Il n'y a pas un vent mais des vents. Pour un non-spécialiste il n'y a que des vents locaux. Pour les différencier il faut leur donner un nom. La plupart le doivent, soit à leur origine géographique, soit à leur caractère spécifique. Un même vent change de nom d'une localité à l'autre, un même nom peut s'appliquer, dans plusieurs régions, à des vents d'origine différente (Exemple : la Tramontane…).
Aux quatre vents cités par Homère ont été ajoutés à Athènes quatre autres vents inscrits sur la tour d'Andronic. Ici et ailleurs, au fur et à mesure des besoins, de nouvelles directions se sont naturellement faites remarquer et ont été répertoriées. Il peut en résulter une "rose des vents", beau diagramme étoilé indiquant les noms donnés au vent en fonction de sa direction et précisant parfois la fréquence de chaque direction : elle n'est valable que pour la localité qui a servi à l'établir. Le repérage de la direction du vent est très important dans la vie de tous les jours. A chaque vent est lié un type de temps.
Rose des Vents de l'ancienne Rome.
Certaines appellations, en se limitant à la France, sont donc très locales, par exemple :
le vent de l'Etoile pour Marseille,
le Garbi blanc, autre nom de la Largade sur la côte catalane,
le Garbi, nom du vent de sud-sud-ouest dans la région de Montpellier,
le Grenoble, vent de sud-ouest apportant la pluie dans le nord des Alpes,
l'Iseran, vent du nord froid dans les Alpes,
le Jura, vent de vallée descendant, dans le Jura,
le Lombarde, vent généralement chaud des Alpes,
le Magistrou (lou), nom donné au Mistral dans la région de Pézenas,
le Narbonnais, vent de nord-ouest dans l'extrême sud-est du Languedoc,
l'Orléans, vent d'est dont la rotation a notamment permis aux bateaux de remonter plus facilement la Loire le vendredi 29 avril 1429, pour ravitailler Jeanne d'Arc,
l'Orsuro, vent de nord-est qui souffle à Marseille en hiver,
le Ponant (pounènt), nom de la Largade à l'est des îles d'Hyères, vent solaire en Provence,
le Rhounet, vent du nord à Bourg-Saint-Andéol,
la Vanoise, vent froid soufflant du massif de la Vanoise.
Carte des vents, extraite de "Les couleurs du vent", J-P Chassany, Maison Neuve & Larose, 1986.
D'autres noms ont un caractère plus général et peuvent s'appliqer à une région comme à une microrégion :
l'Aspre, brise chaude dans le sud de la France,
l'Autan blanc, nom du "marin" à l'ouest de la ligne de partage des précipitations qui suit les Corbières, la Montagne Noire et les Cévennes alors qu'il est délesté de ses nuages pluvieux,
l'Autan noir, nom de la "Largade" dans l'arrière-pays languedocien,
l'Autan ou Autant (pour austral, vent du sud dans certaines régions),
la Burle, nom donné à un vent froid et fort sur les plateaux de l'Ardèche et de la Haute-Loire qui soulève la neige pour former des congères,
la Cantalaise, l'équivalent de la Burle en Aubrac,
le Cisampo, vent venant des Alpes dans la vallée du Rhône,
le Dret-vent ou Drevare, vent d'ouest en Bourgogne et Morvan,
l'Eisserot (Eissèro), vent brûlant de sud dans les Cévennes et en Auvergne, où il est appelé Essir,
les Etésiens (du grec etos, "saison"), vents forts de direction nord-ouest, nord, nord-est soufflant de mi-mai à mi-octobre en Méditerranée (surtout orientale mais parfois occidentale) pendant la journée (de 10 heures en fin d'après midi),
la Gailairme, appellation de la Galerne dans le Morvan,
la Galerne, mot celtique, vent d'ouest-nord-ouest, dans l'ouest autre nom du Grégal,
la Gallarme, autre nom du vent de nord-ouest,
le Labé ou Labech (le "libyen"), vent doux et fort de sud-ouest, dans le Sud-Est,
la Largade (Largàdo), vent du large d'ouest à ouest-sud-ouest qui arrive sur le Languedoc et la Provence par le seuil de Naurouze,
le Levant blanc, vent qui dans le sud-est vient de Corse, donc d'est-sud-est,
le Levant droit (Lévànt dré), vent d'est en Provence. S'il est fort c'est le lévantàdo, faible c'est le Léventas. Il apporte la pluie,
le Levanti, petit vent d'est en Corse, souvent "brise de mer",
le Levêche, autre nom du Labé,
le Libeccio, vent de sud-ouest en Méditerranée,
le Lipo fango ou Liquo fangot, sobriquet donné au Mistral dans la vallée du Rhône et au Cers à Narbonne,
le Mange-Fange, nom donné au Mistral qui traverse les plaines du Gard et de l'Hérault,
le Marin, nom donné en Languedoc au vent de sud-est, il amène la pluie,
la Matinière, vent de montagne, violent, le matin dans les Alpes,
le Mélamborée, nom donné parfois au Mistral,
le Midi,
le Mistral, nom populaire du vent de nord dans la vallée du Rhône, il existe de nombreux dérivés : Mistral droit (mistràou dré), nom populaire à Marseille de ce vent qui a donc pris une direction nord-ouest, ou Mistral rentré (mistràou eintré),
Mistralet (mistrala) nom populaire, en Provence, d'un petit vent d'est qui vire au Mistral. Mistral qui s'esbrouffe (mitràou broufounié), nom populaire du Mistral violent,
la Montagnère (mountagnièro), nom donné, dans la région de Marseille, à un vent analogue à la Tramontane mais plus localisé et moins vif,
le Nordée, altération de nord-est surtout en Bretagne,
le Norois ; Noroit, forme altérée de nord-ouest sur les côtes de l'Atlantique et de la Manche,
le Séguin, brise diurne en Provence, "qui suit le soleil",
le Sers (sèrs), dans le Languedoc, vent de nord-ouest qui a franchi les Cévennes : sec, froid et vif, très souvent confondu avec le mistral dans la région de Sète. Dans la basse vallée du Rhône ce vent vient du Massif Central (ouest ou ouest-nord-ouest),
le Sirocco (siroc), nom donné dans le sud-est au vent de sud-est ; provenant du Sahara, saturé en traversant la mer, pouvant donner des pluies de boues,
le Soulaire, vent du sud dans les pays du nord de la Loire,
le Soulèdre, vent froid dans le nord-est,
le Suroît ou Surouas, vent du sud-ouest sur les côtes de l'Atlantique et de la Manche,
la Tramontane, vent qui vient d'au-delà des monts ou vent qui a traversé la montagne. Il y a donc des tramontanes dans toutes les régions proches des montagnes. Se nomme aussi "tramontane", dans le bas Languedoc et le Roussillon, le vent de nord-ouest qui a traversé le seuil de Naurouze. Ce vent souffle très souvent en même temps que le Mistral car il est lié à une situation météorologique semblable, surtout lorsqu'une dépression intéresse le golfe de Gênes. Il a subi un effet de Fœhn. Après avoir déposé son humidité sur les Cévennes et les Corbières, la divergence résultant de l'élargissement de la vallée (comme pour le Mistral au delà de Montélimar) provoque une descendance, donc un échauffement, malgré tout il conserve sa caractéristique de vent froid.
