aménagement bien réfléchi voué à la découverte didactique.
Le sentier est jalonné d'une vingtaine de panneaux en bois illustrés par un peintre animalier. Avec un petit texte d'accompagnement pour chacun, ils présentent les principales des 232 espèces d'oiseaux et 742 espèces floristiques répertoriées sur le site. Sous forme de petites cabanes, deux postes d'observation ornithologique ont également été construits, structures adaptées, elles aussi équipées de panneaux d'information sur la faune.
"Si le village des pêcheurs et l'exposition permanente installée dans sa maison commune sont encore plus fréquentés, presque toutes les personnes qui visitent l'expo empruntent également le sentier", indique Auguste Bottin. Dans les prochains mois, le sentier va être prolongé de trois mille mètres et équipé d'un poste d'observation plus grand que les deux premiers afin de pouvoir abriter de petits groupes dans le cadre de visites guidées pédagogiques.
L'ART SENSIBILISATEUR
Art et environnement : le couple est indissociable depuis la nuit des temps. Paysages, faune, flore sont depuis toujours source inépuisable d'inspiration pour les artistes de toutes disciplines et de tous registres. Les différents modes d'expression peuvent ainsi prêter à une approche de l'environnement par le sensible. En Languedoc-Roussillon, le Trophée CH.E.N.E., concours organisé par la Région et l'AME, s'inscrit tout à fait dans cet esprit-là avec, depuis sa création, une catégorie "artistes plasticiens ou écrivains" : en six ans, des dizaines d'artistes de la région y ont participé.
A souligner également, le joli succès du 1er Festival Art et Environnement "Des oiseaux et des hommes" : en mai dernier, 1 500 personnes ont répondu à l'invitation de l'association Archipel Vivant, organisatrice de cette manifestation en collaboration avec Les Ecologistes de l'Euzière, le GRIVE et l'AME. Pendant trois jours, le programme de concerts, de spectacles de danse, de poésie et de conférences proposés dans trois villages héraultais du "Chemin des Verriers" (Claret, Lauret et Vacquières) a très éclectiquement conjugué ornithologie et art. Pour une première édition, ce fut incontestablement une réussite et les organisateurs préparent déjà pour mai prochain le 2e Festival Art et Environnement sur le thème "des oiseaux, des hommes et des migrateurs".
Valorisation
LA BONNE VOLONTE NE SUFFIT PAS
"Trop de communes qui veulent se doter d'un outil d'éducation ou de sensibilisation à l'environnement le font seules, par elles-mêmes, sans détenir un savoir-faire suffisant. Elles sont de plus en plus nombreuses, chacune dans leur coin, à s'offrir un sentier de découverte, un arboretum ou une maison de la nature. Bien sûr, la demande est forte et il faut tenter d'y répondre. Mais il serait temps de donner véritablement du sens à ces aménagements. Il faudrait aussi mettre tout cela en cohérence, par exemple en mettant en œuvre un schéma directeur régional de mise en valeur du patrimoine".
Président du GRAINE-LR (Groupe Régional Animation Initiation Nature Environnement Languedoc-Roussillon) et directeur de l'association Les Ecologises de l'Euzière, Jean-Paul Salasse martèle ce type de discours depuis plusieurs années déjà. Et pour cause : citadins le week-end et touristes en période de vacances se tournent de plus en plus vers les arrière-pays, hautes terres et espaces naturels préservés. "Pour répondre à cette demande, chaque commune y va de son ou de ses aménagements qu'elle croit bien évidemment tout à fait adapté(s) et efficient(s), caricature à peine Jean-Paul Salasse. Aujourd'hui, il n'y a pratiquement pas de lieu de vacances sans qu'environnement, nature ou patrimoine ne soient mis en avant. Dès qu'un élu prend cela en considération, il est persuadé de disposer d'un patrimoine exceptionnel sur le territoire de sa commune. Et qu'il se doit au plus vite d'équiper un ou plusieurs sites, le contenant devançant et l'emportant sur le contenu la plupart du temps".
