LA CHENILLE EST-ELLE TOUJOURS À L’HEURE?
 Photo : H. Chevallier
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En empruntant la Nationale 116 ou
en vous promenant dans les forêts de pins,
en soulane en particulier,
vous avez sans nul doute remarqué
des cocons blancs, plus ou moins
abondants, accrochés aux cimes
et branches des arbres.
Qu’en est-il ? Voici quelques éléments
de réponses recueillis auprès
de Jean-Philippe Hamelin, correspondantobservateur
du Département Santé des
Forêts à l’ONF (Office National des Forêts).
PNR : Qui est le responsable de ces attaques?
Comment vit-il?
C’est une chenille (Thaumetopoea pityocampa)
communément appelée la Processionnaire du
Pin. La particularité de cette chenille est son
comportement “grégaire” (qui vit exclusivement
en groupe) qu’elle conservera tout au
long de son développement jusqu’à… la procession.
En fait, les cocons blancs que l’on
observe sont des nids qu’elles confectionnent
au cours de leur développement et seuls les plus
gros,souvent situés en hauteur,abritent les chenilles
durant l’hiver.Si nous voyons plusieurs nids
par arbre, tous ne sont pas pour autant habités
et seul le degré de défoliation peut donner une
idée de l’importance de la population. Cette
population reste au demeurant très discrète
puisqu’elle ne s’alimente que la nuit,en consommant
les aiguilles des Pins,pour rejoindre le jour
venu leur nid et digérer bien au chaud,réunies
dans un cocon tissé qui est un véritable capteur
solaire à fort pouvoir isolant.
En effet, la Chenille processionnaire est très
frileuse, ce qui explique sa préférence pour les
versants ensoleillés et le froid reste son grand
ennemi. Les périodes de grand froid sont
d’ailleurs souvent fatales à un grand nombre de
chenilles et leur quasi absence certains hivers
permet d’expliquer l’augmentation des surfaces
attaquées. Lorsque les chenilles ont
consommé toutes les aiguilles d’un arbre, elles
en choisissent un autre…
Enfin,lorsque le printemps arrive et qu’elles ont
atteint leur dernier stade de développement
(environ 5 cm),elles quittent leurs nids en procession
pour aller s’enfouir près des arbres
qu’elles ont utilisé afin de procéder à leur transformation
en papillon, ce stade s’appelle la
nymphose et précède une période de repos
(la diapause) qui permet au papillon d’attendre
les vrais beaux jours pour s’envoler,s’accoupler
et déposer les œufs toujours sur les aiguilles des
pins. Le cycle biologique est achevé et les
papillons meurent car eux ne vivent que
quelques jours.
PNR:La chenille attaque-t-elle seulement les
pins? et lesquels en particulier?
La Processionnaire du Pin attaque prioritairement
les pins, et sur notre secteur, en particulier
les Pins sylvestres. Il est rare de trouver
des cocons sur des arbres comme les cèdres,
les sapins, mais cela peut arriver par effet de
colonisation de proximité.
Ce sont surtout les zones de bois clairs,comme
les pins colonisant les zones de pâturages qui
sont les cibles privilégiées.
En s’attaquant ainsi aux Pins qui sont des pionniers
à fort pouvoir colonisateur,elles participent
activement à une régulation naturelle en freinant
le développement des résineux au bénéfice
d’essences pionnières feuillues telle le bouleau
et, merveille de la nature, la recherche
vient de mettre en évidence l’action répulsive
des bouleaux… sur les papillons de la processionnaire
du pin.
PNR : Quels sont les prédateurs naturels?
Ils existent en grand nombre,et dès les premiers
stades de développement.Ce sont d’abord des
maladies et un parasitage important constatés
au stade de l’œuf. A cela s’ajoute la prédation
des insectes (fourmis, guêpes, certaines
mouches…).
Les plus gros prédateurs sont les oiseaux, et
tout particulièrement les mésanges et ce,dès les
premiers stades larvaires.
A partir du moment où la chenille est adulte et
arbore ses poils urticants, elle n’a plus de prédateur,
sauf quelques prélèvements très ponctuels
(sanglier, renard).
Le facteur de régression le plus efficace reste
le froid.De longues périodes (plus de 8 jours à
moins 15 °C) et les chenilles ne sortent plus se
nourrir la nuit, engendrant une famine mortelle.
Seules les chenilles les plus à l’abri au
cœur du cocon protecteur survivent.
PNR: Est-ce dangereux pour l’homme? pour
les animaux ? Quelles précautions doit-on
prendre?
La chenille est connue pour les réactions urticantes
qu’elle peut provoquer.L’animal sécrète
une substance qui est concentrée sur les poils,
principal contact avec l’extérieur et responsables
des manifestations allergiques.
Le papillon quant à lui, est inoffensif.
Que ce soit pour l’homme, surtout pour les
enfants, ou les animaux et principalement les
chiens, il faut absolument éviter tout contact
avec les chenilles ou leurs nids, ne pas toucher
les branches des arbres attaqués, de se promener
en forêt les jours de grand vent pendant
l’hiver.
La période la plus critique est bien sûr le printemps
lorsque les chenilles quittent massivement
les nids, car elles abandonnent des poils
urticants un peu partout… Les sites les plus sensibles
sont facilement identifiables, évitez-les.
PNR: Quels sont les moyens de lutte?
Une défoliation même totale ne provoque pas
la mortalité des arbres atteints. La lutte n’est ni
nécessaire ni souhaitable dans la plupart des
cas. Elle peut être envisagée certaines années
dans les situations extrêmes: peuplement fortement
attaqué de manière récurrente, à fort
enjeu de protection (ex. N 116), risques sanitaires
élevés pour la population,enjeux paysagers…
Deux grandes catégories de moyens de lutte
existent : les moyens chimiques et physiques.
La lutte chimique n’est réalisée le plus souvent
qu’à grande échelle et si il y a notamment un
enjeu majeur de production forestière.
L’aspersion se fait par hélicoptère en général,
et à une période où les chenilles sont les plus
sensibles.
La lutte physique consiste à détruire les cocons
avant la sortie des chenilles. Cette option n’est
réalisable que ponctuellement et sur de petites
surfaces.
PNR:J’ai des cocons sur un arbre de mon jardin,
comment m’en débarrasser ? quand ?
quelles précautions?
On peut effectivement détruire sans risques
les nids provisoires confectionnés par les chenilles
lors des 2 premiers stades larvaires (longueur
des chenilles inférieure à 1 cm). Pour
cela, il suffit de couper au sécateur l’extrémité
de la branche le plus souvent située à hauteur
d’homme,supportant le nid de petite dimension
et de plonger les nids dans un récipient contenant
de l’eau savonneuse.
Ne jamais procéder de la sorte après le mois de
Septembre.
Passé ce délai, les poils des chenilles se munissent
de vésicules contenant un liquide très urticant
capable de provoquer de violentes allergies,
voire,beaucoup plus rarement,la perte de
la vue…
- se munir de gants,de masque protégeant nez
et bouche, de lunettes adaptées.
- ne pas brûler les nids autrement que dans un
incinérateur fermé en prenant les précautions
liées à l’usage du feu.
PNR: La présence et les dégâts de la chenille
sont-ils particuliers à certaines régions de
France, dont la nôtre?
La Processionnaire du pin est présente sur l’ensemble
du territoire français. Le constat global
est une nette progression des attaques ces
deux dernières années. Leur développement
dépendra notamment des conditions climatiques
à venir.
Jean-Philippe Hamelin (ONF),
Hélène Chevallier (PNR)