Gouaches
de Marie-Josée Doutres,
plage des Baronnets,
l’Espiguette 2001-2002.
Depuis deux ans, Marie-Josée Doutres, plasticienne et enseignante à
l’Ecole d’Architecture, mène un travail d’observation et de “restitution
picturale” des comportements qu’adoptent les personnes rencontrées sur
les plages de l’Espiguette. Motivée par le désir de peindre en extérieur et
d’avoir son sujet qui vient à elle, l’artiste a pris place sur la jetée 46 de la
plage des Baronnets d’où elle attend, au poste, baigneurs, promeneurs,
pêcheur, “bronzeurs”…, qu’elle croquera ensuite à la gouache sur des
petits formats (10 x 15). Le dos au soleil, Marie-Josée Doutres observe au
fil des heures ses sujets, baignés par la lumière, qui évoluent dans son
angle de vision. Là, elle saisit les attitudes, individuelles ou collectives, la
façon dont les personnes réagissent à la matière ou aux éléments, se préservant
des brûlures du soleil, de la violence des vagues, d’un vent de
sable intempestif… Ainsi, l’artiste observe et traduit en peinture le mouvement
des corps qui s’agitent ou s’abandonnent, entre autres, en raison
des variations météorologiques. Elle rend compte des stratégies déployées
à grand renfort d’équipement pour “survivre” ou augmenter son confort sur la plage des
Baronnets : parasols, paravents, et autres accessoires (tentes et guitounes étant passées de
mode). Poussant le goût de la chronique jusqu’au souci du détail Marie-Josée Doutres interroge
ses modèles et note scrupuleusement leurs remarques “météographiques” dont plusieurs
concernent le vent :
N° 7 vendredi 17-05 - nord ouest fort
Les branches du tamaris bougent, le vent siffla échelle 6-7, repli rapide dans les dunes convoitise,
déception tous les abris sont déjà occupés.
N° 6 lundi 20-05 - Pentecôte calme plat 30°
Il s’appelle peut-être pentecôte ? calme plat échelle 0, il fume. La fumée s’élève verticalement,
rien ne bouge
N° 9 mardi 25-05 - 13 heures - juste avant la pluie
Le vent a tourné, il soulève le sable, les branches des tamaris s’agitent. L’air est humide.
La plage se vide, l’orage se déplace. Patricia la marchande de glaces arrive, elle savait, elle, que
ça ne durerait pas.
N° 14 samedi 25-05 - 15 heures - brume
Un nuage blanc nous happe, enveloppant. Le vent se lève, il va pleuvoir. La plage se vide, tout
le monde va dans le même sens comme dans un couloir. Certains scrutent l’horizon en attente
d’une réponse.
N° 41 lundi 8-07 - 10h30 - bonne brise
Vaguelettes crétées et parasols en détresse. Des camps se forment, on fait ce qu’on peut, sauvequi-
peu. On ramasse des pierres, on transporte du bois, un matelas vole, les parasols vont tout
seuls aux dunes en titubant.
N° 73 vendredi 28-08
Calme plat, pas un souffle de vent, les parasols sont dressés fiers et abandonnés. Tout se passe
dans l’eau.
N° 76 mercredi 21-08 - 10 heures - bonne brise force 5-6
Le parasol des italiens explose, on sauve les meubles. Repli rapide dans les dunes en famille.
N° 81 jeudi 22-08 - nord-ouest fort
Pare vent et bricolage, haubanage, butées de sable, transport de pierres. Bientôt on ferme le
parasol, on forme un "u" avec les toiles, on calfeutre avec des sacs, des serviettes. On se
regroupe on attend.
N° 91 mercredi 4-09 - mistral fort
Echelle 8-7, on se cache derrière les toiles. Ceux qui n’en ont pas ne peuvent pas tenir dans
les dunes. Le vent déplace le sable en tourbillon.
N° 92 samedi 28-09 - 12 heures
Vent frais, le vent siffle dans les fils. Les parasols semi enterrés abritent des solitaires contre les
dunes. C’est la fin des vacances, ils insistent.