Mauvais départ. Avant d'engager un projet, il est plus qu'indiqué de se poser quelques questions fondamentales, approche déterminante très bien présentée dans un document destiné aux élus et réalisé par Les Ecologistes de l'Euzière (1) : quels sont les objectifs du projet ? Quels sont les thèmes forts à mettre en avant. Qui sont les partenaires potentiels ? Y a-t-il des projets similaires à proximité, quelle est la bonne échelle territoriale ?
Il faut ensuite établir un cahier des charges très précis et "faire appel à un professionnel ou à une équipe de spécialistes de l'interprétation", conseille fortement Jean-Paul Salasse. Il lui reviendra d'inventorier les ressources du territoire, d'analyser les publics potentiels, de définir le scénario de l'équipement, d'évaluer son coût, de déterminer précisément son mode de fonctionnement... Tout cela ne s'improvise pas.
"La question des scénarios de communication est très importante, insiste Jean-Paul Salasse. C'est un travail très proche de l'animation de base : comment trouver les moyens d'intéresser les gens, de leur fournir un maximum d'informations pertinentes sans les ennuyer, de leur donner envie d'aller éventuellement au-delà ensuite ? Il ne s'agit pas de monter quatre murs, d'y mettre à l'intérieur quelques panneaux et un employé en CES pour l'accueil. L'exigence technique et professionnelle est primordiale".
A défaut, combien de sentiers de découverte tracés et équipés à la va-vite, de maisons de la nature vides de sens, de panneaux de lecture du paysage mal conçus, d'expositions piètrement mises en scènes ? Jean-Paul Salasse et tous les spécialistes de l'éducation à l'environnement et de la mise en valeur du patrimoine n'ont de cesse de le répéter : "L'expérience montre que les résultats les plus satisfaisants sont obtenus à partir des analyses les plus pertinentes et grâce à une appropriation complète du projet par le commanditaire et les acteurs locaux". La bonne volonté ne suffit pas. Professionnalisme, cohérence et concertation s'imposent si l'on veut atteindre l'objectif à poursuivre : donner
à voir, à connaître et à comprendre sans ennuyer et dans le plus grand respect de l'environnement.
(1) "Mise en valeur du patrimoine/Quelques pistes pour votre projet. Pour une démarche d'interprétation en Languedoc-Roussillon".
Médias
REPONSE A UNE ATTENTE
A trois exceptions près - l'hebdomadaire Cévennes Magazine, les trimestriels Chemin Faisant et notre Lettre de l'Environnement préférée - la presse du Languedoc-Roussillon n'accorde pas une place très importante à l'environnement. Mais tout de même plus aujourd'hui qu'hier, "parce que l'attente du public est plus grande et que les médias essaient d'y répondre", estime Jean Kouchner.
Journaliste à forte fibre environnementale, directeur de l'antenne montpelliéraine du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CFPJ), Jean Kouchner analyse : "Les médias peuvent avoir un effet accélérateur, mais ils ont avant tout un rôle de reflet de préoccupations, de difficultés réelles pour l'environnement. En dehors de pages thématiques spécifiques, l'environnement prend aujourd'hui plus de place dans les colonnes des journaux à travers différents types de dossiers, comme ceux liés aux transports, par exemple, ou, plus largement, à tout ce qui relève de l'aménagement du territoire".
Afin de mieux répondre encore à l'attente du grand public, le CFPJ propose depuis deux ans, à Paris uniquement, un stage de formation continue sur le thème "Mieux traiter les questions d'environnement et d'aménagement du territoire". A ce jour, deux stages seulement ont pu être organisés, suivis chacun par une dizaine de journalistes, pour la plupart salariés de France 3 ou de la presse quotidienne régionale. "Il y a encore des progrès à réaliser pour que les questions environnementales soient plus et mieux traitées, estime Jean Kouchner. Mais cela va son chemin dans le bon sens". Indice régional peut-être significatif : chaque année, les journalistes sont plus nombreux à participer au Trophée CH.E.N.E organisé par la Région et l'AME. L'éventail des médias représentés est, en tout cas, de plus en plus large. "Ce concours encourage certainement des journalistes à traiter des questions d'environnement. Mais ceux qui n'y participent pas ne se désintéressent pas tous pour autant de ces sujets, avance Jean Kouchner, traditionnellement, du fait de leur mode d'exercice professionnel - on écrit un article, on passe aussitôt à un autre et on les oublie très vite -, les journalistes ne participent pas ou très peu à des concours".