Rose des Vents en Camargue
D'autres désignations des vents locaux sont devenues courantes, voire internationales :
l'Aquilon, terme poétique désignant le vent du nord,
la Bise, vent du nord,
la Brise, petit vent doux et frais souvent soumis à une variation diurne (en bord de mer et dans les vallées),
le Foehn, (vallées du versant nord des Alpes) vent échauffé et asséché par un mouvement descendant, en général, à l'arrière d'une montagne,
la Traverse, nom donné au vent d'ouest ou de nord-ouest dans de nombreuses régions, notamment dans le Vivarais,
le Vent blanc, vent qui n'apporte pas de pluie,
le Vent d'amont, vent du sud,
le Vent d'aval, vent de la mer et du sud,
le Vent d'en bas, vent du sud-ouest,
le Vent d'en haut, vent du nord-est.
La connaissance des vents locaux pour la prévision du temps peut être illustrée par une série de dictons extraits de Lou Païs (Lous dictouns meteouroulougics en parla mountpelieirenc) :
Per counouisse l'àura que boufara l'endeman, lous gardians camarguencs couma lous pescaires dau ribèires penjoun un "devinha-vènt" (martin-pêcheur) dejouto las travetas de sa cabana.
Pour connaître le vent qui soufflera le lendemain, les gardians camargais comme les pêcheurs des rivières accrochent un martin-pêcheur aux planches de leurs cabanes.
Située dans l'agora romaine d'Athènes, la tour des vents fut bâtie par l'architecte Andronikos Kyrrestes au deuxième siècle avant J-C. Cette tour au plan octogonal abritait une horloge à eau et une girouette. Les représentations symboliques des huit principaux vents qui décorent les murs extérieurs lui ont valu le nom de "Tour des Vents". Au nord, Borée souffle un air glacial ; Skiron au nord-ouest, sème des cendres depuis un navire ; Zéphyr, à l'ouest, est un jeune homme qui jette des fleurs ; au sud-ouest, Lips manœuvre un gouvernail de vaisseau ; Notos, vent du sud, déverse une cruche d'eau qui symbolise la pluie ; Euros, vent du sud-est, est un vieillard barbu drapé dans un manteau ; Apeliotes, vent d'est, représente un éphèbe chargé de fruits et de céréales ; Kaikias, vent du nord-est, vide sur la terre un bouclier chargé de grêlons. (Illustration D. Boissière).
Tramountana, ni bona, ni sana.
Tramontane, ni bonne, ni saine.
Lou vènt de bisa (mistral) trauca la car et la camisa. Vent de bise (mistral) troue la peau et la chemise.
Marin clar et cers escur
Es la ploja à cop segur.
Marin clair et Cers obscur
C'est la pluie à coup sur.
Lou Narbounès,
L'estiéu ès caud, l'ivèr ès fresc.
Le Narbonnais,
L'été est chaud, l'hiver est frais.
Labech tardié, Mistrau matinié.
Labech du soir, Mistral du matin.
Lou marin ès couquin quourra ris, trahis. Le Marin est coquin, lorsqu'il rit, il trahit.
Vènt d'Autan, ploja deman. Vent d'Autan, la pluie demain.
Lou Levant, la boutelha à la man. Le Levant, la bouteille à la main.
Vènt grèc, pluoja al bèc. Vent Grec, la pluie au bec.
Les observations sur le vent, mémorisées sous forme de dictons, sont nombreuses en toutes régions : Lou Narbonnès levo la pleijo ou la met.
Le Narbonnais enlève la pluie ou l'amène.
Bardanis i Bufo, ni maï nou se trufo, quand fa marrit tens.
Bardanis souffle, on ne rit pas davantage lorsqu'il fait mauvais temps (le Cers, à Narbonne, prend le nom de Bardanis, lorsqu'il est violent).
Lou grec es pas caçaire, ni pescaïre (Balaruc-le- Vieux)
Le Grec n'est ni chasseur, ni pêcheur.
Le Labech est le vent des dames, il se lève tard (Sète - version occitane non recueillie)