L'IMAGINAIRE DU VENTJean-Philippe CHASSANY |
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"Dis-moi le vent, je te dirai le temps"
Le temps est la préoccupation de tous. Hier, pour travailler la terre afin qu'elle donne la nourriture nécessaire à la vie ; aujourd'hui, pour cette même raison, mais aussi pour optimiser les activités et les dépenses liées à des besoins nouveaux tels que les déplacements, les transports, la production d'énergie, le tourisme… Les enjeux financiers sont considérables dans de nombreux domaines où le temps et le vent jouent un rôle parfois minime, d'autres fois déterminant.
![]() Détail d'un ex-voto de Notre-Dame des Accès, Crillan-le-Brave (Vaucluse). Le personnage figurant sur l'ex-voto est emporté par la puissance du vent qui souffle sur le Ventoux. |
"Les pionniers", huile sur toile de W. Van Rompuy. Musée International d'Art naïf Anatole-Jakovski, Nice.Dans cette œuvre l'évocation du vent est exprimée par la présence du manchon directionnel, par l'absence de nuages dans le ciel et par l'avion qui symbolise l'envol et pour lequel le vent garantit les conditions de navigation aérienne. Extrait de "Le bon vent et le vent mauvais", catalogue d'exposition. Musée d'Art et d'Histoire de Narbonne. Juillet-octobre 1999 |
Pour ceux dont les activités sont étroitement liées au vent, le temps n'est qu'un complément du vent. En règle générale, ce public est composé : d'aviateurs, de marins, de vélivolistes, de pilotes de tous types d'engins volants ou plus généralement d'utilisateurs de la force du vent (véliplanchistes, conducteurs de chars à voile,…). Tous voudraient avoir la maîtrise de cet élément, chacun constate que loin d'être uniquement horizontale, la trajectoire des vents peut devenir plus ou moins verticale, et ce, parfois de façon violente… Ainsi, connaître et prévoir les manifestations du vent, et notamment les plus extrêmes, est un souci qui est de plus en plus fréquent chez nos contemporains. Dans un siècle où les hommes aspirent par la science et la technique à tout maîtriser, la crainte des catastrophes, dites "naturelles" subsiste, activée par les exemples relatés régulièrement par les médias.
Les manifestations dévastatrices du vent sont l'expression même d'une nature qui demeure sauvage, violente et hostile. En raison de l'agitation qui le caractérise, le vent incarne la démesure ; tout comme dans la mythologie gréco-romaine où il est un symbole de vanité, d'instabilité, d'inconstance, on le considére comme une force élémentaire appartenant aux Titans : violence et aveuglement en sont les attributs.
Cependant, l'image du vent n'est pas limitée à la seule représentation de violence aveugle, elle est polysémique. Ainsi, dans les traditions avestiques de l'ancienne Perse, le vent joue le rôle de support du monde et de régulateur des équilibres cosmiques et moraux. Dans la symbolique hindoue, le vent, Vâyu, est le souffle cosmique et le Verbe. D'après les traditions cosmogoniques des lois de Manu, il serait né de l'esprit et aurait engendré la lumière.
Le vent a été très tôt associé à la prière, soit qu'il agite des drapeaux sur lesquels est écrite la prière, soit qu'il fasse tourner les moulins à prière tibétains, véritable communion entre le souffle et les divinités.
Comme dans d'autres cultures, la symbolique du vent est à la fois ancienne et très présente dans la culture occitane, les pratiques carnavalesques en sont le témoignage le plus signifiant. Le thème "vent et carnaval" offre matière à développer une réflexion à part entière, nous avons choisi de ne pas l'aborder ici car elle fera l'objet d'un article dans un prochain Cahier d'Eole.
"Au commencement était le souffle"
"Le souffle de l'Univers a pour nom, le vent" (Chine. TZU. CHHI)
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