Edition de documents
LE SAVOIR-FAIRE DU PARC NATIONAL DES CEVENNES
Quels sont les informations et les messages essentiels à faire passer ? A qui s'adressent-ils ? Pour quel type de diffusion opter ? Toute démarche d'édition impose de trouver préalablement réponses à ces questions. Chargée de mission pour l'information au sein de l'équipe permanente du Parc National des Cévennes depuis vingt ans, Michelle Sabatier précise : "Il n'y a pas de méthode miracle et on ne peut jamais être sûr du résultat. Au départ, cela semble évident, mais il faut avoir quelque chose à dire et bien s'interroger sur le contenu souhaité, en ayant un maximum d'informations pour n'en communiquer finalement qu'un dixième, explique la chargée de mission du Parc. Il faut aussi proscrire l'amateurisme et faire appel à des professionnels de la communication pour l'écriture, l'illustration, et la mise en page : l'expérience prouve que la bonne volonté ne suffit pas si l'on veut être efficace".
Selon la nature du document à réaliser, la cible visée, mais aussi les moyens humains et financiers mobilisables, il faut également d'entrée choisir entre diffusion payante ou gratuite. Au Parc National des Cévennes - qui réalise chaque année un chiffre d'affaires édition d'environ un million de francs -, la ligne est claire et souffre peu d'exceptions : "La mise à disposition gratuite de dépliants présente le risque d'en gâcher beaucoup, d'en retrouver dans l'escalier ou dans la nature", estime Michelle Sabatier. Fortement centrée sur les randonnées, la collection du Parc propose, notamment, deux types de formules concernant des sentiers, au même prix de 25 francs : une pochette de fiches "Regarder en marchant" sur seize sentiers éducatifs et trois pochettes de fiches-guides "Sentiers de découverte du paysage" sur des secteurs géographiques distincts. "Pour que la mayonnaise prenne, il faut offrir une démarche physique et intellectuelle agréable : un but de balade, une ouverture sur un paysage, une variété de sensations à combiner avec des thèmes faciles d'abord", conseille Michelle Sabatier.
Le Parc édite chaque année une quinzaine de dépliants de la sorte, réalisés en interne, de la conception à l'impression. Pour des documents plus élaborés, l'équipe du Parc sollicite des compétences extérieures. Ainsi en est-il, entre autres, pour sa revue Cévennes et ses cahiers pratiques : trois spécialistes ont été sollicités, par exemple, pour un numéro sur les magnaneries, quinze pour un autre sur l'archéologie. "La difficulté est alors de bien veiller à rester compréhensible par le plus grand nombre, prévient la chargée de mission. Il n'y a pas de règle d'or : soit le spécialiste est en mesure d'écrire dans un souci de vulgarisation, soit il faut réécrire tout ou partie de sa contribution. L'important est de tout mettre en œuvre pour atteindre le but que nous recherchons en permanence : faire mieux connaître pour ensuite mieux aimer et respecter".
Les Angles (P.O.)
UN VRAI PARC ANIMALIER
Ouvert depuis fin 1994, le parc animalier des Angles, dans les Pyrénées-Orientales, n'est ni un zoo avec des animaux prisonniers de quelques mètres carrés, ni une réserve naturelle. Situé dans le massif du Carlit, c'est avant tout un espace montagnard forestier typique de Cerdagne-Capcir : 37 hectares de pins à crochets divisés en vastes enclos pour les animaux. Deux circuits, l'un de 1 500 mètres et l'autre de 3 500 mètres sillonnent cet univers pyrénéen en réduction où vivent en semi-liberté une douzaine d'espèces : bouquetins, mouflons, isards, chevreuils, loups, marmottes, ours...
Géré par une société privée, le parc a été conçu et réalisé en collaboration avec l'association Connaissance des Animaux Pyrénéens. Comme son nom l'indique, celle-ci a apporté ses compétences en la matière, notamment pour les panneaux d'information sur les différentes espèces qui ont été mis en place devant chaque enclos. Depuis deux ans, elle organise aussi des visites guidées pour les scolaires et devrait prochainement en proposer à des groupes de toutes natures. En attendant, les visiteurs - 100 000 entrées l'an dernier ! - ont droit avec leur billet (45 F pour les adultes, 35 F pour les 4-14 ans) à un dépliant avec plan général du parc et présentation succincte des espèces. Pour aller plus loin dans le domaine de l'information et de la sensibilisation à l'environnement, un projet de sentier botanique est également en gestation.
Credo de Charles Balaguer, gérant du parc : "Le parc est fait pour que chacun choisisse sa manière d'entrer en contact avec la nature et les animaux. La visite est, quand on en comprend la véritable signification, une incitation à mieux connaître la montagne et les espèces qui l'habitent. Après, au-delà des limites du parc, dans la montagne libre et sauvage, lors d'une randonnée, on percevra mieux que l'harmonie entre les hommes et les autres êtres est nécessaire, que le touriste - que nous sommes tous un jour ou l'autre - n'est pas l'unique hôte respectable de la montagne".
Formation d'animateurs
S'ADAPTER AUX PUBLICS
"Les touristes deviennent de plus en plus exigeants et ils ont soif de dialogue avec les animateurs. Les démonstrations scientifiques ne répondent plus à leur demande". Le constat est établi par Marie-Hélène Coll, directrice du GRAINE-LR (Groupe Régional Animation Initiation Nature Environnement Languedoc-
Roussillon). Depuis 1991, l'association anime le BEATEP "Tourisme-Environnement-Patrimoine" (Brevet d'Etat d'Animateur-Technicien de l'Education Populaire), habilité par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Depuis 1991, près de cinquante animateurs salariés ont suivi cette formation en alternance de dix-huit mois. "Les associations d'éducation à l'environnement ont compris que, pour faire évoluer les comportements, il était nécessaire de s'adapter au public de manière pertinente",
explique Marie-Hélène Coll. Les animateurs, devenus stagiaires le temps d'une formation, sont issus de milieux différents : associations traditionnelles, villages de vacances, structures liées à des collectivités locales comme la Maison du Fleuve à Gignac.
Le contenu de la formation est orienté vers cette quête d'information et de sensibilisation du public, mais pas seulement : "La multi-compétence est le lot de nombreux animateurs. Il faut à la fois savoir monter un projet, pouvoir travailler avec d'autres associations, accueillir des publics différents et lier une capacité pédagogique à des connaissances techniques", explique la directrice du GRAINE-LR.
Apprendre à sensibiliser un public ne tient pas du miracle : "Raconter la science n'est pas suffisant. Une démonstration ne suffit pas, ajoute Marie-Hélène Coll. L'approche sensorielle, le sentiment de bien-être dans une forêt peut déclencher des sensations. Il faut interpeller la part qui relève de l'émotion, de la relation personnelle avec le lieu. L'objectif est de retrouver une relation assez primitive avec l'environnement".
Jacqueline Barret, animatrice polyvalente au sein de l'association Les Enfants de la Planète, basée à Font-Romeu, dans les Pyrénées-Orientales, a fait partie de la promotion 1992 : "Le BEATEP m'a permis d'être sensibilisée de manière plus approfondie à la région et à son patrimoine : il est plus facile de transmettre ensuite nos thèmes sur la faune, la flore ou l'astronomie". Dans les centres de loisirs, l'animatrice est confrontée à deux publics : "Ces lieux favorisent la sensibilisation des enfants, sans nécessité d'une évaluation finale, comme en milieu scolaire. Les parents sont, par contre, pris dans le tourbillon de la société de consommation et ils perçoivent nos activités comme du temps perdu. A moi de leur expliquer notre démarche, nos programmes et nos objectifs pour effacer leurs réticences !".
La formation coordonnée par le GRAINE-LR porte haut ses ambitions : "L'éducation à l'environnement rejoint des préoccupations de citoyenneté. L'animateur n'est pas celui qui sait : il aide seulement à comprendre et à réagir, souligne Marie-Hélène Coll. Notre objectif est de déclencher quelque chose tout en transmettant des principes. Il vaut mieux dialoguer sur le fait que la garrigue n'est
pas éternelle plutôt que réciter une liste d'espèces !". Adapter la sensibilisation à l'environnement aux nouvelles exigences du public : l'éco-formation est désormais bien installée en Languedoc-Roussillon et ne demande qu'à croître et prospérer.